Politique

Rome : la marche active des jeunes européens

Article publié le 29 mars 2017
Article publié le 29 mars 2017

Cinq mille personnes ont manifesté le 25 mars dans la capitale italienne pour l’anniversaire des 60 ans des Traités de Rome. Une marche pacifiste qui a montré que les citoyens veulent une Europe plus unie.

Soixante ans plus tôt, le 25 mars, deux Traités de Rome furent signés : celui pour la Communauté économique européenne (CEE) et celui pour la Communauté européenne de l’énergie atomique (CEEA). Deux pas fondamentaux pour la construction de l’Union européenne actuelle. Pour l’occasion, une marche rythmée par des drapeaux, des couleurs, et des slogans en faveur de l’Europe a été organisée à Rome.

Vidéo : Le Traité de Rome, qu'est-ce que c'est ?

Le terrorisme psychologique des télévisions, l’alerte attentat et le danger présumé du black-bloc ne sont pas venus gâcher la fête des jeunes européens. « C’est trop, six manifestations à Rome », disait-on, au lendemain de l’attentat à Londres. En vérité, la ville s’est vidée pendant le week-end. Blindée et impénétrable, elle a pourtant accueilli une Marche pour l’Europe qui fût un festival de chants et de couleurs.

La tête dans les étoiles

5 000 personnes d’après la préfecture, 10 000 selon les organisateurs : les chiffres ne sont pas dingues si on les compare avec d'autres manifestations sur l’Europe. L’initiative Pulse of Europe qui s’est déroulée le même week-end a par exemple mobilisé 40 000 personnes à travers toute l’Europe.

Pour des raisons de sécurité – cette fois-ci encore excessives – beaucoup de personnes ont dû renoncer à venir à la rencontre d'une autre manifestation baptisée Notre Europe et organisée par des syndicats ainsi que le mouvement de Yanis Varoufakis, DiEM 25. L’ancien ministre des Finances grec du premier gouvernement Tsipras a lancé en 2015 un mouvement paneuropéen et sans frontière qui entend « démocratiser l'Union européenne ». « Mais nous les rejoignons à leur lieu de rendez-vous plus tard  », assurent les Fédéralistes Européens, principaux partisans d’une manifestation qui a réuni une myriade d’associations en faveur de l’intégration européenne.

À Bocca della Verità (« Bouche de la Vérité », une ancienne sculpture présente dans l’église Santa Maria in Cosmedin de Rome, ndlr), on observe une impresionnante quantité de drapeaux ukrainiens et écossais. Marianna, étudiante à Rome et originaire de Lviv, est certaine qu’il y aura aussi un futur pour son pays dans cette Union, « parce que ce n’est qu’une crise passagère, et comme les précédentes, elle sera surmontée ». Natt Paterson, 24 ans, originaire d’Édimbourg, vient de traduire en anglais la biographie de Primo Levi. « Ça m’aide à me rappeler le passé, les guerres, et c’est justement pour ça que je suis ici, pour défendre l’Europe. Je rêve d’une Union qui, après le référendum pour l’indépendance, reconnaisse l’Écosse en tant que nouveau pays européen même si le Royaume-Uni ne le fait pas », affirme-t-il.

Une bulle de toutes les couleurs

Les personnes rassemblées sont tous d’anciens étudiants en Affaires européennes, des employés à Bruxelles ou des activistes. En résumé, des membres de la fameuse « bulle européenne ». Laurin, un Allemand de 25 ans qui a passé son enfance entre l’Europe et le Moyen-Orient a aussi un drapeau en main. « Je suis ici parce que le projet européen est menacé par des hommes politiques qui trompent les gens. Nous voulons une Europe encore plus forte et intégrée », lance-t-il. Simone Fissolo, 27 ans, président des Jeunes Fédéralistes en Italie, souhaite quant à lui encore plus de participation : « Ici en Italie nous sommes très présents, mais il faudrait impliquer plus de citoyens lambda comme le fait Pulse of Europe en Allemagne. Je m’attends à d’autres manifestations, dans toute l’Europe, à l’occasion des prochaines élections nationales ».

En parcourant la foule, on rencontre aussi des personnes qui n'appartiennent à aucun mouvement ni à aucun groupe. Ils sont tout simplement venus par devoir civique. Irene est ingénieur à Rome et a étudié en France. « Je pense parfois que la seule chose positive que nous a laissée la génération de nos parents, c'est l’Europe. Nous devons comprendre que ce que nous avons acquis ne coule pas de source. Et le défendre », souligne-t-elle avec force. Andrea, venu de Pise, exhibe une pancarte pour rappeler la liberté de circulation des citoyens : « Ma maman m’a initié au voyage, je me souviens encore de la stupeur ressentie lorsque j’ai constaté que depuis Vienne, les gens ne pouvaient pas aller à Budapest s’ils n’avaient pas de passeport ». Certains sont même venus à Rome avec leurs parents après avoir quitté Wroclaw, en Pologne : « Nous sommes ici parce que notre gouvernement ne nous représente pas, raconte Ewa accompagnée de son père Suavez et de sa mère KasiaNotre message est positif, nous voulons plus d’Europe ».