Politique

Une révolution électorale en 2014 ?

Article publié le 25 février 2009
Article publié le 25 février 2009
Les médias commencent à peine à parler des élections européennes de 2009 que déjà se concocte un grand projet de réforme électorale pour 2014. En voici les grandes lignes.

« L’Europe souhaite se calquer sur le modèle d’une démocratie nationale mais il lui manque les armes électorales d’un Etat-nation. » Tel est le constat dressé par l’eurodéputé libéral Andrew Duff. Ce Britannique travaille depuis de longs mois sur le projet de réforme électorale européenne. Selon lui, le texte pourra être envoyé d’ici juin au Conseil européen, lequel décidera alors s’il pourra être présenté au Parlement européen.

Après la très faible participation aux élections de 2004, les élus du continent ont en effet ressenti le besoin de procéder à de vastes changements. « Les partis politiques européens ne parviennent pas à faire le lien entre autorités et citoyens, de même que les élections ne donnent pas lieu à la formation d’un gouvernement et d’une opposition à laquelle les électeurs puissent s’identifier », poursuit Andrew Duff. Peut-être la raison pour laquelle les partis contestataires rencontrent un tel succès lors des scrutins européens.

Une organisation plus moderne

A l’heure actuelle, les élections s’étendent sur quatre jours. Un laps de temps trop long pour les médias qui rechignent à couvrir la totalité du scrutin car en quatre jours, l’émotion et la passion générée par un rendez-vous électoral aussi important s’évapore. La possibilité de réduire à deux jours la durée consacrée au vote et à la publication des résultats est donc sérieusement envisagée.

« Ces deux mesures sont très impopulaires et ont choqué notamment le parti populaire européen »

Egalement dans le champ de mire de la réforme : le calendrier, notamment le fait d’avancer les élections de juin à mai, « car dans les pays du Nord, les vacances d’été ont souvent déjà commencé et les gens oublient d’aller voter », constate Andrew Duff. Enfin, la création d’une autorité électorale européenne chargée de centraliser et d’harmoniser l’organisation du scrutin, l’homologation des listes et la collecte et publication des résultats, comme il est d’usage dans n’importe quel pays, est envisagée. Cela permettrait en particulier d’assurer toute indépendance vis-à-vis des autorités électorales nationales.

Un peu plus européen, s’il-vous-plaît

Mais l’un des fers de lance principaux des partisans de la réforme, c’est intégrer une plus forte dose de transnationalisme, ce qui améliorerait la démocratie. Que faut-il entendre par là ? Une combinaison de listes dites « semi-ouvertes » et de listes transnationales. Les premières sont des listes formées à la fois par les partis nationaux et par la fédération européenne de partis à laquelle ils s’apparentent. Par exemple, le parti populaire espagnol (PP) désignerait 50 % des candidats, tandis que le Parti populaire européen (PPE) choisirait les 50 % restants. Un procédé qui permet notamment d’éviter que les listes électorales ne fassent office de cimetière pour les éléphants de la vie politique nationale, mis au placard à Bruxelles. Par ailleurs, cela laisserait plus de chances aux parlementaires spécialistes des compétences européennes.

Quant aux listes transnationales, la nouveauté consisterait à obliger les partis nationaux à inclure au moins un candidat issu d’un autre Etat-membre. Et ce, pour mettre fin aux réflexes nationalistes dans le débat européen, comme c’est encore trop souvent le cas. « Cette proposition a créé un certain malaise au Conseil européen », confie Andrew Duff. Sans surprise, l’institution étant la plus touchée par la logique « mon pays d’abord ».

Un parlement plus fidèle à la réalité sociale

Il apparaît enfin nécessaire de mieux représenter les plus défavorisés et les minorités de chaque pays. Qu’on ne s’y trompe pas, il s’agit là d’un point hautement sensible. D’un côté, il faudrait obliger certains grands pays comme l’Espagne, la Pologne ou la Roumanie à renoncer au principe de la circonscription nationale unique, qui profite essentiellement aux grands partis. On réserverait par ailleurs certains sièges aux minorités ethniques ou linguistiques. Mais « ces deux mesures sont très impopulaires et ont choqué notamment le parti populaire européen », confirme le député vert basque Mikel Irujo.

« Ce qui manque dans tout ça, c’est une entente politique », résume pour finir Andrew Duff qui se dit lui-même favorable à ce qu’un candidat puisse se présenter aux mêmes élections dans plusieurs villes de pays différents. Son credo : faire preuve d’une plus grande flexibilité. Et la représentativité des femmes dans tout ça ? L’objectif est d’atteindre en 2014 la pleine parité au Parlement européen. Mais pour l’instant, seuls 31 % des sièges sont occupés par ces dames.