Politique

Royaume-Uni et UE : c'est par où la sortie ?

Article publié le 16 avril 2013
Article publié le 16 avril 2013
La Grande Bretagne et l’UE n’ont jamais vraiment été d’accord. Alors que le paysage politique se détériore et que la crise financière traine en longueur, quelle est l’origine du désaccord entre les deux camps et peut-on espérer une réconciliation entre l’UE et la Grande Bretagne ?

Une partie du psychisme national britannique est empreinte d’une vision victorienne ambitieuse de « splendide isolement », une nation fière faisant face seule et libre de toutes machinations continentales diaboliques. Pourtant nous restons captivés par l’Europe : sa sophistication, son héritage culturel, son temps. Nous désirons une culture de cafés avec terrasse, avec du pain frais et du café buvable à chaque coin de rues, des transports en commun efficaces et, oui, peut-être même un vrai été.

Finalement, beaucoup de personnes au Royaume-Uni n’arrivent tout simplement pas à comprendre pourquoi les économies puissantes telles que la France et l’Allemagne choisiraient de signer des traités aliénants qui garantissent le flux d’argent difficilement gagné de leurs caisses vers les économies de leurs voisins moins productifs. De leur côté, les Européens trouvent également l’attitude de la Grande-Bretagne troublante. Ils portent un regard rétrospectif sur notre inefficace petite roche balayée par le vent et s’émerveillent devant notre refus de participer au projet européen. Comment la Grande-Bretagne peut-elle espérer concourir dans une économie mondialisée sans les avantages qu’offre une totale intégration dans l’UE ?

Petite roche

Le parti libéral démocrate britannique, actuellement dans la coalition au pouvoir avec les conservateurs, adopte une position largement en faveur de l’Union européenne. Son leader Nick Clegg est moitié Néerlandais et polyglotte. Cependant, le Premier ministre David Cameron, partenaire de coalition de Clegg, a souvent dû résister à des sollicitations venant de son propre parti pour adopter une approche plus radicale vis-à-vis de l’UE. L’opposition la plus marquée à l’adhésion du Royaume-Uni à l’UE vient du Parti pour l’Indépendance du Royaume-Uni (UKIP), parti de plus en plus populaire. Lors d’une récente élection partielle à Eastleigh, l’UKIP est arrivé en deuxième position après les libéraux-démocrates, reléguant les conservateurs en troisième position. Le leader Nigel Farage soutient que cela était plus que simplement représentatif d’un « vote de protestation » de ceux voulant « faire un doigt d’honneur à ceux qui détiennent le pouvoir ».

Cependant, en Europe l’histoire est bien différente. L’Allemagne en particulier voit l’UE comme plus qu’un simple bloc commercial ou un vague alignement politique d’États. Pour eux, c’est un agent qui lie inextricablement les intérêts nationaux des membres, assurant donc qu’un autre conflit continental soit rédhibitoire au niveau économique. L’instauration de l’Union européenne marque la première fois dans l’histoire où l’Europe s’est unie sous un ensemble d’idéaux communs qui peuvent être considérés volontaires. C’est un statut qu’ils sont clairement préparés à défendre.

L’adhésion de l’Allemagne à l’Union européenne a fait des merveilles pour son économie d’exportations qui est maintenant en plein essor. L’effet affaiblissant de nombreux pays de la zone euro, moins forts économiquement, explique que sa valeur soit restée basse, rendant ainsi les exportations allemandes meilleur marché qu’elles ne l’auraient été autrement, faisant monter les ventes. Alors que les économies européennes plus importantes seront toujours des contributeurs nets, la présence de fonds européens réservés à des usages précis dans des régions spécifiques est souvent très utile au niveau local quand les gouvernements nationaux ne veulent pas allonger la monnaie.

Comprenez-moi

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Cependant, la presse britannique continue à se plaindre du flux irrépressible de pouvoir souverain de notre ancien parlement de Westminster qui s’en va vers Bruxelles. Nous avons hésité au sujet de l’euro et proclamé notre sage décision d’abstention étant donné que la faiblesse inhérente de cette monnaie était exposée aux effets dévastateurs de la crise financière. Nous refusons aussi de ratifier beaucoup de traités qui définissent l’UE tels que Schengen et les récentes négociations pour résoudre la crise budgétaire. Dans les années 80, la Première ministre Margaret Thatcher s’est battue avec force pour obtenir son célèbre remboursement par l’UE. Et même avant, dans les années 1960, son prédécesseur Harold MacMillan décrivait la CEE comme « un puissant et présomptueux empire carolingien - pour le moment sous le contrôle des Français mais destiné à finir plus tard sous celui des Allemands ».

« L’UE souffre des effroyables relations publiques au Royaume-Uni et son approche maladroite et bureaucratique des affaires britanniques n’arrange pas les choses»

Si le Royaume-Uni et le reste de l’Europe devaient se réconcilier d’une quelconque manière, il faudrait développer une plus grande compréhension mutuelle. La Grande-Bretagne a besoin de comprendre l’importance de l’UE pour beaucoup sur le continent et devrait considérer les conséquences qu’entrainerait une décision irréfléchie de quitter l’UE basée sur des préjugés et un patriotisme excessif. De son côté, Bruxelles devrait intensifier ses efforts pour se vendre à la population britannique qui ignore en partie ses vraies fonctions et réussites. Elle doit aussi s’intéresser aux arguments légitimes qui sont avancés par les eurosceptiques concernant le projet européen de « gestion de projet ». En bref, l’UE souffre des effroyables relations publiques et son approche maladroite et bureaucratique des affaires britanniques n’arrange pas les choses. Avec les discussions en Grande-Bretagne au sujet d’un référendum sur l’adhésion après les prochaines élections générales, il est indispensable de bâtir un pont entre les deux avant qu’il ne soit trop tard.

Photos : (cc) [noone] tony/ flickr/ official site