Politique

Réactions en chaîne : les nouvelles couleurs de l’Europe

Article publié le 8 juin 2009
Article publié le 8 juin 2009
Le vert pour une écologie victorieuse en Allemagne et en France, le bleu des conservateurs bien en place aux manettes du PE et le rose socialiste fané… Rouge de honte, les abstentionnistes ! Nos correspondants babéliens analysent à chaud les résultats des élections européennes.

En Hongrie, l’extrême-droite en hausse

Bientôt des changements sur la scène politique hongroise : le parti d’extrême-droite Jobbik fait la Une des journaux. Avec presque 15 % des suffrages, il remporte trois sièges au Parlement européen, sans en avoir aucun au parlement hongrois (du moins, pas encore). L’opposition conservatrice du Fidesz gagne du terrain au Parlement européen (PE) avec 14 eurodéputés (56,37 % des voix, un score historique qu’aucun parti conservateur n’a jamais atteint jusqu’à maintenant). Le grand perdant de la soirée électorale à Budapest était, sans aucun doute, le parti libéral SZDSZ, qui n’a pas réussi à faire mieux que 2,16 % des voix et n’enverra donc personne à Bruxelles. En revanche, le MDF, centre-droit, qui n’a jamais été loin du but, a enfin pu récolter suffisamment de voix pour avoir un eurodéputé.

En France, l’envie d’éteindre sa télé

(Alain Guizard/Agence Angeli - MichelBarnier/flcikr)L’abstention ? Avec des ministres catapultés aux Européennes sans une once de motivation, la campagne électorale en France a été lancée tardivement. Déjà maire du 7e arrondissement de Paris, ministre de la justice, Garde des Sceaux, maman depuis peu, c’est vrai que Rachida Dati, pour ne citer qu’elle, aura tout le loisir de s’impliquer dans la politique européenne avec passion et dévouement. Les élections européennes ? Rien d'autre qu'une punition de la part de Sarkozy pour certains candidats de l’Union pour un mouvement populaire (UMP) évincés, ainsi, du gouvernement. Avec 27,87 % des suffrages, c’est quand même la droite du président français qui l’emporte.

En France, ce sont les Verts d'Europe Écologie qui gagnent le pactole médiatique. Menés par un Cohn-Bendit fier d’une étiquette d’Européen convaincu bien collée, il a rassemblé un large spectre de personnalités crédibles et populaires et a atteint 16,28 % des voix, autant que le Parti socialiste français. Une victoire annoncée : à tel point que les esprits se sont échauffés sur les plateaux de télévision, entre Dany le rouge et un président du parti MoDem (le Mouvement démocrate), François Bayrou, en plein aveu de panique. Ce dernier n’a rien trouvé de mieux pour faire parler de lui que de ressortir des vieux dossiers (notamment, les propos de complaisance pédophile qu’aurait tenu Cohn-Bendit dans les années 70) Un débat européen digne et de haute volée !

En Italie, scandales à répétition

(Barabeke/flickr)Le PDL (Partito delle Libertà) obtient 35,2 % et le PD (Partito Democratico), 26,2 %. Pourtant premier de la classe, Berlusconi s’attendait à un meilleur score. Est-ce l’effet « Noemi » ? C’est ce que croit Alessandro Campi, le politologue et directeur de la Fondation Fare Politica, proche de Gianfranco Fini (dans Il Corriere della Sera). Les polémiques sur le « partie fine », et les allers et venues de jeunes femmes dans la villa de Berlusconi n’ont sûrement pas permis de convaincre l’électorat catholique et féminin. Mais personne ne peut vraiment mesurer l’impact des photos publiées dans El Pais... Berlusconi souhaitait un résultat sans appel pour se placer sur la scène internationale et, pourquoi pas, proposer un Italien à la Présidence du Parlement européen : aujourd’hui, il est clair que le PDL ne sera pas le premier parti du Parti populaire européen (PPE). En Italie, la journée électorale s’est terminée sur les belles jambes de Noemi Letizia. La jeune femme de 18 ans a été accompagnée par son père au bureau de vote. Pris d’assaut par les badauds, il a du fermer le temps pour Noemi de remplir ses devoirs citoyens. Elle en est ressortie accompagnée par la police, ce qui a été contesté : pourquoi un tel traitement pour une citoyenne ordinaire ?

En Pologne, des petits cochons

Les dernières heures de la campagne, avant le grand calme des urnes, ont été très violentes : la plupart des candidats entendaient conclure avec éclat. Un bel exemple vient de Plateforme Civique (PO, le parti libéral au pouvoir) qui a épinglé le parti social-conservateur Droit et Justice (PiS) sur le thème de la Politique agricole commune (PAC), sur sa toute dernière affiche de campagne.

A part cela, pas ou peu de surprises. D’après les dernières informations – pas encore confirmées – le taux de participation s’élève à 24,53 % en Pologne, ce qui est plus qu’en 2004 (20,9 %) et beaucoup plus que le chiffre prévu (les sondages annonçaient entre 11et 18 %). La répartition des votes s’est révélée être celle qu’on attendait : 44,43 % des électeurs ont voté pour PO (à savoir 25 sièges d’eurodéputés, la moitié du contingent polonais) et 27,41 % pour PiS (15 sièges). L’alliance des partis de gauche SLD et UP a obtenu 12,44 % et sept sièges. Enfin, les petits partis : le Parti des paysans polonais (PSL) a obtenu 7 %. Parmi les « grands perdants », on trouve Libertas avec 1,1 % des votes et le centre-gauche de Centrolewica qui comptait dans ses rangs quelques candidats Verts

En Allemagne, on pense déjà au Bundestag

(Liberale/flickr - freiheitstruck team)Anne a 25 ans. Elle a voté hier en Allemagne. Elle n’avait pas étudié le programme de A à Z : « J’ai donné ma voix aux Verts parce que leur programme reflétait le mieux mes priorités pour une politique européenne », estime-t-elle. Les gagnants de ces élections en Allemagne ? Sans doute les petits partis. Les Verts ont pu renouveler leur score du scrutin de 2004. Mais la gagnante surprise outre-Rhin s’appelle FDP, le parti libéral-démocrate, malgré un article destructeur de la FAZ, publié il y a quelques jours, intitulé « Combien travaille réellement Silvana Koch-Mehrin ? » - une enquête sur l’assiduité, dans l’hémicycle européen, de la parlementaire libérale. Son parti augmente en effet de 5 % son dernier score à un scrutin européen, tandis que « les deux grands », SPD et CDU, encaissent les coups durs. Anne hallucine car « on ne parlait pas du tout de thématiques européennes, seulement des escarmouches et scandales strictement allemands », pendant la campagne. La preuve : le CDU et le FDP interprètent le résultat de ce vote européen comme un signal positif pour une coalition noir-jaune lors des élections au Bundestag, au mois de septembre prochain.

L’Irlande du Nord en déséquilibre

(Seanfderry-studenna/flickr)En Irlande du Nord, les nationalistes du Sinn Fein feront sûrement mieux que le DUP (democratic unionist party), les unionistes qui perdent du terrain pour la première fois. Ce n’est pas encore confirmé officiellement, mais pour la majorité unioniste en Irlande du Nord qui jusqu’à maintenant a toujours été en tête des sondages, les résultats des élections sont une véritable surprise : ils pourraient être doublés par les Catholiques sur leur propre territoire… ceci à cause des divisions internes au DUP (Jim Allister l’a quitté pour faire campagne de son côté suivant une ligne politique encore plus extrême).