Société

5 conseils à France Soir pour faire un Bild à la française

Article publié le 3 septembre 2010
Article publié le 3 septembre 2010
Il l'a fait. Rémy Dessarts est le nouveau directeur de la rédaction de France Soir, un titre historique de la presse française ressuscité par un milliardaire russe. Son objectif ? Faire du « trash », du bien gras. Pour l'aider,  cafebabel.com lui propose de suivre 5 règles d'or définies par les leaders du journalisme de caniveau en Europe : le Bild et The Sun.

Cher Rémy Dessarts,

J’ai appris que vous souhaitiez faire du quotidien français France Soir, dont vous dirigez la rédaction depuis fin août 2010, un quotidien « trash ». Certes, son riche propriétaire russe de 25 ans Alexandre Pugachev a déclaré l’inverse aux journalistes. Mais nous savons vous et moi ce qu’il en est, car vous êtes resté sur votre faim après que vous ayez échoué à créer un « Bild à la française » en 2007 sous l'impulsion du groupe Springer. Alors oui, certains on eu beau jeu de vous rétorquer que pour lancer un grand quotidien populaire en France, il fallait un prix très bas, de nombreux points de vente et un contenu attractif, et que ces trois conditions n'y seraient jamais requises. Vous n’avez pas desserré les dents. Attendant votre heure. Patiemment. Et l’heure semble venue car vous y croyez à fond. Vous l’avez d’ailleurs reconnu au conseiller éditorial de France Soir Gilles de Prévaux qui a d'ailleurs préféré quitter le bateau : « Tu sais, Gilles, on peut faire du trash sous des habits dorés...» Bingo !

Tout le monde s’effarouche déjà. Un tabloïd en France, plutôt rêver ! Entend-on. Mais vous, vous savez bien que le Bild vend plus de 3 millions d’exemplaires par jour en Allemagne et que le tabloïd The Sun, lancé par le brillant magnat des médias Rupert Murdoch, a 3 millions de lecteurs quotidiens en Grande-Bretagne. A cafebabel.com, on comprend tout à fait votre envie de réussir après l'échec de 2007 et on s’est dit qu’un petit coup de main ne vous ferait pas de mal. Voici quelques astuces tirées des meilleurs pratiques du Bild et du Sun

1) Du sang et des larmes

Avec un peu de chance, les jeunes français pourraient renouveler la performance des Allemands de Duisbourg. Quand la Love Parade d’outre-Rhin s’est achevé par une tragédie humaine, le Bild a eu du nez : publier les photos des cadavres des jeunes, voilà qui est vendeur ! Rappel au cas où, ne pas oublier les légendes trash : « La main convulsionnée, cet homme a aussi été écrasé à cause la panique », « le cadavre d'un jeune raver se trouve dans les déchets » etc.

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2) Un tissu de mensonges

Mais je m’emporte. Peut-être eut-il fallu commencer par les règles de base. Sur France Soir, il vous faudra publier quotidiennement des informations mal-vérifiées, retoucher des citations, gonfler les chiffres. Au Bild, ils ont une méthode imparable. Sur la deuxième page, une « Korrekturspalte » permet d’apporter les corrections nécessaires à l’édition précédente. Idéal pour se tromper impunément pendant 24 heures. Idéal aussi pour éviter que ce soient les autres rédactions qui répercutent vos erreurs. Comme avec votre interview de Flavie Flament : « Je ne me suis pas fendu d'un appel à France Soir car je réalise que les propos sont parfois détournés donc je me fendrais peut-être d'un petit mot bien écrit à la jeune femme que j'ai eu hier au téléphone et qui, au demeurant, était plutôt charmante » a-t-on pu lire récemment sur le JDD. Pas très pro.

3) « Tits-and-bum »

Jusque là, rien de bien compliqué non ? Alors continuons. Page trois, à côté des corrections de la veille, il vous faudra de (belles) filles à poil. L’ex-chef de rubrique politique du SunTrevor Kavanagh parle d’article « tits-and-bum » (« poitrine et fesse »). Avec quelques belles paires de... Bientôt, les médias rangeront votre art au niveau de celui du Sun, qualifié par The Guardian de « bum-and-tit tabloidism ». La classe.

4) Du people à en être écœurés

Vendu à 3 millions d'exemplaires, mais voilà où il termine le plus souventUne fois assuré les photos glauques et les photos de cul, ajoutez un peu de people, of course. The Sun a sorti le « Camillagate ». Du lourd. Le Prince Charles susurrant à l’oreille de Camilla Parker Bowles qu’il brûlait de lui ôter son tampon avec les dents. A côté de ça, les enregistrements entre Liliane Bettencourt et Patrick de Maistre sont bons à foutre à la poubelle. Préférez-y une conversation téléphonique entre Benjamin Biolay et Carla Bruni. Si après tout ça les hommes politiques les plus célèbres ne viennent pas vous manger dans la main pour que vous les interviewiez à France Soir - comme Angela Merkel l’a fait avec le Bild, sûre de s’adresser à 3 millions d’Allemands – vous pourrez toujours tweeter directement le maître, @Rupert Murdoch.

5) Des procès en rafale

 Ah oui, j'oubliais presque. C'est pourtant un grand classique. Enchaînez les procès, ça fait du ramdam ! Le Bild est un grand connaisseur encore une fois. Il faudra du temps et de l'entraînement pour atteindre son niveau. Mais ne désespérez pas, prenez exemple. Sortir l'orgie « nazie » de Max Mosley était un must qui valait bien de payer 510.000 pounds. Et si jamais un journaliste s'introduit dans votre rédaction pour faire son travail, comme Günther Walraff le fit au Bild Zeitung... Et bien collez-lui un procès au cul ! Célébrité+scandale judiciaire est une combinaison explosive sur Google.

Photos : Une : ©Plinkk/Flickr ; The Sun : ©vapour trail/Flickr ; ©NiceBastard/Flickr