Société

A Bruxelles, l’Europe ou l’urbanisme poubelle

Article publié le 28 mars 2008
Article publié le 28 mars 2008
A deux pas de la gare du Midi, l’Esplanade de l’Europe ne fait pas rêver. Ce lieu vide et triste donne bien peu de cachet au centre névralgique des institutions de l’UE.

L'Esplanade de l'Europe, à Bruxelles, compte aujourd’hui plus de bennes à ordures que de promeneurs. Au grand désarroi des quelques passants qui traversent régulièrement cet espace, construit à l'occasion de l'Exposition Universelle de 1958, pour la plupart des immigrés qui habitent le quartier maghrébin de Saint-Gilles. Pas de commerces, de kiosques à journaux, ni même de parcs à chiens. Pas de trace non plus des arbres qui égayent, ailleurs, cette ville pourtant verte. Au lieu de cela, des lampadaires de style industriel et quelques bancs où personne ne s'assoie. Un lieu de passage. En somme, une « esplanade » au premier degré.

Ce quartier Saint-Gilles est le parfait témoin du paradoxe bruxellois. Avec une population à 43 % d'origine immigrée, ces immeubles n’attirent pas les fonctionnaires européens. Loin s’en faut. Bruxelles a beau être une mosaïque d'origines, de langues et de couleurs, ce qui tombe sur le compte en banque à la fin du mois détermine quand même où l'on y vit et ce qu’on y mange. Peu de Bruxellois, au final, s'aventure sur l’Esplanade de l’Europe pour le plaisir. Abdelassir, 20 ans, est Marocain. Il parle de la Belgique et de tout ce que les siens « doivent à ce petit pays ». Pour lui, « la Belgique, c'est l'Europe ». Autour de lui, des bennes à ordures jalonnent la place, souvenirs du seul jour de la semaine, le dimanche, où l’esplanade s’anime avec le marché.

Gratte-ciel et refuge pour sans-abri

Un voyageur à l'accent anglais, sans doute tout droit sorti de l’Eurostar, cherche la Tour du Midi. Elle est juste en face de lui. Il s’agit de l'immeuble le plus haut de Bruxelles. A 150 mètres de l’Esplanade de l’Europe, elle est animée tous les jours de la semaine, seul élément qui donne tout son sens au nom de cette place. Pour compléter le tableau de cette urbanisme « poubelle », un pont adjacent, sous lequel, dans les flaques d’urine et de bière, des sans-abris se réfugient en cas de pluie. Des photographies contemporaines sont collées aux murs. Elles représentent des silhouettes en noir et blanc, des personnages qu’on dirait appuyés contre les murs, les mains pleines de bandages et les visages maquillés. Des hommes qui cherchent à susciter la compassion. Un simulacre, un refuge improvisé pour sans-abris, une drôle de mise en abîme. Des colonnes pleines de graffitis s’ajoutent à la scène.

Pas une âme n’erre dans les parages. Il est déjà 9 heures du matin ; nous sommes lundi. Un groupe de jeunes traverse la place de part en part. Elodie, une Belge de vingt ans, est sur le point de prendre le métro en direction du Comité des Régions où elle travaille : « L'Europe ne devrait pas s'inquiéter du chômage, ni du terrorisme », dit la jeune fille. « Elle devrait se concentrer sur le manque d'information des citoyens européens et sur le casse-tête institutionnel que représente, à leurs yeux, l’Union européenne. Il faut que l'on intéresse les gens à l'Europe, au delà des subventions. » Alors commençons par le commencement : la communication et l'image. La capitale de l’Europe ne mérite-t-elle pas mieux que cette triste Esplanade ?