Politique

Václav Havel : hommage à un amoureux de la paix

Article publié le 19 décembre 2011
Article publié le 19 décembre 2011
Quand on a quelque chose à dire, il suffit d'avoir une scène et de la voix, et Václav Havel était un spécialiste en la matière. Né à Prague en 1936, dramaturge, philosophe et homme politique, l'ex-président tchèque s’est éteint dans son sommeil à 75 ans, des suites d’une longue maladie.

La Charte de l'identité européenne

En 1977, il est, avec le philosophe Jean Patoka à l'origine du mouvement Charte 77. C'est dans ces années-là que son statut de dissident le mène en prison, mais aussi qu'il écrit quelques chefs d'œuvre : L'Hôtel des Cimes (1976) et Assainissement (1985), qui se font le reflet du regard critique de la Tchécoslovaquie à l'époque. Aimé à Prague et estimé à l'étranger, il est au nombre de ceux qui ont contribué à la création de la Charte de l'identité européenne. Ce projet a pour objectif de décrire l'Europe comme une communauté de destins, de valeurs, de vies, d'activités économiques, de solidarité sociale et de responsabilité. Pour Havel, tout cela servait à indiquer que la gloire d'une société se mesure sur la base de la perception démocratique que le citoyen a de celle-ci. De fait, susciter une grande discussion pour permettre une Europe plus proche devient indispensable. Il faut partir de là pour promouvoir une politique solidaire qui puisse renforcer le sentiment d'appartenance et donner une crédibilité à une communauté dont les européens soient fiers.

Se plaçant en première ligne en faveur de la dignité humaine, il créé par la suite Olympic Watch. Cette association tchèque qui siège à Prague se propose de contrôler l'état des droits de l'homme en Chine et est présidée, entre autres, par un ex-dissident, le juriste Jean Ruml. « Il est clair que les dirigeants chinois essaient de rassurer le monde en disant qu'à nouveau, la paix, la tranquillité et « l'harmonie » règnent sur le Tibet. Nous connaissons tous ce genre de paix (nous l'avons vue en Birmanie, à Cuba, en Biélorussie et dans d'autres pays), on l'appelle la paix de cimetière. La guerre froide est finie, le peuple n'a pas à choisir s'il doit être proche de la Russie ou des États-Unis, il peut être proche des deux. La politique et l'histoire sont la tradition d'un peuple, le reste n'est que mouvement de mode. »

La poétique

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Comme pour chaque aspect de sa vie, y compris en ce qui concerne le théâtre, le moteur de l'action réside dans un sain exercice de la curiosité et de la recherche. « Notre monde est fait de mots, à tel point que bien souvent, les interprétations linguistiques sont devenues plus importantes que la réalité elle-même. On use de la rhétorique, on en parle, on s'embarque dans des discours sans fin et tout cela ne fait que nous dévier de l'essentiel, et nous fait perdre la boussole. » Chez cet auteur, le langage devenait sujet et moyen, forme et contenu. Le théâtre est pour Havel l'un des aspects essentiels du monde ainsi que l'instrument fondamental de la communication humaine.

Mais on retrouve constamment le même paradoxe dans sa vie : pris par les circonstances historiques, il s'est retrouvé à jouer des rôles auxquels il n'avait jamais aspiré. La Tchécoslovaquie le choisira comme président, un rôle qu'il assume mais qu'il ne désirait pas. Václav Havel a été un grand écrivain, sans doute parce qu'il est sincèrement attaché à la nature. A l'amour. 

Photos : Une(cc)p.a.j.a./flickr;  Texte (cc)350.org/flickr