Politique

Zu Guttenberg : le baron allemand de l’économie

Article publié le 23 septembre 2009
Article publié le 23 septembre 2009
Espoir de la politique allemande ou freluquet de la noblesse ? L’actuel ministre de l’économie allemand Karl-Theodor zu Guttenberg divise les coeurs. A 37 ans, il est le plus jeune politicien à accéder à ce poste, mais il reste élégant avec Merkel et ne louche pas (encore) sur le pouvoir.

Son heure a sonné le 7 février 2009. Ce jour-là, Michael Glos (de la droite démocrate-chrétienne et conservatrice du CDU/CSU) jette l’éponge et en Allemagne, le poste de ministre de l’économie et de la technologie se retrouve soudainement vacant. Quelques jours plus tard, Karl-Theodor zu Guttenberg (également CDU) devient le plus jeune ministre de l’économie jamais nommé en Allemagne… un poste prestigieux dont personne ne veut vraiment en ces temps épineux de crise financière.

Un Obama made in Germany ?

Guttenberg divise. Certains le portent aux nues, voyant en lui l’espoir d’une nouvelle génération de politiciens. Il brille grâce à sa connaissance des langues étrangères et de remarquables études de droit. Il tient parole, est éloquent et soigné. D’autres s’arrachent en revanche les cheveux devant le portrait qu’offre cet Obama allemand : noble, jouant du piano, propriétaire d’un château en Haute-Franconie et ayant effectué son service militaire auprès des chasseurs alpins bavarois. Quelqu’un à qui tout semble réussir et qui tire à gros boulets contre les salaires minimums et les aides étatiques pour banques épuisées.

Un détonateur pour les rumeurs

La presse a salué sa prise de fonction. C’est le nom du ministre frais émoulu qui a déclenché le premier scandale. Un auteur anonyme de Wikipedia a un jour arbitrairement ajouté un « Wilhelm » à ses dix prénoms (Karl Theodor Maria Nikolaus Johann Jacob Philipp Franz Joseph Sylvester) comme si le mariage de Guttenberg avec l’arrière-petite-fille de Bismarck n’était pas déjà assez chargé d’histoire ! Le journal BILD-Zeitung a rapidement titré « Müssen wir uns diesen Namen merken ? » (« Devons-nous nous retenir ce nom ? ») et imprima le nom dans toute sa longueur.

Autre question latente : où le nouveau ministre a-t-il acquis ses compétences en économie ? Il s’occupait de politique étrangère auprès de l’Union des jeunes (« Jungen Union ») et en tant que député. Une enquête de la NDR (la grande chaîne audiovisuelle allemande) a révélé que Guttenberg gérait la fortune de sa famille avec trois collaborateurs qu’il supervisait.

(zuguttenberg.de/ cafebabel.com)

La fin d’Opel

« Je suis un critique éclairé des interventions protectionnistes »

Peu importe d’où lui viennent ses compétences en économie : au cours de son mandat de sept mois, Guttenberg a su s’attirer le respect. Au baromètre de la ZDF (deuxième chaîne de télévision allemande), il tient la seconde place, juste derrière Angela Merkel. Face à la crise, il assène des sentences énergiques et rappelle que toute action doit redevenir rémunératrice. Soyons clair : les impôts doivent baisser et l’Etat n’intervient nulle part. Guttenberg soutient le « paquet conjoncturel II », abandonné par le gouvernement fédéral en janvier 2009. Selon lui, le petit père Etat devrait respecter son rôle de veilleur de nuit, fidèle à la tradition libérale. « Je suis un critique éclairé des interventions protectionnistes », soulignait Guttenberg en février face à la FAZ (Frankfurter Allgemeine Zeitung).

C’est aux Etats-Unis qu’il a fait son baptême du feu alors que la multinationale General Motors a fait tanguer, dans sa faillite, Opel, une filiale allemande. Calculant les pertes d’emploi en Allemagne, Guttenberg s’est prononcé pour l’insolvabilité d’Opel. Le public a vite appris qu’il s’opposait, ainsi, à la Chancelière. Mais après d’âpres négociations et une machine arrière du ministre, Opel s’est tout de même fait racheter. Guttenberg, pour rattraper la mauvaise image médiatique de cette tournée ratée aux Etats-Unis, a posé pour une séance photos glamours à Times Square.

« Devons-nous retenir ce nom ? »

Peu avant les élections, il s’efforce de paraître vraiment jeune. Il enfile des chemises AC/DC sur les places de marchés bavarois et avec lui, ça déménage. Sur Internet, il collectionne les lingots d’or, dans un jeu virtuel de l’Union des jeunes de Bavière, alors que son opposant Peer Steinbrück, le ministre des finances, les jette par les fenêtres. Jeune, dynamique et plein de potentiel ? Noblesse oblige, pas question d’évoquer de potentielles vues sur la Chancellerie : jamais il ne spéculerait sur la période post-élections 2009 ! Comparé au dernier candidat favori du CSU, Guttenberg aurait un net avantage : il a l’usage du monde et parle un allemand de haut-vol. Mais qu’il se montre en costume traditionnel sur une vidéo volée mise en ligne sur Internet et ça, le reste de la République ne lui pardonnera pas.