Politique

Stratégie de Lisbonne : la position de l’Europe dans le monde

Article publié le 23 juillet 2008
Article publié le 23 juillet 2008
Dans un contexte de mondialisation, de changements climatiques et démographiques, de restrictions énergétiques et de crise alimentaire, l’Europe longtemps privilégiée doit aujourd’hui repenser sa stratégie.

Quelque chose est en train de changer. Si, en matière de politique énergétique et de réglementation environnementale, les objectifs de la Commission européenne pour 2020 sont vraiment atteints, nous devrions donc assister à la mise en place d’une réelle politique industrielle commune. C’est du moins, ces dernières semaines, la conclusion qui découle d’un certain nombre de différentes études et analyses économiques européennes. Fait nouveau, puisque nous étions bercés depuis plus de deux décennies par le credo libéral allergique à toute politique d’intervention industrielle de la part des instances de la Communauté !

C’est les yeux tournés vers le secteur industriel européen, que le Président français Nicolas Sarkozy, sur les conseils de Laurent Cohen-Tanugi, a commandé une étude, dans le cadre de sa présidence semestrielle, afin de définir une stratégie d’ensemble de l’Union face à la mondialisation. Autrement dit, accélérer la Stratégie de Lisbonne, durant la période 2011/ 2015, en vue de faire de l’économie de l’Europe, l’une des plus compétitives du monde.

Encore loin….

Le secteur de l'énergie solaire connaît un vrai boom au Danemark, en Allemagne et en Espagne | Sagabardon / FlickrLe produit industriel de l’Union européenne (UE) par tête ne représente que 70% de celui des USA. Selon l’OCDE, depuis 20 ans, chaque habitant des Etats-Unis travaille en moyenne 865 heures par an. Pour l’Union européenne, cet indice n’est que de 726 heures. Aux Etats-Unis et au Japon, respectivement 40% et 38% de la population active disposent d’un diplôme universitaire. Les pourcentages européens sont loin derrière, pointant à 30% en Suède pour tomber à 25% en France. Si, aux USA, on publie plus de 750 articles scientifiques par million d’habitants, la proportion n’atteint pas 600 pour l’Union européenne. Et cela, malgré les pratiques libérales en vigueur sur notre continent depuis plus de quinze ans.

Avec de telles données, la Stratégie de Lisbonne adoptée en 2000 et rénovée en 2005, court le risque de connaître un échec en 2010, affirme l’avocat Laurent Cohen-Tanugi. Une perspective qui peut être corrigée si on en trace les nouvelles perspectives en vue de l’horizon 2015.

Euro-monde 2015

Laurent Cohen-Tanugi | Crédits : OCDELe message de la Présidence semestrielle française invite donc l’Union à « modeler » la mondialisation. Un message que les politiciens de chaque Etat-membre relaient en direction de son opinion publique respective. L’Europe doit maîtriser la mondialisation et ses effets pernicieux, tels que la hausse des coûts énergétiques et le prix des denrées alimentaires, comme on en a débattu récemment au sein du gouvernement espagnol.

Cohen-Tanugi critique la position d’un certain nombre de gouvernements, avançant que l’Union doit préserver avant tout ses habitants de la mondialisation au lieu de les aider à l’intégrer. Depuis les années 1990, avant même que la Stratégie de Lisbonne ne voie le jour, des Etats comme les pays nordiques, plus petits et plus homogènes, s’en inspiraient déjà.

Pour qu’il n’y ait pas de confusion entre le Traité et la Stratégie, Cohen-Tanugi propose une nouvelle appellation : EUROMUNDO 2015. Mais ce genre d’exercice de marketing est-il vraiment suffisant ?

10% d’investissements annuels en plus

Innovation, éducation et refonte du secteur industriel constituent dans cette optique les trois objectifs majeurs à atteindre. Pour encourager un investissement publique à destination de la recherche et du développement de 20% inférieur à celui des Etats-Unis, Cohen-Tanugi pense qu’il faut obliger les Etats-membres à augmenter leur contribution de 10% par an, afin d’atteindre les objectifs prévus par la Stratégie de Lisbonne. Or, cette augmentation entraînera le secteur industriel dans la même direction, surtout si l’investissement public devient l’un des principaux moteurs de l’Union pour ces trois priorités.

Il existe des cas flagrants de carences à corriger. Par exemple, l’obligation de traduire et d’inscrire une demande de brevets dans chaque pays membre pour qu’ils soient reconnus au niveau communautaire multiplie par 11 le coût de chaque formalité comparativement aux USA et par 14 par rapport au Japon.

Plus d’universitaires

Etudiante avec son professeur | Crédits : Wonderlane / FlickrLa même étude montre que l’Amérique du Nord consacre 3,3% de ses richesses à ses universités, alors que le financement de l’Union européenne en faveur des siennes ne représente que 1,3%. Dans le premier cas, ces chiffres profitent à 36 500 étudiants, tandis qu’ils n’en concernent que 8700 au sein de l’Union.

Le nouvel objectif communautaire à atteindre est donc de consacrer 3% de son PIB aux universités, afin que 50% des ressortissants de l’Union obtiennent un diplôme et que le nombre des universités européennes arrivant en tête du classement de Shanghai s’accroisse. L’une des mesures proposée serait d’augmenter le montant des droits d’entrée.

Pour donner une impulsion à la politique industrielle communautaire, Cohen-Tanugi propose aussi de bousculer les tabous que la France vis-à-vis de la politique agricole commune (PAC). Il propose de renationaliser et de rendre aux Etats des prérogatives sur leurs politiques industrielles et leurs choix énergétiques. Une proposition qui contraste étrangement avec la position des Etats-Unis.