Société

50 ans d'amour dans l'espace Schengen

Article publié le 26 février 2007
Article publié le 26 février 2007
L'amour n'a pas de frontières dit-on. Mais comment faisaient les eurocouples de l’après-guerre, sans mail, low cost, ni sms ? Le premier volet de notre série anniversaire sur les 50 ans de l’UE.

Interminable voyage en train pour gagner l’Angleterre des années 40 ou aller-retour express en low cost ? En cinquante ans, les progrès accomplis par l’Europe en matière de transports ont été fulgurants. Idem pour la libre circulation des personnes : depuis 1995, les accords de Schengen ont permis d’abolir les contrôles systématiques aux frontières entre pays membres et aux ressortissants de voyager sans passeport.

Le soldat anglais et la villageoise italienne

« Darling, pour moi ce sera au moins 3 tranches de citron. Comme d’habitude... ». Jimmy n’a rien perdu de son humour typiquement british. Pour un Anglais bon teint comme lui, pas question de mettre la moindre rondelle de citron dans son précieux breuvage. Outre-manche, seul le lait peut être ajouté au sacro-saint thé. A plus de 80 ans chacun, Miriam et Jimmy s’entendent toujours à merveille. Une jolie revanche sur un passé qui n’a pas toujours été rose.

Cet eurocouple s’est formé durant l’été 45, au moment où les Alliés, après avoir remonté toute la péninsule italienne, sont arrivés dans le Nord de l’Italie. « Jimmy était un soldat anglais stationné dans la province de Vicenza, pas très loin de Grisignano di Zocco, le village où j’habitais, » se souvient Miriam.

A l’époque, ses compatriotes sont rapidement choqués par son histoire d’amour avec un étranger. « J’étais devenue a bête curieuse du village : il faut dire qu’à l’époque, l’Angleterre, c’était quasiment l’autre bout du monde. »

Finalement, sa famille finit par donner son consentement, mais à une condition : que le mariage soit célébré en Italie et selon les rites catholiques. Le fait que Jimmy soit anglican n’affecte en rien sa détermination : il multiplie à bicyclette le long trajet qui sépare sa base militaire du village où le curé de la paroisse donne des cours de catéchisme.

Juste après leurs noces, Miriam part seule pour l’Angleterre, en attendant que Jimmy finisse son service militaire en Italie. « Le voyage en train ? Il m’a semblé interminable. Je suis arrivée à Bristol épuisée : je ne comprenais pas la langue et je me sentais complètement étrangère… Je me suis découragée plus d’une fois ! », raconte la vieille dame.

Dans l’immédiat après-guerre, la situation économique est difficile. « Je travaillais pour la compagnie britannique de chemins de fer et Miriam donnait quelques leçons d’italien. On ne roulait pas sur l’or mais nous nous en sommes toujours sortis », se souvient Jimmy.

Maintenir les contacts avec sa famille et avec l’Italie n’a jamais été très facile pour Myriam : au départ, le jeune couple n’avait même pas le téléphone. « Mais nous nous écrivions beaucoup. Envoyer des cartes de vœux pour toutes les occasions est devenue l’une de mes passions. Cela m’a permis de me sentir plus proches de ceux qui me sont chers ». Au moment de leur retraite, l’eurocouple quitte la perfide Albion et s’installe en Italie. « Mais nous continuons à parler anglais entre nous ».

Amour et globalisation

Difficile d’imaginer un couple plus européen que Irene et Mani : elle est Italienne, lui est Français d’origine iranienne. Ils se sont rencontrés au cours de l’été 2004, sur la plage de Lignano Sabbiadoro, alors que Mani le parisien était en vacances dans la péninsule. « Nous n’aurions jamais pensé que cela durerait aussi longtemps », explique Irene. « Comme souvent avec les amours de vacances, je croyais que je ne le reverrais jamais. Mais non...»

Irene et Mani ont gardé contact, d’abord par sms et email, puis via la messagerie instantanée msn et les derniers temps, grâce à l’opérateur téléphonique gratuit Skype. « Nous nous sommes aussi écrit des lettres, c’est un moyen très romantique de communiquer ». Six mois plus tard à Noël, Mani part rendre visite à sa belle : c’est là que commencent les allers- retours entre Paris et Vicenza. « Nous passons toutes nos vacances ensemble et nous ne laissons jamais s’écouler plus d’un mois entre deux visites ».

Pour eux, prendre l’avion est devenu une affaire courante. « Maintenant nous savons parfaitement comment voler au meilleur prix,» s’amuse Mani, 22 ans, étudiant en école d’ingénieur. « Voyager en Europe est simple et économique : nous n’avons jamais dépensé plus de 80 euros aller/retour ».

Depuis, Irene est venue s’installer à Paris où elle vient de terminer un premier semestre à la faculté de lettres de Cergy-Pontoise. « Ce séjour n’a fait que renforcer l’idée que cette histoire va durer». Pour Mani, les différences entre eux sont l’occasion de s’ouvrir à une autre culture, d’élargir sa vision des choses, en bref de mûrir. Irene confirme être de plus en plus attirée par l’inconnu, à commencer par la nourriture.

« J’avais tendance à être difficile, puis j’ai découvert que les escargots ne sont pas si mal que ça ! » Quant à la langue, même évolution. « Au début, nous parlions en anglais, puis chacun a appris la langue de l’autre et aujourd’hui nous parlons le ‘frantalien’, un mélange des deux auquel nous avons ajouté des mots de notre invention, » explique Irene. « C’est notre langue à nous ou, qui sait, peut-être la langue de l’amour ».

Le 25 mars, l'Union européenne célébrera son cinquantième anniversaire. A cette occasion, cafebabel.com présentera durant les prochaines semaines une série d'articles et portraits croisés sur les changements intervenus ces dernières années. Un dossier spécial sera publié le 25 mars, date de l'anniversaire du Traité de Rome. Ne manquez pas vendredi 2 mars un article sur la mutation de l'univers du ballon rond.