Société

Attaque de Berlin : « J'ai peur mais je refuse d'avoir peur »

Article publié le 21 décembre 2016
Article publié le 21 décembre 2016

12 morts et 48 blessés, c’est le bilan provisoire après qu’un poids lourd a foncé dans un marché de Noël à Berlin, une attaque qu’on tend à qualifier de terroriste. La ville, l’Allemagne, et l’Europe sont sous le choc. Mais Berlin a survécu à tant de choses, ses habitants ne se laisseront pas intimider.

Je suis une lève-tôt, je dormais déjà quand l’annonce d’un possible attentat à Berlin a commencé à se répandre. Je m’étais mise au lit vers dix heures et demie, coupée de l’actualité depuis plusieurs heures. Étrangement, je me suis réveillée un peu avant minuit. J’ai tâtonné autour de moi à la recherche de mon téléphone – en une seconde je ne dormais plus du tout.

« Ça va ? » J’avais reçu une douzaine de messages. « Où es-tu ? » « C’est horrible ». Plusieurs personnes m’avaient demandé de répondre au Safety Check sur Facebook. Allongée dans mon lit, je ne pouvais croire que j’étais vraiment en train de faire ça. Je n’avais toujours aucune idée précise de ce qui s’était passé, alors je suis allée sur mon site d’info habituel. « Attentat à Berlin », c'était en une. J’ai cliqué, et j’ai lu sans pouvoir y croire ce qui venait de se passer dans ma ville.

Maintenant, comme mes amis en Europe – en Turquie, en France, en Belgique, à Munich – je sais ce que c’est que de devoir utiliser le Safety Check de Facebook pour la première fois, de tenter désespérément de joindre ses amis, sa famille, de ne pas arriver à croire ce qui vient de se produire. Le sentiment d’impuissance, la fragilité, et la peur. J’avais déjà ressenti tout ça ces derniers mois, mais bien sûr ça n'a rien à voir lorsque ça se produit là où l’on vit.

J’ai téléphoné à ma mère ce matin. Elle m’a dit que jamais elle ne m’avait pensé au danger : « Je veux dire, ce n’est pas dans ton quartier ». Pourtant, la Breitscheidplatz est juste à côté de Berlin-Schöneberg, le quartier où je vis, ce n’est qu’à quelques minutes en vélo. C’est près du Kurfürstendamm, la célèbre rue commerçante de Berlin. Proche du Zoo Palast, le cinéma où je vais. Cet été on est allés voir X-Men: Apocalypse au Zoo Palast et on avait dû lutter pour passer au travers d’une horde de fans du Borussia Dortmund venus à Berlin pour la Pokal-Finale (la coupe d’Allemagne de football, ndlr). Ils s’étaient regroupés sur la Breitscheidplatz. C’était énervant mais chouette en même temps – je viens de Dormund alors c’était super de voir Berlin prise d’assaut par les maillots de football noirs et jaunes. Il ya deux semaines, je me promenais là avec ma sœur, nous sommes passées près du marché de Noël de la Breitscheidplatz mais nous étions trop fatiguées pour aller y boire une tasse de Glühwein (vin chaud, ndlr).

L’attentat – difficile de croire à cette heure qu’il s’agit juste d’un accident – s’est produit près de chez moi. Or, qu'importe ce qui arrivait dans le monde, je me suis toujours sentie en sécurité à Berlin. Il y a eu ces rares moments où, en prenant le train à la gare principale, je me suis dit « ce serait un endroit suceptible d'être victime d'un attentat », c’est vrai. Mais j’ai toujours combattu ces pensées.

J’ai peur, oui, bien sûr. J’ai peur des dégâts que la violence et la peur peuvent causer à l’Allemagne, à Berlin. Les partis d’extrême-droite progressent déjà, mettant tout sur le dos des réfugiés, le politiquement correct, et sur la tradition d’accueil allemande. Ce n’était qu’une question de temps avant que quelque chose de grave ne frappe la capitale allemande, je m’en doutais.  

J’ai peur. Mais je refuse d’avoir peur. Je ne sais pas comment Berlin va réagir après cet attentat. Mais le Berlin que je connais a toujours été un lieu de liberté et d’ouverture – un lieu dont l’hymne pourrait être « Come As You Are » de Nirvana. Berlin a survécu à tant de choses. Le seul fait qu’elle existe, qu’elle réunisse l’est et l’ouest, est un miracle. Berlin peut être sombre, difficile, mais toujours, elle résiste. Berlin s’est toujours battue pour être qui elle est, et elle ne se laissera pas intimider aussi facilement. Ni par la peur, ni par la violence, ni par la douleur.