Sevilla

L’esprit de Fuenteovejuna est mort

Article publié le 19 mai 2017
Article publié le 19 mai 2017

L’union Européenne est au point mort depuis quelques mois. Un des scénari du Livre Blanc de Juncker pour l’avenir est celui d’une UE a deux vitesses. Après 60 ans d’unité, il se peut qu’à partir de maintenant chaque états membres doivent avancer à son propre rythme pour que l’UE ne se transforme pas en un colosse aux pieds d’argile. L’esprit de Fuenteovejuna est mort. 

Six décades de paix, de démocratie et de liberté en Europe. Ce n’est pas un mauvais bilan. Mais le futur semble incertain, rempli de défis tel que le premier divorce d’un état membre. Certains de ces défis ont été évoqués le 9 Mai dernier à l’Université de Séville, par des experts de l’Europe lors d’un séminaire pour la Journée de l’Europe. La crise migratoire, le populisme, les fond d’investissement de l’Union Européenne, le marché unique digital, les relations avec les pays frontaliers comme le Maroc. C’était les quelques thèmes récurrents des conversations lors de cet évènement où le public a pu débattre et partager ses inquiétudes avec Enrique Baron, ancien président du Parlement Européen ; Vincenzo Cardelli, du centre commun de recherche, Paz Guzman, représentant de la commission européenne à Madrid ; la professeur Cristina Gortázar, de l’université de Comillas et Julio Ponce, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Séville.

Comment relever tous ces défis ? Personne n’a la recette magique –même si tous aimerait la posséder. Il y a seulement quelques mois, le président de la commission Européenne, Jean-Claude Juncker a présenté dans son Livre Blanc [esp], les voies de sorties possibles à cette période d’impasse que vit l’Union Européenne. Durant le séminaire à l’université de Séville, le public a été mis à contribution pour savoir quel était leur scénario favori. Le résultat a été une parité quasi parfaite entre deux options : «  Faire plus, plus ensemble » et « Que ceux qui veulent faire plus, fassent plus ». Ce qui revient à dire, une Union Européenne a deux vitesses.

Le résultat de ce petit sondage n’est pas surprenant si on prend en compte que ce débat a lieu aussi dans le reste de l’union européenne. En effet, les dirigeants comme Angela Merkel ou le français François Hollande – avant les élections du 7 Mai dernier- se montraient enclins à renforcer l’axe franco-allemand pour donner l’impulsion à cette Europe à deux vitesses qui permettrait enfin de lever le frein à main qui semble bloquer depuis plusieurs années le développement du projet Européen. On peut continuer à avancer vers plus d’intégration, mais il n’est pas nécessaire que cette intégration soit la même pour tous, c’est le message sous-jacent de cette proposition. Tout parait indiquer, que dans le contexte européen, l’esprit de Fuenteovejuna est mort.

C’est dans ce contexte que l’Union Européenne a célébré en Mars dernier son 60ème anniversaire avec ce sentiment aigre-doux entre les représentants des Etats-membres et des institutions Européennes. Jean-Claude Juncker a déclaré cette année devant le parlement Européen que l’UE traversait une « crise existentielle ». C’est sûr que ces derniers temps n’ont pas été faciles pour le club Européen. Après la claque du résultat du Brexit il y a seulement un an, la montée des dirigeants populistes en France et en Hollande, n’a pas laissé aux pro-européens le temps de respirer une minute.

La tempête économique qui paraissait avoir mis en échec la monnaie commune est passée et la crise a commencé à reculer en Europe. Sans aucun doute, elle a fait des dégâts sur son passage, plus important à certains endroits qu’à d’autres – En Grèce, ils restent assez visibles. Si les années d’angoisse sont passées, il semble que toutes les questions politiques laissées de côté durant les années de crises soient ressorties des placards. Le bloc Nord-Sud, installé durant les années les plus dures de la crise économique semblent voir aujourd’hui ses lignes se brouiller légèrement.

Probablement que de nouveaux axes vont se dessiner pour découper l’Europe : l’axe Est-Ouest, qui sera sans doute la clef quand viendra l’heure de mettre en place de nouveau rythmes pour chacun des membres du club européen, si c’est le scénario d’une Europe à deux vitesses qui triomphe. Certains dirigeants comme la première Ministre Polonaise Beata Szydlo, ont déjà affirmé être contre ce scénario considérant qu’il créerait des pays « élites » au sein du club européen.  Pourtant, Mme Szydlo se montre réticente à l’idée de plus d’inclusion européenne sur certains sujets, comme l’accueil des réfugiés. Il n’y pas de volonté d’avancer, mais pas non plus de volonté de reculer, c’est-à-dire qu’on reste ensemble, tous à l’arrêt.

Soixante ans à avancer ensemble, unis face l’adversité sur un chemin défini bien que restant à tracer. Que le mouvement continu à perdurer ainsi semble un fait plus que compromis au sein de l’union Européenne, puisqu’on parle déjà d’un projet resté en construction pendant toute son histoire, sur un système d’essai-erreur unique dans l’histoire. Il reste à savoir si les prochains pas se feront main dans la main, ou si nous déciderons de continuer le chemin ensemble, mais pas fâchés.