Politique

Trafic d'armes, corruption et menaces de mort : être reporter en Slovénie

Article publié le 11 janvier 2012
Article publié le 11 janvier 2012
En Slovénie, une trilogie publiée entre l'été 2011 et le printemps 2012 a révélé les secrets du commerce des armes pendant la guerre des Balkans et le rôle qu’y ont joué des politiciens du pays. Il y égratigne les gens au pouvoir, ayant de l'argent et dont les intérêts sont dénoncés dans le livre. Le co-auteur, Blaz Zgaga, 38 ans, se cache peut être, mais ne restera pas en retrait.

Les deux journalistes derrière Au nom de l'État, une trilogie sur les marchands d'armes, en Slovénie, dont le dernier livre Cover-up (Se couvrir) sort ce printemps, n’ont pas la vie facile. Y a t-il un public désireux de connaître plus en détails le rôle de leur pays pendant la guerre de Yougoslavie entre 1991-1995 ? « La contrebande d'armes », déclare le co-auteur Blaz Zgaga, « est la mère de tous les scandales. Nous avons rassemblé les faits difficiles pour montrer les violations pendant l'embargo de l'ONU. La guerre de Yougoslavie n’est pas le fait d’un petit groupe, mais elle a été coordonnée par les pays européens. » Il s'occupe de sa fille pendant l’interview via Skype. Alors qu’elle s’agite dans le fond, il se lance dans une analyse enthousiaste, passionnée et terre-à-terre d'une histoire qui l'a rongé pendant ces quatre dernières années.

Connaissez-vous l’histoire de l’officier croate ?

Matej Surc, ci-dessus, a fait des études d'économie et de journalisme.Zgaga convient que la réputation de la Slovénie est légèrement plus propre que la réalité. « La création de la Slovénie a été un succès, un modèle de petit pays en transition dont les États-Unis et l'UE ont besoin. C'est aussi un petit pays ennuyeux où il est difficile d'attirer l'attention des médias internationaux quand les choses tournent mal. Nous avons choisi le bon moment pour créer une pétition contre la censure et les pressions politiques sur les journalistes en 2007, juste avant la présidence slovène du Conseil européen. » Blaz s’est récemment engagé dans ce qui semblait une « impossible » croisade avec l'un des 571 signataires de la pétition, Matej Surc, un correspondant de l'ex-radio de Belgrade et de Washington, qui a présenté des reportages « en direct du champ de bataille de Bosnie. »

En 2009, ils ont connu un énorme succès après qu’une demande d'accès à l'information leur ait permis de créer quatre bases de données de 6 000 documents déclassifiés provenant du ministère de l'Intérieur et de la Défense, leur permettant de fournir des réponses à des questions telles que « Comment un agent croate parvient à traverser la frontière avec 3 millions de deutschemarks et à acheter des armes militaires. »Grâce, d’une part « à l’envoi d'e-mails cryptés et, d’autre part, à beaucoup de balades en voiture. » Zgaga et Surc ont travaillé en secret dans la capitale. Le premier tome Vendre(Sell en anglais), publié en juin 2011, se concentre sur l'exportation de fournitures d'armes de l'ancienne armée yougoslave confisquées pendant la guerre en Slovénie entre le 27 juin et le 7 juillet 1991, le premier conflit à affecter leur situation depuis la Seconde guerre mondiale. Le deuxième tome, Revendre (Resell en anglais), sorti quelques mois plus tard, présentait un angle plus international, singularisant les pays exportateur d'armements tels que la Bulgarie, la Roumanie et la Russie. Le contenu se lit comme un roman d'espionnage alimenté d'action : Vienne servait de QG alors que des transactions étaient exécutées dans tout Budapest à des sociétés enregistrées au Panama, avec des millions de dollars versés aux Polonais et Ukrainiens (via la mafia d’Odessa) exportateurs d'armes.

Les salauds rouges

Blaz admet que, par moment, il a perdu sa motivation . « C'est un projet énorme qui a demandé de nombreuses nuits blanches, mais mes collègues m'ont poussé de l'avant », reprend-il. Pour quelqu'un qui est forcé de surveiller ses arrières après avoir reçu des menaces de mort anonymes en ligne, le 19 novembre, il semble étonnamment jovial. « Il y avait un appel public à notre liquidation, visant à nous pousser dans nos derniers retranchements », poursuit-il, avant de s’en prendre à propre son secteur . « Ça a été publié dans un média de propagande d'un parti. Même le rédacteur-en-chef a plaisanté en disant que nous nous reconnaissions comme 'salauds rouges'. Il a publié nos photos. Ce ne sont pas des journalistes respectant l'intérêt public ; regardez qui détient les papiers. » Dans le milieu des années 2000, ses collègues journalistes ont été remplacés ou censurés car ils appartenaient à l'opposition politique. « 80% des éditeurs ont été remplacés. J'ai rencontré des problèmes de publication pour mes articles. J'ai une réputation problématique en tant que journaliste, car je pose toujours des questions », indique-t-il après que son domicile ait été fouillé en 2000 suite aux révélations du scandale de Sava concernant une opération de renseignement américain dans les Balkans. Le nom Zgaga signifie brûlures d'estomac - « donc agitateur », ajoute Blaz.

"C'est un manager pas un politicien", souligne-t-il. "Son intention était simplement de bouter Janez Jansa hors du pouvoir".La courte carrière tourmentée de Zgaga a commencé quand il était en premier cycle de sociologie, à 20 ans. Il décide de rejoindre le journal libéral de gauche Delo, avant de creuser son chemin. « Ce n'était pas mon choix de faire du journalisme d'investigation : chaque fois que j’ai fouillé, j’ai touché les mêmes noms. Personne n'est prêt à avouer les faits. Les activités de ces élites corrompues qui proviennent de ces ventes d'armes sont encore cachées. C'est l'un des plus grands obstacles de la région. Le silence est l'exemple et le mépris prime. » Sa mission réside dans une démarche de responsabilisation qui ferait avancer la société. «Au Kings College à Londres, des études de guerre sont proposées dans le cadre du département des sciences humaines, celui des arts ! Allez dans n'importe quelle librairie de Londres, ou d'ailleurs et vous trouverez les livres sur les guerres et les révolutions sous la section histoire. », compare-t-il.

En Slovénie, ce sont les éditions SanjeRêves») qui ont eu « le courage de publier un tel livre ». La trilogie peut-elle avoir un impact sur un pays en plein changement, ou sur sa jeunesse? « Le bon sens est encore présent chez les Slovènes », dit Zgaga, se référant aux élections du 4 décembre qui ont vu, Janez Jansa, un architecte de l'histoire de la contrebande d'armes, bouté hors du pouvoir dans une défaite inattendue pour la droite. « Habituellement, les jeunes ne sont pas intéressés par la politique », a t-il ajouté, « ils sont trop occupés à essayer de survivre. Bien que je sois plus qu’heureux quand les lecteurs m’appellent ou quand je les rencontre et qu'ils disent comprendre. » C'est important car aujourd'hui, la Slovénie de Zgaga « redevient ennuyeuse ».

Photos : courtoisie de © Blaz Zgaga et des éditions Sanje