Société

Après Berlusconi : les Italiens expatriés pensent au retour

Article publié le 6 juin 2011
Article publié le 6 juin 2011
Giuliano Pisapia et De Magistris. Lundi 30 mai, les élections municipales italiennes ont tiré un trait sur l'ère Berlusconi et offrent enfin de nouveaux noms à la scène politique italienne. Au point de donner envie aux jeunes expatriés italiens de rentrer au pays.

 « La chape qui pesait sur Milan est levée »

« J'aurais voulu être sur la Piazza Duomo (Place centrale de Milan, ndlr) et participer à la fête. J'ai vécu à Milan et j'ai toujours pensé qu'il lui manquait quelque chose, qu'il y avait comme un poids qui pesait sur sa créativité, son envie de culture, de liberté. J'espère que dorénavant, Milan va pouvoir changer. Certes, je parle comme si je voulais rentrer, mais je reste sceptique. Pour que le changement ait lieu au niveau national, il faut rajeunir et réorganiser le Parti Démocrate (PD). Le vrai vainqueur de ces élections est Nichi Vendola (président de la région des Pouilles, ndlr), qui, par ses discours enflammés, a porté ses candidats jusqu'au succès à Milan et Cagliari. »

Nicola, 26 ans, journaliste, de Sassari à Paris (France)

« A présent je voudrais rentrer pour participer »

« Je suis émue et heureuse, je retrouve l’espoir que j'avais perdu. Hier, jour des résultats, j'aurais voulu être sur la Piazza Duomo, avec mes parents et mes amis restés à Milan, arroser ça au vin mousseux, prendre des inconnus dans mes bras et crier à tout-va. Une joie libertaire, c'est rare ! Chaque jour, pendant mes trois années à l'étranger, j'ai pensé à Milan, à l'Italie, j'ai considéré l'hypothèse de rentrer, ou pas. Je n'ai encore aucune certitude quant à mon futur, mais je rentrerai sans doute à Milan pour donner un coup de main, pour participer activement au changement, en sachant que mes efforts et mes désirs ne seront, cette fois, pas vains. »

Greta, 26 ans, éditeur web, de Monza à Barcelone (Espagne)

« Fini le temps des couillons »

« Je suis très heureux. J'étais à la bibliothèque de l'université avec un ami de Salerne et, après les cours, nous avons consulté ensemble les résultats. J'avoue que j'étais en pleurs et, effectivement, le fait de pouvoir partager sa joie n'a pas de prix ! Disons que c'est un peu comme si j'avais été dans la rue... Mais l'envie de rentrer ne dépend évidemment pas de ce résultat. Ma priorité, ce sont les projets pour le futur, et il y a encore un long chemin à parcourir en Italie. Mais cela fait plaisir de voir que le pays s'est réveillé, disons même en a fini avec les conneries. Ce qui me frappe le plus, c’est le fait que la gauche exprime maintenant une identité claire et sérieuse. Comme par hasard, ni Pisapia ni De Magistris ne viennent du PD. »

Stefano, 28 ans, étudiant, de Vicence à Berlin (Allemagne)

« J'attends de voir des faits avant de faire la fête »

« A ce moment précis, je sens que quelque chose est en train de changer dans mon pays. Je ne sais pas si une certaine politique délabrée est arrivée en bout de course, mais il y a de l'espoir. Pour être sincère, je ne fais aucune confiance à Berlusconi, mais pas plus (malheureusement) à ceux qui s'opposent à lui. Malgré une envie d'espérer avec ce changement politique, la crainte est toujours là. Celle que tout changement soit tué dans l'œuf par un système antique, inefficace et corrompu – à droite comme à gauche. Avant de faire la fête, j'attends de voir les faits. Sur le papier, ils sont tous beaux et gentils. »

Margherita, 28 ans, étudiante, de Brescia à Sydney (Australie)

Le premier défend la parité homme-femme dans le choix de son équipe : le second promet : "Naples sera libérée de la Camorra"

« Mon exil est aussi politique »

« Voilà quatre ans que je vis à Madrid. Mon exil est aussi politique. Les résultats des dernières élections me font espérer (prudemment) et croire (sans illusions) que le vent a tourné et qu'il souffle de plus en plus fort. C'est mon tour à présent de demander aux Espagnols pourquoi ils votent pour Camps, le corrompu, et Rajoy, l'éternel perdant. Tout ce temps, tous mes amis étrangers, et pas seulement espagnols, m'ont demandé pourquoi l'Italie votait pour Berlusconi. Un jour (il y a bien trois de cela), un Américain m'a demandé pourquoi il y avait autant de déchets à Naples. J'espère ne plus avoir à m'excuser et d'expliquer qu'il y a aussi une autre Italie, palpable, qui envahit les places et discute des solutions pour résoudre les vrais problèmes. Tous les jours je me demande si cela vaut la peine de rentrer... Cette fois, on va voir ! »

Laura, 24 ans, étudiante, de la Sardaigne à l'Espagne

Photos : Une : (cc) david pasquali/flickr; Pisapia-De Magistris (cc) Bruno Cordioli/flickr et Alessio Viscardi/flickr; vidéo YouTube/il fatto quotidiano