Politique

Sali Berisha : « Je mets un point d’honneur à organiser des élections libres en Albanie »

Article publié le 7 mai 2009
Article publié le 7 mai 2009
Le 28 avril dernier, le premier ministre albanais, Sali Berisha, 64 ans, a déposé la candidature officielle de son pays à l’Union européenne devant la présidence tchèque du Conseil. Cet énergique premier ministre était présent lors du congrès du Parti populaire européen (PPE) organisé à Varsovie, où il s’est exprimé sur les élections, l'Internet et l'UE.
L’Albanie est l’un des six pays extracommunautaires membres du PPE.

« Mon pays a la charge fiscale la plus faible d’Europe ! », s’exclame Sali Berisha au second jour du congrès du PPE, qui se tenait les 29 et 30 avril à Varsovie. « S’il vous plaît, dites aux investisseurs de vos pays de venir s’implanter en Albanie ! » Et, après tout, pourquoi pas, puisque son pays sera un jour membre de l’UE. Entretien. 

Le premier ministre français François Fillon a réaffirmé que l’UE n’envisageait pas de nouveaux élargissements dans un avenir prévisible. Avez-vous eu l’impression que Paris et Berlin se montraient hésitants vis-à-vis de votre candidature, lorsque vous l’avez posée mardi ? Qui sont vos alliés dans l’UE ?

En général, nous avons reçu un franc soutien de la part des partis européens de centre-droite. Si j’ai pris l'initiative de poser cette candidature, c'est grâce à leur soutien. Nous n'avons pas rencontré d'opposition ouverte. Tant la France que l'Allemagne m'ont assuré de leur soutien. Je leur ai demandé leur avis avant de lancer la procédure.

La Croatie est le prochain pays qui devrait intégrer l’UE en 2011. On vous a sans doute souvent posé cette question, mais pensez-vous que 2015 soit un délai réaliste pour l’entrée de l’Albanie dans l’UE ?

Je vous répondrai comme je l’ai souvent fait. Le délai n’est jamais aussi court que je le voudrais mais la date-butoir est toujours plus proche que je l'imagine. 

Parlons des Balkans. La Grèce, votre voisine, soutient votre candidature à l'UE...

Je l’espère...

... mais si des tensions surgissent à nouveau entre la Serbie et le Kosovo suite au premier anniversaire de l’indépendance du Kosovo en février, pensez-vous que cela aura une influence sur votre processus d’adhésion ?

Il n’y a aucune raison que l’Albanie soit affectée par des tensions qui naîtraient entre la Serbie et le Kosovo. Néanmoins, leurs relations posent problème dans la région. Ils devraient clarifier la situation dans leur intérêt à tous deux. Aujourd'hui, le Kosovo est très clairement une réalité et il faut accepter la réalité et non la rejeter ou l'envisager selon nos propres points de vue.

Nabeelah Shabbir/Cafebabel.com

En 2005, l’Albanie a vécu des élections très difficiles. Le 28 juin, de nouvelles élections législatives sont organisées en Albanie et leur bon déroulement aura une influence capitale sur l’éventuelle adhésion de votre pays au bloc européen. Ces élections seront-elles libres et loyales ? 

(Il répond vivement) Les élections de cette année se dérouleront parfaitement, j'y mets un point d’honneur. Il y a quatre ans, nous nous trouvions face à un mur. Cette année, nous nous tenons face à l’horizon. A l’époque, je faisais partie de l'opposition mais aujourd'hui, je siège au gouvernement et je suis mon propre chef. Je fais de mon mieux pour veiller à ce que les élections de mon pays se déroulent dans un climat de liberté et de loyauté. Mon pays le mérite… et moi aussi. Cela relève d'un devoir légal et moral. J’invite d’ailleurs les membres du PPE à venir jouer le rôle d’observateurs internationaux ! Nous avons besoin de ce genre d’initiatives.

Mais comment comptez-vous vous y prendre, concrètement ?

Nous avons développé une toute nouvelle infrastructure : nous avons mis en place des listes électorales, des registres civils et des cartes d’identité électroniques et de nouveaux passeports. Il y a eu quelques levées de boucliers de la part de l’opposition mais il y a deux jours, nous sommes parvenus à un consensus par rapport à la distribution de ces documents. Je n'ai aucune tolérance vis-à-vis de la criminalité organisée ; la corruption est un véritable cancer. Ces élections seront libres et équitables et j’en suis très heureux.

Le 1er avril, vous avez intégré l’alliance militaire occidentale de l’Otan et, le même mois, vous présentiez votre candidature à l'UE.

Oui, ce mois d’avril a été un mois très très spécial, extraordinaire et historique pour nous. 

Etait-ce un choix stratégique ?

Tout d’abord, j’ai attendu que les parlements nationaux des 27 Etats membres aient entériné notre accord de stabilisation sans hésitation. Ensuite, nous avons travaillé en étroite collaboration avec l'UE au Tchad et dans d'autres régions où elle intervenait. Enfin, j'ai posé la candidature de l'Albanie début janvier pour ne pas interférer avec celle du Monténégro. Je ne tenais pas à surcharger l'agenda. Tout a été fait dans un esprit de consensus général. Je remercie du fond du cœur la présidence tchèque et tous ceux qui nous apporté leur soutien. L’opposition m’avait demandé de soumettre notre candidature au cours de la présidence française de l’UE mais j'ai préféré attendre que le processus de ratification soit terminé, plus tard en 2008. 

Cela dit, l’UE vous avait aussi fait comprendre qu’il serait préférable d’attendre l’issue de vos élections législatives avant de poser votre candidature… 

Eh bien, j’ai également un message à faire passer. Moi-même, je dis aux Albanais que nous devons garantir que le processus électoral se déroule de manière libre et loyale afin d’avoir les outils en main pour pouvoir recommencer à plaider notre cause. 96 % de notre population est favorable à l’UE et a réagi positivement. 

Dernière question : où serez-vous lors des élections européennes ?

Ceci est mon dernier voyage à l'étranger. Je rentre maintenant en Albanie où je ferai campagne et où je regarderai les élections à la télévision. De nombreux partis satellites obtiendront de bons résultats aux élections. Quant à moi, je resterai fidèle à mon programme électoral.

L’Albanie, la Turquie, l’ARYM, la Géorgie, la Croatie et l’Ukraine sont les six pays non membres de l’UE qui font partie du PPE