Politique

Volen Siderov : le psychopathe de l'extrême droite bulgare

Article publié le 22 mars 2014
Article publié le 22 mars 2014

Antisémite, anti-Roms, anti-musulmans, anti-Turcs…Ataka, le parti d'extrême droite ne supporte qu'une seule chose : la Bulgarie. Et ne doit son existence qu'à un seul homme : Volen Siderov. Portrait d'un vrai fou, capable à la fois de faire des batailles de bouchons de champagne comme d'obtenir un score de 12% aux élections européennes.

Volen Si­de­rov, lea­der du parti ul­tra­na­tio­na­liste bul­gare Ataka (Ataka si­gni­fie « at­taque »), a été mis en exa­men pour vio­lences le 12 mars après avoir com­mencé 2014 sur les cha­peaux de roues. Comme ce 6 jan­vier der­nier par exemple, au cours du­quel, en plein vol vers Varna (la troi­sième ville de Bul­ga­rie), où il se ren­dait pour un mee­ting, le po­li­ti­cien a agressé ver­ba­le­ment une di­plo­mate fran­çaise. La di­plo­ma­tie at­ten­dra.

le monde entier contre lui

Mais ce n’était qu’un début. À la des­cente de l'avion, Si­de­rov agresse un des té­moins et, lorsque la po­lice s’in­ter­pose, at­ta­que un des po­li­ciers dans la fou­lée. Même si bien sûr, dans sa ver­sion des faits, rien de tout cela n’est ar­rivé : il au­rait plu­tôt sim­ple­ment été vic­time d’une longue série d’évé­ne­ments mal­heu­reux. Le po­li­cier pré­sen­tait « un com­por­te­ment ar­ro­gant » en­vers lui, et c’est en fait le po­li­cier, Kolev, qui l’au­rait at­ta­qué le pre­mier. De la même façon, c’était la di­plo­mate qui lui avait lancé la pre­mière in­sulte, de même pour le jeune homme qui s’était in­ter­posé. Sans par­ler des mé­dias, qui ont cou­vert l’évè­ne­ment en le dé­for­mant avec agres­si­vité. Clai­re­ment, le monde en­tier était contre lui. 

Quoi qu’il en soit, le pro­cu­reur gé­né­ral bul­gare Sotir Tsat­sa­rov n’a pas été convaincu et a de­mandé que l’im­mu­nité par­le­men­taire de Si­de­rov soit levée en consé­quence. Dans un dis­cours dont le ni­veau de sar­casme mé­ri­te­rait un prix, Si­de­rov a re­noncé à son im­mu­nité, condam­nant dans le même temps celle de son parti – sans tenir compte du fait que, lé­ga­le­ment, cet acte de re­non­cia­tion n'en­gage per­sonne d’autre que lui. À ce stade, on ne peut faire que des conjec­tures sur l’is­sue du pro­cès. On peut par contre af­fir­mer que Si­de­rov est loin d’avoir mené une vie tran­quille de­puis qu’il est sur le de­vant de la scène po­li­tique. 

Voi­ture-bé­lier et ba­taille de bou­chons de cham­pagne

Ce n’est pas la pre­mière fois que Si­de­rov se heurte à la loi. En 2006, après une col­li­sion mi­neure, Si­de­rov était convaincu que l’autre voi­ture (trans­por­tant un étu­diant de 22 ans et son grand-père de 75 ans) avait été lan­cée pour l’as­sas­si­ner. Il fait alors ta­bas­ser l'étu­diant et cre­ver les pneus de la voi­ture. C’est dans un pre­mier temps l’ad­joint de Si­de­rov, Cher­nev, qui est mis en exa­men, avant qu'il ne dé­clare avoir agi sous la pres­sion de Si­de­rov.

À l’au­tomne der­nier, ce n’était pas seule­ment Si­de­rov mais son parti tout en­tier qui cher­chait le gra­buge, lorsque vingt membres d’Ataka, ivres et agi­tés, ont re­fusé de ré­gler leur ad­di­tion dans un des plus grands res­tau­rants de Bruxelles. Ils ont « jeté des bou­chons de cham­pagne sur les em­ployés et sac­cagé la nour­ri­ture des­ti­née à d'autres clients ». On croi­rait les dé­ra­pages d’une bande de jeunes ner­veux en soi­rée. On a déjà vu Si­de­rov in­sul­ter un par­le­men­taire d’as­cen­dance Rom, se ba­la­der armé d’un bâton de po­lice lors d’une ma­ni­fes­ta­tion en pro­cla­mant la né­ces­sité de pro­cé­der à des ar­res­ta­tions de ci­toyens. Il s'est même com­paré à Nel­son Man­dela. Pas vrai­ment la pre­mière com­pa­rai­son qui vient à l’es­prit.

