Sevilla

Catalogne: Nation Européenne oui, Etat ?

Article publié le 28 février 2014
Article publié le 28 février 2014

Un peu de lu­mière sur les dé­sirs contradictoires d’as­su­jet­tis­se­ment (à l'Europe) et d’in­dé­pen­dance (vis-à-vis de l'Espagne) d’une Ca­ta­logne tou­jours plus na­tio­na­liste et can­di­date à l’ac­ces­sion à l’UE.

     Je re­grette que ce débat soit dicté par un amal­game entre ré­pu­bli­cains, na­tio­na­listes, ca­ta­la­no­phone d’un coté et fran­quistes, pa­triotes et his­pa­no­phones de l’autre… Au risque de pas­ser pour un ré­pu­bli­cain, fran­quiste, na­tio­na­liste, pa­triote, ca­ta­la­no­phone et his­pa­no­phone ; je me lance.​

     Un sacré im­bro­glio que je prends plai­sir à dé­cor­ti­quer pour mes frères ca­ta­lans, ras­su­rez-vous nous n’al­lons pas trai­ter ici des rai­sons cultu­relles, lin­guis­tiques, édu­ca­tives, ad­mi­nis­tra­tives, fis­cales, ECO­NO­MIQUES pour les­quelles la Ca­ta­logne sou­haite prendre son in­dé­pen­dance du joug es­pa­gnol, nous sa­vons main­te­nant tous qu’il y en a marre de payer pour les autres… Non, concen­trons-nous plu­tôt sur les mo­ti­va­tions qui poussent la Ca­ta­logne à pré­tendre à une adhé­sion à l’Union Eu­ro­péenne, voire même à lui faire de l’œil.

     Jus­qu’à pré­sent les in­dé­pen­dan­tistes ca­ta­lans étaient confron­tés à l’op­po­si­tion des pro-eu­ro­péens ca­ta­lans, en effet: que faire d’un Etat (ac­tuel­le­ment pre­mière ré­gion ex­por­ta­trice d'Es­pagne) au cœur de l’Es­pace Schen­gen mais en de­hors de l’Union Eu­ro­péenne ? Com­ment as­su­rer l’es­sor de SEAT, EN­DESA, ROCA et autres MANGO en étant en de­hors de l’UE ? La ques­tion a long­temps oc­cupé nos amis d' «Es­querra Re­pu­bli­cana de Ca­ta­lu­nya» néan­moins ça y est, ils disent avoir trouvé la so­lu­tion: la Ca­ta­logne n’a qu’a prendre son in­dé­pen­dance de l’Es­pagne mais adhé­rer au même mo­ment à l’UE. Com­pre­nez: c’est pour­tant bien simple, nous ne vou­lons pas du bou­let es­pa­gnol (un peu d’em­pa­thie quoi...), être so­li­daire avec ces gens alors que nous avons une na­tion propre et dif­fé­rente du reste du pays ? Non, plu­tôt pa­raître de­vant Dieu que de por­ter le far­deau (de la dette ?) es­pa­gnol(e). En re­vanche, com­ment se re­fu­ser à l’aide de l’UE ? Que dis-je (long ma­laise), com­ment re­fu­ser d'être un eu­ro­péen so­li­daire ? La na­tion ca­ta­lane serait-elle soudainement devenue le ber­ceau de l’Eu­rope sociale et solidaire ?

     Trêve de plai­san­te­ries, cet égoïsme est vi­lain et ne vous res­semble pas, ca­ma­rades ca­ta­lans, vous ne nous convain­crez pas, ni nous, ni ce mal­heu­reux Ma­riano Rajoy qui, cela vous en dé­plaise, devra don­ner son ac­cord pour l’adhé­sion de tout nou­vel Etat membre lors des réunions du Conseil de l'Union Eu­ro­péenne puisque, rap­pe­lons-le, ce Conseil (com­posé des mi­nistres des Etats membres) doit voter à l’una­ni­mité pour l’adhé­sion de tout nou­vel Etat membre…

