Politique

Sur la route des vacances

Article publié le 12 juillet 2007
Article publié le 12 juillet 2007
Lors du grand rush estival du départ en vacances, plus de la moitié des Européens s'évaderaient en prenant la voiture, selon Eurostat. Au détriment du développement durable prôné par Bruxelles.

« Espagne, 1er août. Route Nationale 340». Pour certains, c’est simplement une date et le nom d’une route. Mais pour des millions de touristes qui la connaissent, c’est presque le titre d’un film d’horreur. Allemands et Britanniques qui, une fois la saison estivale lancée, se ruent sur les plages du sud de l’Espagne ; immigrants maghrébins qui, pour quelques jours, retournent dans leur pays pendant l’été ; ou simples autochtones qui se déplacent pour profiter de vacances bien méritées dans leur propre pays. Tous ont subi la terrible torture de la N-340 : d’interminables heures de bouchons, enfermés dans leurs véhicules, par 40 degrés, au milieu des travaux de rénovation qui ont commencé il y a plus de 10 ans et ne sont toujours pas terminés.

Depuis Cadix, au sud de la péninsule ibérique, jusque Barcelone, en bordure de l'Hexagone, la N-340 passe par les villes de Tarifa et d’Algeciras, où l’Europe et l’Afrique se donnent la main. Seulement 14 kilomètres séparent cette route du continent africain et c’est là que se forment les pires embouteillages. Sur de nombreux kilomètres ne se déroule qu'une voie dans chaque sens de circulation. C’est pourquoi une étude présentée par le RACE (Real Automóvil Club de España) à la fin de l’année 2006, estime que la route N-340 est la route plus dangereuse d’Espagne.

Le petit cochon européen

Bien que ce soit un problème qui touche de nombreux Européens, l’UE n’a pas grand-chose à dire, puisque les infrastructures routières ressortent toujours de la compétence de chaque pays. Bien qu’il existe au Parlement de Strasbourg une commission des transports et du tourisme, la réglementation discuteée en son sein n’a que peu d’effet. Les institutions européennes n’ont pu qu’adopter des décrets sans caractère contraignant pour les Etats membres, comme le Programme d’action européen pour la sécurité routière ou la Charte européenne de la sécurité routière. Il y a peu, on a retiré de la procédure législative ce qui aurait été la première proposition sérieuse de l’UE en rapport avec la gestion de la sécurité dans les infrastructures routières. Le texte prévoyait des évaluations périodiques de l’impact, des audits et des inspections en relation avec la Sécurité Routière des principales routes européennes. Mais un groupe d’eurodéputés, formé surtout par des membres du Parti Populaire (PPE), a rejeté le texte en raison d’une augmentation excessive de la bureaucratie.

Curieux paradoxe des rouages européens, l’amélioration qu’ont connue les routes de certains pays est due aux millions d’euros qui ont été accordés par Bruxelles. La dangerosité même de la N-340 espagnole a diminué durant les dernières années grâce aux investissements économiques que l’Espagne a reçus du fond FEDER de la Commission, destiné au développement des infrastructures.

Rien que pour l'année 2005, l’Espagne a reçu 7 878 millions des fonds européens -dont 3 378 millions provenaient du FEDER-, soit 24% de la somme totale distribuée au reste des Etats membres. Ces investissements ont permis de transformer une grande partie de la N-340 en autoroute à double voie dans les deux sens de circulation.

Faîtes attention à Monsieur Bison

Parmi les 10 premières destinations touristiques du monde se trouvent 6 pays européens : la France, l’Espagne, l’Italie, le Royaume-Uni, l’Autriche et l’Allemagne. L’autoroute A6, qui relie Paris à Marseille, est la plus fréquentée de France. Si vous voulez éviter les accidents ou les bouchons, le mieux est de demander à Bison Futé. C'est le ministère français de l’Ecologie, du Développement et de l’Aménagement durables qui gère la page Web qui informe les automobilistes des jours de trafic intense et des routes les plus difficiles. Selon les prévisions de Monsieur Bison pour l’été 2007, les Français choisiraient les samedis 28 juillet et 4 août comme jours préférés pour voyager. Les Espagnols, au contraire, sont plus pressés et le vendredi même où commencent les vacances, ils appuieront déjà sur l’accélérateur.

Concernant l’Italie, le lieu le plus critique en été est Bologne où se rejoignent les autoroutes qui arrivent du nord (Milan, Venise, Turin…) et qui croisent la fameuse 'Autoroute du Soleil' qui conduit les touristes jusque Rimini, destination de vacances de prédilection de nombreux touristes. Prenez aussi garde si vous voyagez vers le sud, vous pouvez rencontrer un autre cauchemar sur l’autoroute qui passe par Salerne, unique autoroute italienne gratuite. Son état est si lamentable que le gouvernement a probablement honte de faire payer les usagers.

Développement durable, où es-tu ?

Manque t-on de routes ou y-a-t'il trop de voitures ? La lutte contre le changement climatique que prône l’UE semble se heurter aux politiques de ses Etats membres, visant à favoriser un tourisme sans limites. Les statistiques démontrent que le transport terrestre produit 80% des gaz polluants qui se retrouvent dans l’atmosphère de l’UE. Cependant, on construit de plus en plus de routes et d’autoroutes, dans les villes et dans les campagnes, à la plage et jusque la mer, comme aux Pays-Bas.