Politique

UE : vers un autre Kyoto

Article publié le 11 mars 2008
Article publié le 11 mars 2008
La Commission a lancé son plan climat en janvier dernier. Plongée au cœur de la lutte contre le réchauffement climatique à l’européenne, avec Vittorio Prodi, eurodéputé.

23 Janvier 2008 : l'Union européenne présente son plan climat. Il vise à réduire d’au moins 20 % les émissions de gaz à effet de serre et à augmenter, également de 20 %, la consommation énergétique provenant des énergies renouvelables. Des objectifs qui s’échelonnent jusqu’en 2020, et auxquels s’ajoute une augmentation de 10 % de l'utilisation des biocarburants dans le secteur des transports.

Ce plan climat prévoit également « des bourses d'échange de droits à polluer », qui remplaceront à partir de 2013, le système d'échange de quotas de Co2 actuellement en vigueur en application du protocole de Kyoto. Enfin, encourager la recherche vers de nouvelles solutions de captures et de stockage du gaz carbonique, son enfouissement dans des dépôts géologiques ou dans des fonds océaniques, est aussi l’une des priorités évoquées fin janvier.

Le Président de la Commission, José Manuel Barroso, n'a pas caché ses craintes pour l’avenir de ce texte : le plan devra en effet être approuvé, non seulement par le Parlement de Strasbourg, mais aussi par chacun des Etats membres. Une seule mesure a jusqu’à présent pu rentrer en vigueur : celle concernant les investissements que les Etats devront effectuer pour stimuler les politiques environnementales et la recherche d'énergies renouvelables. Toutes les autres mesures nécessitent une procédure soit législative, soit coordonnée entre le Parlement et le Conseil de l'UE. Un processus qui prend d'habitude plusieurs années.

de cellulose à Pontevedra, en Galice (Photo, surfercosmovisión/Flickr)

Vittorio Prodi est vice-président de la Commission parlementaire européenne sur le changement climatique. Rencontre avec ce professeur de 70 ans.

Pouvez-vous nous résumer le plan climat récemment adopté par la Commission ?

Il suffit de retenir trois chiffres : « 20, 20 et 20 ». Faire en sorte que 20 % de la consommation énergétique proviennent des énergies renouvelables d'ici à 2020 (contre 8,5 % aujourd'hui). Améliorer de 20 % l'efficience énergétique, ce qui signifie diminuer les importations, et enfin réduire, toujours de 20 % des émissions de gaz carbonique. Le tout d'ici à 2020. Ces objectifs ont été fixés lors du Conseil européen de mars dernier, mais la Commission a spécifié les modalités dans lesquelles atteindre de tels résultats. La nouveauté, c’est que l'UE prend la responsabilité de ces nouveaux objectifs et maintient, en même temps, ceux déjà établis par le protocole de Kyoto. Bien sûr, l'application du plan climat prendra en compte la croissance de chaque pays membre et s'adaptera aux cas particuliers.

Un mois avant la conférence de Bali, vous avez proposé au Parlement européen un amendement pour modifier le principe selon lequel les pays riches peuvent acheter des quotas d'émission de gaz carbonique et donc continuer à polluer. Quelle est cette proposition ?

Le réchauffement climatique est un problème à la fois urgent et très préoccupant, pour lequel il faut trouver, en peu de temps, un consensus international. C'est pour cela que dès à présent, des propositions équitables doivent être avancées pour se substituer au texte du protocole de Kyoto. Un premier consensus a été trouvé par les pays en voie de développement. Ces pays doivent maintenant avoir leur mot à dire lors des discussions globales.

Vous avez fais une autre proposition d’amendement intitulé « un individu, un droit d'émission ». Que cela signifie-t-il ?

Chaque pays a droit au même taux d'émission : il est grand temps que l'UE prenne acte de cela. Il s’agit de donner une réelle possibilité aux peuples du Sud : nous devons leur payer ce qui correspond aux quotas de CO2 qu'ils ont le droit d'émettre mais qu'ils ne produisent pas. Dans l'actuel protocole de Kyoto, une tonne de gaz carbonique coûte environ 20 euros. Selon moi, cet argent doit leur être accordé. Cela représenterait plus d’argent que les aides de la coopération internationale aujourd’hui investis dans ses pays.

Images d'une usine de cellulose à Pontevedra, en Galice

La politique de la carotte et du bâton

L’écologie est un bon filon électoral et nos politiciens l’ont bien compris. Ils ont l’œil sur les opportunités économiques liées à la lutte contre le changement climatique. S’il s’agit d’abord de protéger l’environnement, les réformes politiques nécessaires à la sauvegarde de la nature génèrent un nouveau modèle économique, dans lequel l’Europe pourrait bien jouer un rôle leader au niveau mondial. Ces questions seront au centre des débats du Conseil européen qui se tiendra à Bruxelles, les 13 et 14 mars prochains.

Le bâton de Sarkozy

Le Président français propose la création d’une écotaxe européenne. Cet impôt s’appliquerait aux produits issus des pays qui ne se conforment pas au protocole de Kyoto.

Le bâton de Zapatero

Le gouvernement du Premier ministre espagnol a entrepris l’expropriation de plusieurs kilomètres de rivages dans le but de restaurer des poumons écologiques dégradés par quarante années d’urbanisation sauvage.

Le bâton de Stavros Dimas

Le Commissaire européen chargé de l’environnement plaide pour une augmentation des impôts sur l’eau, afin d’en réduire la consommation superflue et pour que les usagers en paient le coût réel. Il n’a toutefois pas précisé si les entreprises seront concernées par cette mesure, alors qu’elles consomment beaucoup plus que les particuliers.

La carotte de Gordon Brown

Le Premier Ministre britannique, soutenu par Nicolas Sarkozy, propose de réduire la TVA sur les produits « verts », moins gourmands en énergie et moins polluants.

La carotte de Merkel

Vue l’ancienneté du parc de logements en Europe, l’une des mesures avancées par la Chancelière allemande consiste à mettre 1 400 millions d’euros par an pour financer des rénovations de biens immobiliers, notamment pour renforcer l’isolation, afin de limiter les dépenses d’énergie et de chauffage pendant l’hiver. Cette idée est aisément. Zapatero s’est d’ailleurs déjà engagé à consacrer 1 000 millions d’euros pour financer la rénovation d’habitations anciennes.

Le bâton de Durão Barroso

Le Président de la Commission européenne propose de sanctionner, dès 2012, les entreprises qui ne se respectent pas les exigences communautaires de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Auteur: Fernando Navarro Sordo. Traduction: Julien Hue

Photo carotte (Yorgenmeister/Flickr); Photo bâton(mm/Flickr)

Foto micro: danieljulia/Flickr

Photo de Une : danieljulia/Flickr