Politique

Salma Yaqoob : l'autre gauche aux élections britanniques

Article publié le 21 avril 2010
Article publié le 21 avril 2010
Un cocktail d'altermondialisme, de pacifisme et d'écologisme assez explosif s'est emparé du Royaume-Uni à l'approche des élections législatives britanniques. Elle s'appelle Salma Yaqoob, son parti « Respect », désireux de renouer avec les classes populaires, espère bien faire de l'ombre aux travaillistes le 6 mai 2010.

« Je suis une musulmane britannique mais je n’aime pas que l’on me force à me définir ainsi ». Salma Yaqoob, candidate aux élections législatives britanniques du 6 mai 2010 pour le parti « Respect »

On se souvient que la présence d’une candidate voilée sur la liste du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) dans le Vaucluse (Sud-est de la France) avait défrayé la chronique lors des élections régionales françaises de mars 2010. Au Royaume-Uni, la donne semble différente: la candidate de « Respect », âgé de 39 ans, arbore fièrement son voile. Salma Yaqoob le justifie volontiers au nom « du libre choix des femmes de porter ou non le voile. » Pour autant elle soutient « également le fait que les femmes choisissent de ne pas le porter qu’elles soient en Arabie Saoudite, en Iran, en Afghanistan ou au Royaume-Uni. » S’affichant ouvertement comme pro-palestinienne, la leader de la coalition « Stop the war » (« arrêtez la guerre ») à Birmingham a aussi appelé le 27 mars dernier à la fermeture de l’ambassade d’Israël à Londres, en écho à l’appel d’une autre personnalité de sa coalition : Georges Galloway.

Pacifisme, écologisme et altermondialisme

Salma Yaqoob a tenu de nombreuses chroniques dans le prestigieux journal britannique de gauche The Guardian. Elle y développe une critique assez virulente du gouvernement travailliste au pouvoir depuis 1997 : « Le parti travailliste ne peut s’en prendre qu’à lui-même. Et il a une large part de responsabilité dans la situation actuelle car il a créé les conditions qui ont permis la crise que nous connaissons ». Stigmatisant le consensus « néo-libéral » qui unit les conservateurs, les libéraux démocrates et les travaillistes. Elle ébauche, un début de programme qui tient en quelques mots : « Il faut élargir le champ d’intervention de l’état, investir massivement dans la construction de logements, et taxer les riches pour aider la majorité de la population touchée par la récession. » Ce cocktail d’altermondialisme, de pacifisme, de féminisme et d’écologie semble prospérer dans certaines circonscriptions où « Respect » mène un travail de terrain, notamment à Birmingham où la jeune femme a été élu en 2006 conseillère municipale.

Respect à la chambre des communes ?

 Visite dans le club de Boxe Frank's Boxing GymEn 2005, la leader de « Respect » avait frôlé l’élection dans la circonscription classée très à gauche de Sparkbrook à Birmingham. C’est en 2006 qu’elle obtient sa première victoire en devenant conseillère municipale du quartier de Sparkbrook. Aux prochaines élections législatives, la candidate sera principalement opposée au travailliste Roger Godsiff (dont le soutien à la guerre en Irak est largement stigmatisé sur les tracts de la candidate), dans une zone où le taux de chômage dépasse allègrement les 10%. Qu’elle l’emporte ou non, Salma Yaqoob sera l’une des seules candidates progressistes à pouvoir faire un peu d’ombre à la domination des travaillistes sur le reste de la gauche anglaise.

 Photos:  ©salmayaqoob