Les mé­dias : son ti­cket d'en­trée...​ou de sor­tie

Si­de­rov est entré en po­li­tique après des an­nées pas­sées dans le jour­na­lisme. Il pré­sen­tait alors une émis­sion té­lé­vi­sée ap­pe­lée Ataka, un nom qu’il ai­mait suf­fi­sam­ment pour en faire, plus tard, celui de son parti. À tra­vers une cri­tique vi­ru­lente de l’état de la vie po­li­tique en Bul­ga­rie, Ataka de­vint le mé­lange par­fait entre média et force po­li­tique, rem­por­tant im­mé­dia­te­ment 8,7% des voix aux élec­tions lé­gis­la­tives de 2005. C’est du coup assez drôle de voir Si­de­rov s’adon­ner à l’oc­cu­pa­tion fa­vo­rite des per­son­na­li­tés pu­bliques : trai­ter de tous les noms les jour­na­listes. Tout en sa­chant que Si­de­rov a gagné un pres­ti­gieux prix de jour­na­lisme en 2000.

L’hy­po­cri­sie et la vio­lence de Si­de­rov sont cho­quantes en elles-mêmes. Mais le pire, c'est l’ac­cep­ta­tion dont son com­por­te­ment fait l’ob­jet. À la suite de l’in­ci­dent avec l’at­ta­chée cultu­relle fran­çaise, le dé­puté eu­ro­péen fran­çais Jean-Pierre Audy a ex­primé, dans un com­mu­ni­qué of­fi­ciel, son in­di­gna­tion de­vant l’ab­sence de condam­na­tion des ac­tions de Si­de­rov par le gou­ver­ne­ment bul­gare. Ataka dé­tient 23 des 240 sièges du par­le­ment bul­gare, l’équi­libre dé­li­cat de la coa­li­tion gou­ver­ne­men­tale très di­vi­sée re­pose donc lar­ge­ment sur le sou­tien of­fi­cieux mais constant des dé­pu­tés du parti.

Des sou­tiens de toutes parts

Le gou­ver­ne­ment n’est pas le seul à don­ner carte blanche à Si­de­rov. La po­pu­la­rité crois­sante de son parti néo-fas­ciste l’a fait se his­ser à la se­conde place des élec­tions pré­si­den­tielles de 2006, per­met­tant aux dé­pu­tés de son parti de for­mer le groupe par­le­men­taire le plus à droite de l’his­toire du Par­le­ment eu­ro­péen : Iden­tité, Tra­di­tion, So­uveraineté. Il n’est ja­mais sur­pre­nant de voir des pays en pleine crise éco­no­mique et so­ciale se tour­ner vers le na­tio­na­lisme voire le fas­cisme. Mais, plus en­core que les fac­teurs so­ciaux ex­té­rieurs, le cha­risme et la pré­sence mé­dia­tique de Si­de­rov sont pour beau­coup dans son suc­cès.

Tout es­poir n’est quand même pas perdu. Le mois der­nier, les dé­pu­tés bul­gares ont re­jeté une mo­tion d’Ataka vi­sant à sanc­tion­ner d’une peine ou d'une lourde amende toute per­sonne « ma­ni­fes­tant pu­bli­que­ment » sa propre ho­mo­sexua­lité ou celle d’un tiers, dans un ras­sem­ble­ment ou sur In­ter­net.

Vous l'au­rez com­pris, Si­de­rov est un per­son­nage in­quié­tant. L’as­cen­sion de son parti est une ex­cel­lente leçon po­li­tique et mé­dia­tique, une im­por­tante pi­qûre de rap­pel pour nous tous selon la­quelle au­cune Na­tion n’est à l’abri de po­li­ti­ciens dont le cha­risme prime sur l'hu­ma­nité.