Politique

The_Schulz : le candidat qui a cassé l'Internet

Article publié le 11 février 2017
Article publié le 11 février 2017

Martin Schulz vient de faire une entrée fracassante sur Internet en Allemagne. Quelques réflexions sur la nouvelle hype que connaît le candidat du SPD à la chancellerie. 

Il y a parfois de drôles de trucs qui fleurissent sur Internet. Ce chat au regard furieux peut devenir si célèbre qu'il possède dans la foulée son propre film. Ce prince charmant et sa pote la licorne m'apprennent à bien m'asseoir sur le pot pour faire caca correctement - caca arc-en-ciel, bien sûr. Et là, bim ! Ce bonhomme originaire de Würselen, qui ressemble physiquement plus à votre conseiller de la Caisse d'Épargne qu'à une star d'Hollywood, surgit dans mon fil d'actualité, porté aux nues comme s'il s'agissait de Barack Obama  version 2008.

Jusqu'à il y a peu, je ne connaissais pas vraiment Martin Schulz. Bon oui, c'était le président du Parlement européen, donc personne en fait. Même si j'aime l'idée européenne, beaucoup même, je ne vis pas dans « la bulle ». Au cours de ces presque six années à la tête du Parlement européen, le social-démocrate n'a attiré mon attention qu'une seule fois : quand, début 2016, il a viré un député du parti d'extrême-droite grec Aube dorée de l'hémicycle. « Cool, le mec ! », ai-je pensé à l'époque. Avant de cliquer sur la vidéo suivante, sûrement un truc avec des chats.

Schulz plus fort que Chuck Norris ?

Puis il est devenu le candidat SPD à la chancellerie et - wow - hell broke lose. J'ai d'abord cru que tous les mèmes, qui apparaissaient soudain dans mes fils d'actualité, étaient ironiques. #mega, #gottkanzler (« le chancelier dieu »), un #schulzzug ohne Bremsen (« un train Schulz sans freins ») : Martin Schulz est devenu le Chuck Norris de la politique allemande. Smiley clin d'oeil. Sur Twitter, on trouve tout à coup des salves de louanges telles que « Si Martin Schulz saute dans l'eau, il ne sera pas mouillé. L'eau deviendra social-démocrate #SchulzFacts ».

Pourtant, j'ai remarqué que, derrière cette apparente ironie, se cache quelque chose de vraiment bouleversant : un véritable espoir ! La voilà, cette croyance naïve, selon laquelle Schulz pourrait redresser la barre tout seul et nous sortir de l'époque obscure que nous vivons dans ce monde « trumpisé ». Ok, mais alors d'une seule main et en chevauchant une licorne.

Même les journalistes et les magazines que j'aime lire d'habitude se sont ouvertement déclarés comme membres du fanclub de Schulz. Au moins sur leurs réseaux sociaux. On est bien loin de la distance journalistique. Nan, ce Martin, c'est NOTRE candidat, NOTRE combattant pour la démocratie, NOTRE héros. Enfin, nous n'avons plus à miser sur la Merkel. Enfin, nous avons de nouveau une alternative dans un camp politique qui nous est plus agréable. Et évidemment : il va rendre l'Europe « great again ». Et l'Allemagne aussi par la même occasion. #mega. WTF?

Mot adressé par The_Schulz à la communauté Reddit (en allemand, par contre)

Entre Bernie Sanders et Kim-Jong Un

Désolé, mais quand des personnes surgissent ainsi de nulle part, reçoivent les louanges et apparaissent comme les sauveurs du monde alors qu'ils n'ont encore rien proposé de concret hormis quelques poncifs du style « je vais tout faire mieux et plus honnêtement », je tire la sonnette d'alarme. Peu importe le camp d'où ils viennent, le culte de la personne est flippant, tout de même. Peu importe si la hype tourne autour d'Obama (même si le type est vraiment charming), de Bernie Sanders, de Donald Trump, de Kim-Jong Un ou de Vladimir Poutine, ou des godfathers of memes.

On y est pourtant : Martin Schulz n'a même pas eu besoin de mettre en scène la hype autour de lui. Il en a même sûrement été le premier surpris. Sa relative non-notoriété dans certaines contrées allemandes joue même en sa faveur. Plus la page est blanche, plus on peut s'y projeter. Ce qui est injuste : comment l'homme Martin Schulz va-t-il pouvoir satisfaire toutes ces attentes ? Comment ne pouvons-nous pas au final être déçus par lui - confère Obama ?

Le monde est-il vraiment devenu si compliqué, si angoissant qu'il faille ressentir le besoin d'un grand éclaireur du monde ? Cette figure paternelle qui nous passe la main dans les cheveux avec bienveillance et qui nous chuchote à l'oreille « I got this! » ? Qu'est-ce que ça dit de nous ? Ne sommes-nous pas finalement plus proches de ceux que nous méprisons - parce qu'ils se laissent séduire par des charmeurs tels que Trump, Erdogan ou Poutine -que nous ne voulons l'admettre ?