Politique

Un nouvel espoir pour la réunification de Chypre ?

Article publié le 17 juillet 2008
Article publié le 17 juillet 2008
34 ans après les troubles qui ont abouti à sa division, le pays le plus excentré de l'Union européenne retrouve l'espoir. Une reprise des pourparlers pourrait enfin permettre de trouver une solution viable.

Le plus dur reste à faire : aboutir à une vision commune et viable sur une question qui divise les deux communautés.

Au soir de son élection, le 24 février 2008, Demetris Christofias, le Président néo-communiste de Chypre, confirmait un de ses engagements de campagne : « Je me suis présenté à la magistrature suprême animé d’une vision de toute une vie : aboutir à une juste solution de la question de Chypre. » S'il a effectivement tenu sa promesse et rouvert des discussions avec le leader de la partie turque, Mehmet Ali Talat, le plus dur reste à faire : aboutir à une vision commune et viable sur une question qui divise les deux communautés.

Une euphorique reprise du dialogue

La résolution de la question de Chypre avait connu un coup d'arrêt lorsque, en 2004, plus de trois quarts des Chypriotes grecs rejetaient le Plan Annan. Cette reprise du dialogue, quatre ans plus tard, s'est faite dans l'euphorie. Le 21 mars, Demetris Christofias décide avec Mehmet Ali Talat d'ouvrir un nouveau point de passage, sur la rue Ledra, rue commerçante piétonne du vieux Nicosie.

Au-delà du symbole, les deux hommes donnent le départ à de nouvelles négociations et mettent en place six groupes de travail et sept comités techniques bi-communautaires. Leur mandat est de préparer les futures discussions entre les deux leaders. Leurs épouses se rencontrent autour d'un « café chypriote », compromis linguistique entre le café turc et le café grec, et lisent dans le marc de leur tasse que l'avenir de Chypre sera positif.

De la difficulté à parler la même langue

Mais très rapidement, l'espoir cède la place au doute et les dissensions sont très vite apparues. Les deux leaders peinent en fait à s'accorder sur la base et les enjeux de leurs discussions. C'est d'abord un mémorandum signé le 5 juin entre le Premier ministre du Royaume-Uni, l'ancienne puissance coloniale, et Demetris Christofias, qui provoque la colère de Mehmet Ali Talat. Dans ce texte, le Royaume-Uni soutient une solution à la question de Chypre sur la base d'une fédération bicommunautaire et bizonale, assurant l'égalité politique et reflétant une souveraineté, une citoyenneté et un statut international uniques.

Le Royaume-Uni s'engage également à ne pas reconnaître toute nouvelle entité qui naîtrait dans l'île. L'intention est claire : refuser catégoriquement le « virgin birth ». Cette solution parfois évoquée par Mehmet Ali Talat permettrait, selon la partie turque, de créer un nouvel Etat sur de nouvelles bases politiques et constitutionnelles.

Négociations directes en automne

Les autorités chypriotes turques estiment que si difficultés il y a, elles peuvent très bien être résolues au moment des négociations directes.

Les deux leaders polémiquent également sur le mandat des groupes de travail et les comités techniques. Pour Demetris Christofias, de réels progrès doivent y être enregistrés pour que les négociations directes aient une chance de réussite, ce qui ne serait pas le cas. Les autorités chypriotes turcs estiment que si difficultés il y a, elles peuvent très bien être résolues au moment des négociations directes.

Alors que les discussions menacent de s'interrompre pendant l'été, une rencontre est finalement organisée le 1er juillet et les deux leaders parviennent à un accord de principe sur les questions de souveraineté et de citoyenneté uniques. Leur prochaine rencontre est prévue le 25 juillet, date à laquelle ils examineront les progrès réalisés au sein des groupes de travail et des comités techniques. Les négociations directes devraient alors débuter à l'automne.

« Le monde observe de très près Chypre »

Des négociations organisées sous l'égide des Nations Unies, qui devraient nommer prochainement un représentant spécial pour Chypre, un engagement de l'ambassade de Slovaquie, le soutien des gouvernements européens... Mais également des rapports scientifiques publiés par le PRIO (International Peace Research Institute, Oslo) et qui encouragent la recherche d'une solution viable : « Le monde observe de très près Chypre », a déclaré Lynn Pascoe, sous-secrétaire général du département des affaires politiques des Nations Unis.

Le temps est compté, préviennent les spécialistes

« Siga, siga » (doucement, doucement) répondent en général les Chypriotes aux gens pressés. Mais sur cette question, le temps est compté préviennent les spécialistes. Dans dix mois, la partie Nord entrera en campagne électorale, et il n'est pas certain que Mehmet Ali Talat, critiqué dans son propre camp, soit réélu. Ce qui pourrait de nouveau éloigner la perspective d'une réunification de l'île d'Aphrodite.