Politique

Une droite de la droite désunie en Europe

Article publié le 26 février 2009
Article publié le 26 février 2009
Fiamma Tricolore, Forza Nuova et La Destra sont les trois partis italiens « à droite de la droite ». Quelle stratégie le nationalisme européen va-t-il adopter en vue des élections de juin 2009 ?

En Europe, les partis d’extrême droite partagent quelques principes de base : tous cherchent à réhabiliter certains aspects du fascisme et soutiennent des idées révisionnistes. Ils s’opposent au capitalisme mondial et ne jurent que par des valeurs d’identité, de tradition et de patrie. Ils rejettent le traité de Lisbonne et soutiennent l’idée d’une « Europe des Nations », militairement indépendante des Etats-Unis et aussi éloignée du libéralisme que du communisme.

« Questions européennes et pas seulement »

Malgré cela, rassembler les droites d’Europe en vue des prochaines élections européennes pourrait se révéler ardu. En attendant que l’appel de Forza Nuova pour une liste unique porte ses fruits, le chef du parti extrémiste italien et eurodéputé, Roberto Fiore, a lancé avec le soutien de Bruno Gollnisch du Front national, sa propre campagne électorale axée sur le « non » au traité de Lisbonne et « l’urgence immigration ». Le parti italien entretient également d’étroites relations avec les autres formations d’extrême droite en Europe au sein du Front national européen, un mouvement qui rassemble la Falange espagnole, la Noua Dreaptă roumaine et le Parti national-démocrate d’Allemagne (NPD).

(Madame Travels/flickr)

« Les us et coutumes juridiques de chaque pays ne doivent pas être supplantés par le droit communautaire »

Luca Lorenzi, responsable de Gioventù Italiana, la branche jeune de La Destra (issu de l’Alliance nationale italienne), souhaite orienter sa campagne électorale vers le peuple. Ses thèmes de prédilection : le droit au logement pour tous les Italiens, le contrôle de l’immigration, le développement du Sud de l’Italie et le « non » à l’entrée de la Turquie dans l’UE. Lorenzi admet qu’une campagne centrée uniquement sur des thèmes européens ne serait « pas très porteuse », bien qu’il promette aux jeunes de son parti d’européaniser le débat autant que possible. Luca Romagnoli, eurodéputé et secrétaire de la Flamme tricolore (autre parti issu de l’Alliance nationale, qui a pris un tournant modéré en 1995), compte insister davantage sur une « Europe des patries », plus traditionnelle et indépendante des Etats-Unis. Il souhaite attribuer plus de pouvoir au Parlement européen, même si « les us et coutumes juridiques de chaque pays ne doivent pas être supplantés par le droit communautaire ». Il indique, à titre d’exemple, l’initiative italienne de novembre dernier sur la xénophobie, jugée « trop restrictive ».

Nationalismes

À première vue, l’Union pour l’Europe des nations (UEN) est le groupe parlementaire qui conviendrait le mieux à la formation italienne La Destra. L’eurodéputé italien, Nello Musumeci, y siège déjà. Auparavant, Romagnoli et Fiore faisaient tous deux partie du groupe Identité, Tradition et Souveraineté, un groupe qui aura vécu à peine onze mois. « Ce fut la fin sans gloire d’un groupe qui n’était actif que sur le papier », admet Romagnoli. Les revendications nationalistes de chaque délégation finissaient inlassablement par entraver le fonctionnement du groupe. « Il est évident que je ne peux pas adhérer aux requêtes des nationalistes autrichiens qui réclament le retour de la région du Haut Adige en Autriche, analyse le député européen. C’est comme si je demandais Nice et la Savoie à la France : certains sujets sont tabous, conclut-il, désemparé. Nous ne sommes pas eurosceptiques. Nous ne pourrions pas rester dans un groupe comme Indépendance/Démocratie. Mieux vaut l’UEN. » Luca Romagnoli conclut sur une note d’espoir : « Il est vrai que nous avons eu de la chance lors des dernières élections. Espérons qu’il en ira de même cette année. »