Politique

Sécurité en Europe : où est la clé ?

Article publié le 24 mars 2016
Article publié le 24 mars 2016

Suite aux attentats de Bruxelles, les ministres de l’intérieur de l’UE débattent en ce moment lors d’un sommet spécial sur les actions à mener contre la menace terroriste. L’échange d’informations doit être amélioré sans plus tarder entre les pays de l’Union réclament certains commentateurs. D’autres redoutent que les données atterrissent entre de mauvaises mains.

France - Le Figaro : loin du compte 

Les obstacles bureaucratiques fragilisent l’Europe, critique le quotidien conservateur Le Figaro : « Tout porte à craindre que le "millefeuille" de l’UE, appuyé sur vingt-huit capitales aux intérêts contradictoires, ne soit pas mieux armé que le royaume des Belges avec quatre gouvernements et, pour la seule capitale, six corps de police distincts. À l’échelle d’un continent sans frontières, toute faille d’un pays retentit sur tous les autres. L’Europe, déstabilisée par la crise migratoire après sept ans de marasme économique, n’a sûrement pas besoin de cela. ... Les Britanniques tentés par la sortie, comme les Français et les Allemands séduits par l’extrême droite anti-européenne, ont fait passer le message : au contraire du credo officiel, l’UE n’est pas la solution, elle est le problème, clament-ils. Pour inverser la tendance après les tueries, il faudra sans doute plus qu’un conseil d’urgence des ministres de l’Intérieur. » (Article publié le 24/03/2016)

Espagne - La Vanguardia : serrer les rangs

Seule une coopération internationale des polices et des services secrets pourra permettre de lutter efficacement contre le terrorisme mondial, selon le quotidien conservateur La Vanguardia : « L’Europe ne pourra pas combattre efficacement le djihadisme si les différentes autorités antiterroristes communiquent peu entre elles. Sans parler de l’échange d’informations insuffisant entre les services au sein d’un même État (la ville de Bruxelles dispose par exemple de six polices de secteur différentes et d’une police nationale). L’organigramme sécuritaire a été établi dans un cadre national et non pour lutter contre le terrorisme global. C’est en raison de leurs compétences diverses, mais aussi du type de mentalité propre à chacune de ces unités, que celles-ci tendent à garder pour elles-mêmes leurs sources et leurs informations. Il ne faut pas oublier que les attentats du 11 septembre avaient révélé la concurrence et la défiance qui existaient entre la CIA et le FBI. » (Article du 24/03/2016)

Allemagne - Süddeutsche Zeitung : changer la donne(é)

Le ministre allemand de l’Intérieur, Thomas de Maizière, a de nouveau appelé à un meilleur échange des données en Europe, en affirmant mardi que la sécurité primait désormais sur la protection des données. Mais là n'est pas le problème, estime le quotidien de centre-gauche Süddeutsche Zeitung : « Les pays de l’UE disposant de services de sécurité efficaces ne sont pas prêts à mettre leurs données sensibles et précieuses dans le pot commun des 28, tant qu’ils craindront que ces informations seront malmenées. Vu l’état actuel de la bureaucratie sécuritaire dans les différents pays de l’UE, on ne peut exclure que les données les plus sensibles soient dérobées par le crime organisé. Tant que la donne ne changera pas, un centre antiterroriste commun aux 28 États de l’UE restera une illusion. (...) Si l'on veut agir rapidement et judicieusement, un noyau d'États volontaires et capables pourraient former un centre antiterroriste de petite taille et efficace, opérant un échange intensif des données. » (Article publié le 24/03/2016)

Belgique - De Standaard : avouer l'échec 

Selon le président turc Tayyip Erdoğan, l’un des auteurs des attentats a été expulsé de Turquie vers la Belgique en juillet 2015 en raison de ses liens avec les milieux islamistes. Le fait qu’il ait été ensuite libéré en Europe laisse le quotidien libéral De Standaard pantois : « Après les attentats de Paris, on avait déjà les frères El Bakraoui à l’œil. Pourquoi le fait que l’un d'eux, Ibrahim, ait été présenté aux tribunaux belges quelques mois plus tôt ne nous a pas alertés ? Est-il possible que personne n’ait fait le lien ou que quelqu'un ait négligé l’information ? Il ne faut pas ignorer ces questions. (...) Plus de 30 personnes sont mortes et plus de 200 ont été blessées. Le monde nous regarde avec incompréhension et une colère grandissante. Comment expliquer que notre système fonctionne quand tant de signes prouvent le contraire ? Que faire si l'on ne peut plus nier que la Belgique a échoué en tant qu'État ? Qui en assumera la responsabilité ? » (Article publié le 24/03/2016)

Finlande - Kauppalehti : la sécurité n'est pas l'unique option 

La lutte contre le terrorisme ne peut être efficace que si l’on opte pour des mesures et des stratégies de long terme, juge le journal économique Kauppalehti : « Il va de soi que le terrorisme ne pourra pas être combattu en Europe par la seule prise de mesures communes de sécurité. Il faut s'attaquer aux causes réelles de ce phénomène, et la guerre en Syrie en est l’une des plus flagrantes. Ensuite, il est nécessaire de s’occuper de l’intégration dans la société des personnes qui ont immigré en Europe, car les quartiers pauvres des grandes villes constituent un vivier du radicalisme. Les mesures de sécurité sont une première étape. Mais n’oublions pas que le problème du terrorisme doit être traité à la racine, afin qu’il n’ébranle pas le mode de vie, les valeurs et l’ouverture propres à l’Europe ». (Article publié le 24/03/2016)

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Cet article a été rédigé par euro|topics.