Société

A la découverte de Séville, vibrante « capitale » du Sud

Article publié le 10 février 2011
Article publié le 10 février 2011
Le nombre de ses visiteurs ne reflète ni le charme incroyable ni la gaieté de Séville. Négligée par beaucoup de touristes, l’éclatante cité andalouse est un concentré d’Espagne « authentique ». Visite guidée, sur les pas d’une Anglaise tombée amoureuse de cette ville.

C’est le long des berges plantées de palmiers du Guadalquivir, à l’ouest de l’Andalousie, extrême-sud de la péninsule ibérique, que s’étend la « capitale du Sud ». Séville est pleine de contradictions : caractérisée par sa richesse mais aussi par son chômage massif, elle abrite l’un des lieux les plus dangereux d’Espagne, Tres Mil Viviendas, un quartier qui semble ne connaître aucune loi, déserté par les postiers, les éboueurs et même les agents de police.

Alhambra, Carmen et corridas

De mai à octobre, dans ce cœur vibrant du long été méridional, les nuits se révèlent oppressantes. Le jour, les températures dépassent souvent les 40 degrés. Heureusement, cette ville irrésistiblement séduisante, qui a inspiré le « Carmen » de Bizet et le « Sevilla » du compositeur espagnol Isaac Albeniz, regorge de refuges. Sa cathédrale gothique, la plus grande au monde, a pour clocher la Giralda, l’un des trois derniers minarets almohades. Vieux de huit siècles, le minaret provient de la mosquée qu'a remplacé la cathédrale en 1402 : le roi Alphonse X interdit expressément sa démolition par les maures, qui voulaient empêcher les conquérants chrétiens de profiter de son exquise beauté.

Le palais et les jardins d’Alcazar valent sans doute l’Alhambra de Grenade en termes d’éclat architectural : testament de la culture maure en Espagne, et vitrine des talents à couper le souffle des artisans musulmans, juifs et chrétiens. Entre les cours ombragées, les fontaines et les paons, des artistes en herbe fuient la furie du soleil brûlant pour un après-midi inspirant dans cette oasis magique, toute de calme et de couleurs. Les pinceaux dansent sur les toiles, tandis que flotte une douce odeur d’orange. La « capitale » andalouse – mais n’en soufflez pas un mot aux habitants de Cadix, de Grenade, ou de n’importe quelle autre ville de la région, tous si férocement fiers et compétitifs qu’ils s’empresseraient de contester ce titre – abrite aussi un Musée des Beaux-Arts (le deuxième plus important après celui de Madrid), les Archives des Indes, qui contiennent les documents relatifs à la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb (on dit que sa dépouille repose dans la cathédrale), et la Plaza de Toros de la Maestranza, l’une des seules arènes d’Espagne accueillant encore des corridas, bien que leur retransmission à la télévision publique ait récemment été interdite.

 Aujourd'hui, la famille royale occupe le premier étage

Flashback

La tradition continue avec la Semana Santa (la Semaine Sainte) et la Feria de Séville, durant laquelle les habitants se précipitent dans des maisonnettes de Los Remedios, un quartier résidentiel au sud du fleuve. Imaginez des danseuses sévillanes, des assiettes de jambon et de fromage, et des quantités de « rebujito », un mélange enivrant de limonade et de Manzanilla, un xérès produit dans la ville voisine de Sanlucar de Barrameda, au nord-ouest de la province de Cadix. Les filles, serrées dans des robes de danseuses de flamenco, chevauchent en amazone à côté de leurs « caballeros », qui arborent avec distinction des rouflaquettes plus longues que d’ordinaire pour les festivités. On vous pardonnerait de penser que la population toute entière a été transportée un siècle en arrière.

Quatre quartiers, quatre ambiances

Le meilleur moyen de capturer l’essence de Séville, de ressentir l’esprit qui s’échappe de chaque porte et de chaque balcon, est tout simplement de marcher. La ville a quatre quartiers principaux. La Macarena couvre le nord de la cité, jusqu’aux vieux murs d’enceinte. C’est assez vétuste, bien que les murs délabrés, striés et couverts de graffitis, ajoutent au charme de ce quartier connu pour ses braderies, qui inclut la zone « alternative » de l’Alameda de Hércules et les rues alentour – selon une légende répandue, Hercule aurait fondé la ville. L’aire portuaire d’El Arenal tient son nom du sable qui autrefois couvrait la rive est du Guadalquivir. Elle s’étire du fleuve jusqu’à Santa Cruz, englobant un grand nombre de sites touristiques, y compris le vieux musée maritime, la Torre del Oro et la Plaza de Toros.

L’ancien quartier juif de Santa Cruz est extrêmement prisé des touristes. A partir de la cathédrale, ses étroites rues pavées serpentent vers l’Est, offrant aux explorateurs pléthore de cours calmes et de passages cachés. Enfin, Triana est historiquement le secteur de la classe ouvrière, quartier bohémien et lieu de naissance du flamenco. Enfoncez-vous dans l’une des ruelles désertées et vous entendrez quelques doigts voltiger avec talent sur les cordes d’une guitare, le doux gémissement d’un chanteur de flamenco, le battement en rythme des mains. Les touristes s’aventurent rarement plus loin que Calle Betis, le bar-restaurant désormais surtout fréquenté par les étrangers, au bord du fleuve. Triana a un côté brut, une certaine pauvreté qui laisse penser qu’on est dans une toute autre ville. Avec ses murs décolorés, ses affiches jaunies et son linge se gonflant au vent, ce quartier a beaucoup en commun avec Palerme la sicilienne. Mais il suffit ensuite de tomber sur un petit bar à tapas proposant de la queue de taureau, du poulpe et le meilleur jambon de la ville pour se souvenir qu’on est ici, plus que jamais, en Espagne. La « vraie » Espagne.

Photo: Une (cc) slimmer_jimmer/flickr; Alcazar (cc) tilo2006/flickr