Sevilla

Gibraltar, un obstacle entre l’Europe et le Royaume-Uni

Article publié le 12 juillet 2017
Article publié le 12 juillet 2017

La vigie du détroit sera au cœur des négociations du « Brexit » mais depuis Le rocher il faut se rappeler que de chaque côté des grilles, les relations commerciales et le transit de plus de 7000 travailleurs devra peser dans la balance pour que le divorce soit le plus à l’amiable possible. 

Les querelles diplomatiques entre l’Espagne et le Royaume-Uni à propos de l’avenir de Gibraltar à la suite du « Brexit », semblent à mille lieues de la réalité du terrain, de ce qui se vit aujourd’hui des deux côtés des grilles dans la région de Gibraltar, un écosystème qui réclame la compréhension de Bruxelles, Madrid et Londres. Sera-t-il entendu ?

Selon les données officielles du Ministère de l’emploi, Le rocher génère plus 7000 emplois pour les travailleurs espagnols qui passent chaque jour la frontière en provenance des terres de Cadix comme San Roque, où le taux de chômage frôle les 30% contre 0.5% à Gibraltar.

En plus, ce territoire d’outre-mer contribue à hauteur d’environ 847 à 1000 millions de livres au PIB de la région de Gibraltar (Comarque Campo de Gibraltar), des chiffres qu’il ne faudra pas perdre de vue dans les futures négociations de sortie du pays qui bien qu’il se trouve de l’autre côté du canal de la Manche déploie ses tentacules jusqu’en Méditerranée. 

Une rue de Gibraltar en 2016, où l’on voit une banderole de soutien à l’option « Remain » qui reprend les drapeaux de l’UE et du Royaume Uni. | Clara Fajardo Trigueros

Le Rocher avait dit Oui à l’Union

Le 23 Juin 2016, les habitants du Rocher avait dit oui à l’Union par un écrasant 96%. Seul 800 personnes sur les 23 000 recensées s’étaient positionnées en faveur du « Brexit ». Etant complétement autonome au niveau gouvernemental, à part en matière de sécurité et de relations extérieures, Gibraltar doit alors digérer l’activation de l’article 50 du traité de l’Union Européenne et ne peut compter que sur ses chiffres pour être pris en considération dans les négociations de sortie.

Le président de la Commission Européenne, Jean-Claude Juncker, avait confirmé que Gibraltar entrerait bien en compte dans les négociations du « Brexit » entre le Royaume-Uni et l’Union Européenne, après que soit fait mention du Rocher dans la proposition du Gouvernement de Theresay May au Parlement Britannique du 26 Juin dernier de cette année.

Dans le document intitulé « Protection de la position des citoyens de l’UE qui vivent au Royaume-Uni et des citoyens britanniques qui vivent dans les états membres de l’UE », qui a été présenté par Mme. May devant le Parlement, il était signalé que l’accord qui sera passé avec l’UE s’appliquera à tout le territoire Britannique et à Gibraltar. 

Slogan de la campagne pour le « Remain » à Gibraltar  | Clara Fajardo Trigueros

La proposition de co-souverainté pour feter le 60ème anniversaire du réfrendum d’identité

Même si Gibraltar ne fait pas parti de l’espace Schengen, l’Espagne, depuis son entrée dans l’UE en 1986, est obligée de garantir la libre circulation des personnes, des services et des capitaux. Et même si le Rocher n’appartient ni à L’union douanière ni à l’harmonisation fiscale, le contrôle des marchandises est toujours justifié sinon c’est une atteinte aux libertés précédemment mentionnées.

Quand le Royaume-Uni sortira de l’UE définitivement, si il n’existe aucun accord spécial pour cette zone, toutes ces libertés disparaitront et le flux de personnes, marchandises, services et capitaux sera traité comme celui de n’importe quel autre pays tiers. Ce qui serait un obstacle à la symbiose actuelle créée dans ce coin de paradis qui donne directement sur l’Afrique.

Face à la situation, l’Espagne a présentée le 4 Octobre dernier devant l’ONU une proposition de négociation avec le Royaume-Uni pour aller vers un consensus sur un régime de souveraineté conjointe qui permettrait l’application des traités de l’UE sur le Rocher, ce qui impliquerait une double-nationalité pour les « yanitos », comme sont appelés les habitants de Gibraltar, et un statut spécial au sein de l’UE, parmi d’autres options.

Du coté de Gibraltar, il n’y a pas de doutes, ils se sentent britanniques et c’est une question d’identité depuis le Traité d’Utrecht de 1713, dans lequel est reconnu la possession Britannique du Rocher, qui est cédé à perpétuité et avec une seule clause : si le territoire cessait d’être britannique, l’Espagne aurait le droit de le récupérer.

300 ans après, en plein XXeme et XXIeme siècle, Gibraltar a connu deux referendums pour connaitre la volonté du peuple, et en 1965 comme en 2002, le résultat était à chaque fois sans équivoque : 99.64% et 98.7% des Habitants de Gibraltar ont choisi le passeport Britannique.

Premier Ministre de Gibraltar, Fabián Picardo | Commons Wikipedia

Est-ce encore une colonie ?

Sur la page officielle du Ministère des affaires étrangères espagnol, on retrouve les raisons principales qui poussent le gouvernement à insister pour que le Royaume-Uni rendre la souveraineté du Rocher à l’Espagne :

  • Gibraltar est une colonie
  • La situation coloniale de Gibraltar détruit l’intégrité nationale et l’intégrité territooriale de l’Espagne et est incompatible avec la résolution 1514 (XV), paragraphe 6, de 1960 sur la décolonisation en général.
  • Dans le cas de Gibraltar, l’ONU n’a pas reconnu le droit à l’auto détermination

Le 9 Juin dernier, le premier Ministre de Gibraltar, Fabián Picardo, a rencontré le comité des 24 pour les mettre au courant des questions relatives à Gibraltar au cours de la rencontre annuelle pour les territoires qui restent sur la liste des territoires sans gouvernements autonomes des Nations Unies.

Picardo a informé le comité de la situation politique de Gibraltar durant les 12 derniers mois, en invoquant également la position de Gibraltar sur la décision prise par le Royaume-Uni de quitter l’Union Européenne. Tous les scénarios sont possibles. Affaire à suivre.