Politique

Radovan Karadzic : le prisonnier de la ligne 73

Article publié le 24 juillet 2008
Article publié le 24 juillet 2008
Karadzic, le criminel de guerre le plus recherché a été arrêté le 21 juillet dernier.

Pour le Dr. Dragan Dabic, qui exerçait depuis des années les médecines douces dans un cabinet privé du quartier de Novi Beograd, la vie était facile. Comme tout un chacun, il menait une petite vie sans histoire, s’entendait bien avec ses voisins, allait faire ses courses et prenait les transports en commun. Cette existence paisible a été brutalement interrompue quand les services secrets serbes sont venus l'arrêter. Les empreintes et l'ADN ne mentent pas. Dragan Dabic, alias Radovan Karadzic, est bien le criminel de guerre présumé le plus recherché d’ex-Yougoslavie.

Karadzic est cet homme politique nationaliste bosno-serbe qui, au Parlement de Bosnie-Herzégovine, au début des années 1990, menaçait déjà ouvertement d'exterminer les musulmans bosniaques. Il dirigeait alors le Parti démocratique serbe (SDS), et était Président autoproclamé de la Republika Srpska (la République Serbe de Bosnie), l’une des deux entités administratives instituées par la force en Bosnie-Herzégovine.

Avec le général Mladic, il a tenté entre 1992 et 1995, de transformer la Bosnie-Herzégovine (devenue indépendante) en espace vital exclusivement serbe. Tous les moyens ont été employés : expulsion des populations non serbes, bombardements, et, pour finir, le génocide pur et dur.

Treize ans après

Karadzic et Mladic | ©openDemocracy/flickrSon arrestation n'a pas été aussi théâtrale que celle de Saddam Hussein. Il n'y pas eu non plus de dramatiques négociations la nuit, comme ce fut le cas pendant l'arrestation de Milosevic. Sans effusion de sang et sans heurt, après une surveillance de plusieurs jours, ce bon docteur de 63 ans, a pu être identifié malgré sa fausse identité, pour enfin être appréhendé dans le bus de la ligne 73.

Tout était devenu tout à coup possible après tant d'années. Le président pro-européen ayant pu réunir une majorité parlementaire en mai, son gouvernement a pu s'assurer le contrôle des services secrets. Jusqu'ici, ceux-ci se trouvaient sous la coupe de son ancien allié de coalition Kostunica, qui avait déjà exprimé son hostilité à l'égard de l'extradition de Milosevic.

La volonté politique de coopérer avec le tribunal de la Haye s'est vu probablement renforcée chez le président Tadic grâce à un cadeau électoral de la part de Bruxelles. L'Union européenne (UE) et la Serbie ont conclu fin avril l'accord de stabilisation et d'association. Une signature qui tombe à pic au beau milieu de la phase la plus rude de la campagne électorale serbe.

Ce qui ne manque pas de sel dans cette action, c'est l'attitude des socialistes, fidèles de Milosevic. Leur ancien chef étant décédé depuis à peine deux ans, les voilà qui gouvernent main dans la main au sein d’une coalition avec leur pire ennemi. Depuis peu, les socialistes à tendance nationaliste sont au gouvernement avec le Parti démocratique, qui avait envoyé jadis leur patron Milosevic devant le tribunal de la Haye. Le nouveau ministre de l'intérieur, Ivica Dacic, autrefois porte-parole à la langue acérée de Milosevic, et son successeur à la direction du parti, s'est hâté de faire savoir au public que les policiers sous ses ordres n'ont pas pris part à l'arrestation de Karadzic.

Karadzic et Mladic : les deux font la paire

2004 : Radovan Karadzic est toujours un être vénéré | Crédits : ©steffen42/flickr

Arrêter le général Mladic est une autre paire de manches pour le gouvernement. Mladic dispose d’un réseau de contacts étendu parmi la junte militaire et les membres des services secrets. Même si le ministre de la défense est un fidèle de Tadic, cela ne veut pas dire qu'il ait ces réseaux en main. Et pour cause, il y a dix fois plus de généraux retraités que d’actifs en Serbie.

C'est en Bosnie-Herzégovine, théâtre sanglant des exploits de Karadzic et de Mladic, que des milliers d'habitants ont manifesté leur joie à l'annonce de l'arrestation de Karadzic. Les responsables bosniaques ont exprimé leur satisfaction, alors qu'à Banja Luka, capitale de la Republika Srpska, les réactions sont plus mesurées. D'un côté, les cadres du parti SDS fondé par Karadzic s'en prennent à la « justice antiserbe » de la Haye. De l'autre, le président du conseil de la Republika Srpska, Milorad Dodik, se déclare satisfait. De fait, la pression politique dont la Republika Srpska était la cible va se relâcher quelque peu : on supputait que Karadzic se cachait plutôt dans cette partie de la Bosnie-Herzégovine ou dans le Monténégro.

L'auteur de cet article, Dragoslav Dedovic, est membre du réseau de correspondants n-ost.