Politique

Référendum : l'Europe peut remercier les Italiens

Article publié le 6 décembre 2016
Article publié le 6 décembre 2016

[OPINION] Le dépouillement des urnes est sans appel : le Non l’a emporté avec 59,11% des voix à l'issue du référendum constitutionnel italien. Une défaite manifeste pour le gouvernement Renzi qui a présenté sa démission dans la foulée. Une victoire des antieuropéens, des antisystèmes et des populistes Beppe Grillo et Matteo Salvini ? Pas du tout.

Matteo Renzi avait annoncé que la Terre s'ouvrirait en deux en cas de victoire du Non à l'issue du référendum constitutionnel italien organisé le 4 décembre dernier. Au lendemain du scrutin, le président du Conseil italien va bel et bien remettre sa démission au président de la république. Mais à part ça, le monde continue de tourner.

Ce qui est surprenant, toutefois, procède de la façon dont cela s’est produit. Les chiffres ne laissent pas de place au doute : 59,11% des Italiens ont voté Non. C’est un rejet évident, sans appel, d’une réforme précipitée, fondée sur l’idée erronée selon laquelle les problèmes de l’Italie découlent non pas de la classe politique mais de la Constitution. C’est un peu comme si n’arrivant pas à gagner un match de foot, on changeait les règles du jeu, au lieu d’apprendre à jouer ou d'essayer de changer d’entraîneur.

68,48% des Italiens se sont déplacés pour aller voter. Cela dément toutes les rumeurs de ces dernières années selon lesquelles le peuple italien se désintéresserait de la politique ou se sentirait délaissé par un monde clos, formé de longs couloirs et de coulisses insonorisées. La meilleure réponse à ses rumeurs est la suivante : lorsque ce monde s'ouvre et que l'on propose aux Italiens de s'exprimer, ils répondent. 

Il est pertinent de s’intéresser à la composition de ses 59,11%. Le Non le plus fort vient du sud, avec des pics enregistrés à 70%. Ceci confirme une analyse réalisée par YouTrend : dans les 100 communes ayant le plus haut taux de chômage, le Non l’emporte haut la main tandis que le Oui l’emporte dans les 100 communes ayant le taux de chômage le plus bas. De façon générale, ce sont les jeunes qui ont majoritairement voté pour le Non. Selon plusieurs estimations, un pourcentage oscillant entre 70 et 80% des moins de 35 ans auraient voté non. Le Oui l’emporte significativement auprès des plus de 55 ans. En d’autres termes, la réforme du Premier rottamatore - le surnom de Matteo Renzi qui disait vouloir « démolir » le statu-quo - a été démoli par le futur du pays : la jeunesse.

Les jeunes et les chômeurs ont clairement fait passer un message : ce n’est pas cette réforme qui résoudra les problèmes de la Botte. Les jeunes font par ailleurs taire les rumeurs qui accusaient les partisans du Non d’avoir voté contre Renzi - coupable d’avoir mis en jeu sa démission et celle de son gouvernement - au lieu de s'être exprimés sur le fond de la réforme. Pourtant, 54% d’entre eux auraient voté Non en raison de leur désaccord avec le texte. Mais que signifie donc ce Non ? Probablement du mécontentement, de la déception, un désir de changement, le rejet d’une classe politique depuis trop longtemps incapable de répondre aux sujets qui préoccupent quotidiennement le plus grand nombre.

C’est précisément un Non qui vient d’un peuple responsable, capable de rejeter une révision constitutionnelle fallacieuse et d’ignorer les spectres de Beppe Grillo (fondateur du Mouvement 5 Étoiles, ndlr) et de Matteo Salvini (secrétaire fédéral de la Ligue du Nord, parti d'extreme droite, ndlr). C’est la meilleure réponse possible à ceux qui accusaient les défenseurs du Non de voter sans connaissance de cause.

C’est une victoire de la Constitution, de la démocratie. Pas celle de Berlusconi, de Salvini, du Mouvement 5 Étoiles, des eurosceptiques et des antisystèmes qui se montrent tout sourire devant les caméras. C’est une victoire des Italiens. C'est même une occasion pour la gauche de montrer enfin son vrai visage. Elle recommencera à être « de gauche », en s'éloignant des terrains glissants et des sujets chéris des populistes. Elle recommencera à s'adresser au « ventre » du pays, en l’incluant. Ce n’est pas une victoire contre l’Europe, mais au contraire, une incitation à l'améliorer. Avec un avertissement : il ne faut pas chercher à l'imposer au peuple, à l'implanter coûte que coûte dans la vie nationale. Il faut arrêter d'instiller l'Union européenne dans la société à grands coups de force mais proposer  un véritable dialogue. Dit autrement, la formule consacrée « C'est l'Europe qui nous le demande » ne fonctionne plus. À l’avenir, on comprendra peut-être qu'il vaut mieux « décider avec » l'Europe que « décider pour ». Ça sonne déjà mieux.