Politique

«White Christmas» : un beau cadeau de Noël pour les immigrés de Coccaglio en Italie

Article publié le 22 décembre 2009
Article publié le 22 décembre 2009
Jusqu’au 25 décembre, le petit village de Coccaglio en Italie a une mission : « nettoyer » les logements occupés par des immigrés qui n’auraient pas renouvelé leur permis de séjour avant cette date. Un « White Christmas » pas très chrétien…

« Noël, déjà ? » Devant ma télé, en plein mois de novembre, je n’en crois pas mes yeux. Le journal télévisé présente l’opération « White Christmas » de Coccaglio, un village de 8000 habitants situé dans la plaine de Brescia. Dans cette région connue pour ces centres commerciaux et ces vins mousseux, les autorités s’activent déjà, pensais-je à première vue, pour mettre en place les traditionnelles opérations marketing de Noël. Mais j’étais loin de comprendre le sens de ce « White Christmas ». Ce grand nettoyage en prévision des fêtes de Noël ne s’attaque ni aux moutons cachés sous les meubles, ni à la poussière. Il s’agit plutôt de « débarrasser » ce charmant petit village de ses étrangers en situation irrégulière.

« A Coccaglio, il n’y a pas de criminalité, nous voulons juste commencer à faire le ménage »

Le paquet législatif sur la sécurité intérieure approuvé par le gouvernement italien autorise les maires à jouir d’une plus grande autonomie, et le conseil communal de Coccaglio constitué d’une majorité d’élus de centre-droit et de la Ligue du nord, a décidé de faire usage de cette autonomie… pour frapper à la porte de ceux dont le permis de séjour est expiré. Si les étrangers, qui représentent presque un quart de la population, n’ont pas déjà entrepris les démarches pour renouveler ce permis, ils trouveront sous le sapin de Noël, un avis d’expulsion.

La fête de nos racines

(Miriam Franchina)En Italie, le permis de séjour n’est renouvelé qu’à condition d’avoir un véritable contrat de travail. Et vu le taux de chômage technique et de chômage tout court à Coccaglio, il est probable que la commune décroche le gros lot en mettant en place une telle règle. L’adjoint au maire responsable de la sécurité, Claudio Abiendi, précise qu’il n’y a là rien d’anormal. Pour lui, il faut tout de même rappeler que « Noël est la fête de nos racines, pas celle de l’accueil [d’étrangers…] »

Coccaglio. Dans ce village résident actuellement 1500 étrangers régularisés, 400 « invités » hébergés de manière temporaire, et un nombre indéfini de clandestins, si l’on en croit les données communiquées par Franco Claretti (Ligue Nord), alors candidat pour devenir maire, au quotidien Brescia Oggi en mai dernier. Depuis qu’il a été élu, il a mis en pratique son programme électoral : de la prévention axée sur « la sécurité et la famille », deux mots clés pour les communes de centre-droit. Soutenant les propos de son adjoint, le nouveau maire a précisé lui aussi, cette fois-ci au quotidien La Repubblica, le 18 novembre dernier, qu’« à Coccaglio, il n’y a pas de criminalité, nous voulons juste commencer à faire le ménage. »

Caméras de vidéosurveillance

28 novembre 2009 - 2500 personnes manifestent (Franchina)Etait-il vraiment nécessaire de nommer cette opération « Noël blanc » ? Même le leader de la Ligue du Nord, Umberto Bossi, s’est posé la question, tout en vantant le pragmatisme de Coccaglio, un exemple somme toute difficile à suivre. « White Christmas » fait penser à un slogan raciste ? C’est accidentel, répondent les élus de la Ligue du Nord. Leur objectif est simplement de « s’opposer fermement à l’immigration clandestine grâce à des patrouilles, diurnes et nocturnes, de la police locale ; les contrôles du respect des mesures d’hygiène dans les logements, et l’ajout de 25 caméras de vidéosurveillance supplémentaires ». Tout cela sur une superficie de 12 km².

Il fallait s’y attendre : dans la commune, le 28 novembre 2009, a eu lieu une manifestation contre le racisme organisée par les habitants qui ne soutiennent pas le « lynchage généralisé » : 2500 personnes se sont réunies sous le nom « United colors of Christmas ». J’en suis revenu la tête pleine de chants de Noël. Cela m’a même fait penser aux lettres que j’écrivais au petit Jésus quand j’étais enfant. C’est lui qui m’a appris qu’il faut toujours offrir un toit à ceux qui sont dans le besoin…

Aujourd’hui, ce sont les policiers qui écrivent des lettres pour distribuer du charbon aux méchants étrangers qui continuent de vivre à Coccaglio avec un permis de séjour expiré et qui ne peuvent pas le renouveler car ils sont au chômage. Leur toit est convenable mais on le leur enlève. Eh oui, pour une fois, vous auriez sûrement préféré être bombardé de pubs en cette saison de Noël !

Crédits photos : About PassionFruit Popscicle/Flickr