Sevilla

La crise européenne expliquée à mon oncle réactionnaire

Article publié le 5 juillet 2015
Article publié le 5 juillet 2015

 Beaucoup de choses ont été dites sur la Grèce ces quelques dernières semaines, nous ne reviendrons pas sur les clichés véhiculés ici et là sur le manque supposé de fair play de la part des grecs, sur le maquillage des comptes grecs lors de leur entrée dans l'UE en 1981, ni sur le montant des aides européennes attribuées à la Grèce, ce débat est désuet à l'heure actuelle.

"DÉMUNIS FACE À L'ADVERSITÉ" 

 De fait, ce n'est pas là que le bât blesse aujourd'hui. La question qui s'est posée au peuple grec dimanche 5 juillet nous a tous plongé dans une réflexion sur ce qu'est l'Union européenne, ce qu'elle devrait être et ce qu'est la citoyenneté européenne. Sommes-nous, peuples et nations européens « unis dans la diversité » telle que la devise de l'UE le prétend ?  

CHANTAGE TECHNOCRATIQUE

 Le message répété par les différents dirigeants de l'UE – ou devrait-on dire technocrates – était celui d'une Europe prédisposée à négocier certes, mais les termes de cette négociation, eux demeuraient inflexibles. L'UE serait néolibérale ou elle ne serait pas. En effet, alors que le peuple grec était amené à se prononcer sur l'acceptation ou non des mesures économiques austéritaires proposées par l'Europe pour « redresser son économie », les Juncker, Schulz et autres Dijsselbloem ont modifiés les termes de ce référendum. Bien qu'ils n'aient aucune légitimité pour le faire, ils ont transformé cette consultation populaire en appartenance ou non de la Grèce à l'UE. Comme si l'UE ne pouvait pas changer et qu'il s'agissait d'une force immuable incapable de s'adapter et d'évoluer. A ce stade il est légitime de se demander où est la diversité là dedans et comment parler d'union lorsque le choix offert aux grecs est celui de « vivre à genoux ou mourir libre » ?

L'AMNÉSIE EUROPÉENNE

 Le vieux Continent semble avoir la mémoire courte. Non seulement il a oublié que de nombreux pays européens ont bénéficié d'un effacement de leur dette (l'Allemagne en tête) mais il a surtout oublié sa propre devise. Syndrome d'une Europe malade où les technocrates ont œuvré trop souvent et pendant trop longtemps sans avoir de comptes à rendre à personne. Or, aujourd'hui que tous les viseurs sont pointés sur elle, c'est le branlebas de combat à Bruxelles, les chantages s'intensifient et les menaces pullulent.

L'ÉCHEC NÉOLIBÉRAL

 Fort heureusement, la Grèce a choisi la seule solution de sortie de crise possible, infligeant de la sorte un échec retentissant à l'Europe néolibérale. Comment face à un tel déni de démocratie de la part de ses dirigeants, l'Europe peut-elle encore espérer continuer à fonctionner comme avant ? La Commission a rompu le lien de confiance que les citoyens avaient naïvement déposés en elle. L'Europe s'est créée pour protéger les peuples européens, elle les a dressés aujourd'hui les uns contre les autres pour continuer d'exister. Demain c'est avec un mandat fort qu'Alexis Tsipras ira affronter des dirigeants conservateurs, terrifiés à l'idée de voir disparaître le système libéral qu'ils ont tant choyé.

L'AUS"TUE"RITÉ

 Certes l'Europe n'est plus en guerre, cependant notre système politique sort plus qu'affaiblit de cette crise. Notre économie d'austérité a plongé de nombreux pays dans la misère sociale. Comment fermer les yeux sur les désastres causés par la rigueur budgétaire ? Comment ne pas être sensible à la multiplication – par 4 – du taux de suicide en Grèce, à la paupérisation de sa société, à son chômage galopant, à l'augmentation de 43 % de son taux de mortalité infantile ? Ces indicateurs ne sont pas si éloignés de ceux d'un pays en guerre, pourtant le seul intérêt des technocrates était de savoir quant est-ce que les créanciers grecs seraient remboursés. Précisément parce que ces technocrates, ces "européens convaincus", sont en fait les représentants des créanciers. Les dirigeants français, allemands, luxembourgeois, etc. ont beau dire que c'est de l'argent public dont il s'agit, nous savons aujourd'hui qu'en sauvant les banques en 2010, nos Etats ont racheté la dette privée des créanciers grecs. Ils sont donc les seuls responsables de cette situation. Le défaut de payement grec est notre responsabilité commune, notre fardeau et non le seul fruit d'une mauvaise gestion des finances en Grèce. En outre, les usuriers que sont devenus nos États en sauvant leurs banques ne sont pas neutres. En effet, les aides des pays européens et du FMI servent à payer les traites que la Grèce doit... Aux pays européens et au FMI. 

LA RENAISSANCE D'OXI

Oxi, Non en grec, trois lettres qui ont vocation à changer l'Europe. La reconquête pourrait bien avoir commencé ce soir en Grèce. En rejetant le chantage et l'asservissement, la Grèce a ouvert un nouveau chapitre en Europe, celui de la renaissance sociale, après le dictat de l'austérité. Comme au Chili en 1988, le non au référendum – qui avait mis fin à la dictature de Pinochet – apportera une vague d'espoir et un renouveau politique sans précédents en Europe depuis la CECA. Bien sur les conséquences du référendum sont incertaines maintenant que le « non » l'a emporté. En revanche, l'issue du « oui » était bien connue : la longue histoire de la résignation se serait poursuivi pour la Grèce et les peuples européens. Face a un tel choix, la Grèce s'est montrée forte et s'est accrochée à l'espoir de transformer cette vieille Europe qu'elle a jadis bâti et dotée de ses principes fondateurs. A nous de lui montrer notre reconnaissance et soutien.