     Par ailleurs, dé­solé je conti­nue, la lé­gère dette pu­blique ca­ta­lane, d’ores et déjà à 25,9% de la hau­teur du PIB ca­ta­lan ne nous fait pas rêver (pas plus que la Com­mis­sion Eu­ro­péenne d’ailleurs) après la crise grecque… D’au­tant plus que pour être in­dé­pen­dant il sem­ble­rait que la Ca­ta­logne hé­ri­te­rait d’en­vi­ron 11 à 20% de la dette pu­blique es­pa­gnole c’est-à-dire entre 97.311 mil­lions d'eu­ros et 176.930 mil­lions d’eu­ros en sa­chant que le PIB ca­ta­lan en 2012 était de 192.535 mil­lions d’eu­ros (or la dette pu­blique Ca­ta­lane est déjà de 49.866 mil­lions d’eu­ros)… Je vous épargne les cal­culs, dans le meilleurs des cas la dette pu­blique d’une Ca­ta­logne in­dé­pen­dante se­rait de 147.177 mil­lions d’eu­ros et dans le pire des cas de 226.796 mil­lions d’eu­ros ; soit res­pec­ti­ve­ment 73,76% du PIB ca­ta­lan et 113,66% du PIB ca­ta­lan. On conti­nue ? Allez, je ne vous le cache pas il existe en­core quelques ar­gu­ments…

     En émi­nent ju­riste qu’il est, Ar­thur Mas (pré­sident de la Ge­ne­ra­li­tat de Ca­ta­logne)  au­rait dû jeter un coup d’œil aux cri­tères d’éli­gi­bi­lité des Etats membres éta­blis par le Conseil eu­ro­péen réunit à Co­pen­hague en 1993 qui pré­voient un cri­tère po­li­tique, un cri­tère éco­no­mique et la ca­pa­cité à as­su­mer les obli­ga­tions d’État membre, dé­cou­lant du droit et des po­li­tiques de l'UE, y com­pris l'adhé­sion aux ob­jec­tifs de l'Union po­li­tique, éco­no­mique et mo­né­taire. C’est sur ces deux der­niers cri­tères que je re­viens, puisque le cri­tère éco­no­mique sup­pose pour l’Etat membre d’avoir une éco­no­mie de mar­ché viable or une dette pu­blique entre 73,76% du PIB et 113,66% du PIB ne consti­tue au­cu­ne­ment une « éco­no­mie de mar­ché viable ». Par ailleurs, et je ter­mi­ne­rai là avec ces chiffres, les ob­jec­tifs éco­no­miques de l’UE dis­posent d’un seuil maxi­mal de 60% du PIB pour la dette pu­blique que nos amis ca­ta­lans ont né­gli­gem­ment dé­passé du haut de leur 73,76% de dette pu­blique (ou au choix 113,66%).

     D’où mon in­quié­tude quant à l’in­dé­pen­dance et à l’adhé­sion à l’UE de la Ca­ta­logne… Mais la bonne nou­velle c’est que nos amis ca­ta­lans sont déjà membres de l’UE ! Et ce, vous l'avez de­viné, grâce à l’Es­pagne, alors quand même, oui j'ose, Merci Es­pagne ! Après tout sou­ve­nez-vous nos pères fon­da­teurs eu­ro­péens (Ro­bert Schu­man, Kon­rad Ade­nauer, Jean Mon­net et j’en passe)  par­ta­geaient une même vo­lonté de pa­ci­fi­ca­tion de l’Eu­rope par la ré­con­ci­lia­tion des na­tions eu­ro­péennes, com­men­çons donc par ré­con­ci­lier la na­tion ca­ta­lane et la na­tion es­pa­gnole, qui, avouons-le sont les meilleurs amis-en­ne­mis qui soient.

     Pour conclure j’ai­me­rais faire un pa­ral­lèle avec nos frères Ukrai­nien morts pour cette ma­gni­fique idée qu’est l’Eu­rope et j’ap­pelle nos sem­blables ca­ta­lans à ce que nous re­gar­dions en­semble  cet exemple de lutte pour des idéaux eu­ro­péens, que nous ap­pre­nions et res­pec­tions ces hommes et leur lutte, ce sera notre hom­mage à ces ré­sis­tants morts pour la cause Eu­rope qui nous semble sur­ement très belle.