Politique

Pourquoi le salaire minimum nuit à l'économie

Article publié le 17 mars 2014
Article publié le 17 mars 2014

|Opi­nion| Le point de vue d'un américain néo-libéral sur le salaire minimum : les lois sur le salaire minimum partent d'une bonne intention mais n'ont pas amélioré le niveau de vie des plus pauvres. Pire, cette manipulation de l'offre nous cache la réalité du marché. Les arguments en faveur du salaire minimum sont plus de l'ordre de l'émotionnel que du rationnel. 

« Un ar­ticle non iden­ti­fié a été dé­posé dans le bac », me si­gnale la caisse au­to­ma­tique. Une lu­mière cli­gnote et le  « bip » stri­dent s'ar­rête quand je com­mence à suivre la pro­cé­dure in­di­quée à l'écran. Je n'es­saie pas de voler quoi que ce soit : c'est juste la ma­chine qui re­fuse de co­opé­rer. Ni les em­ployés, ni les clients ne ré­agissent, ce qui me laisse pen­ser que cela ar­rive sou­vent. Ce genre de ma­chine est la consé­quence di­recte des mau­vaises po­li­tiques éco­no­miques : lais­sez-moi vous ex­pli­quer pour­quoi.

Il est dif­fi­ci­le­ment sup­por­table de voir cer­taines per­sonnes se dé­me­ner et réus­sir tout juste à finir le mois. On pense à l'hu­main mais on ne rai­sonne pas en termes d'éco­no­mie. C'est pour cela que cer­tains ré­clament la hausse du sa­laire mi­ni­mum. Sau­tant sur l'op­por­tu­nité comme un re­quin flai­rant une goutte de sang, les po­li­ti­ciens ré­agissent promp­te­ment. Mais quand le po­pu­lisme l'em­porte sur la rai­son, ce sont jus­te­ment ceux qui sont le plus en dif­fi­culté qui en pâ­tissent. 

Les pauvres tou­jours per­dants

À pre­mière vue, cela semble être une bonne idée. En aug­men­tant le sa­laire mi­ni­mum, les classes les plus dé­fa­vo­ri­sées voient leur sa­laire aug­men­ter du jour au len­de­main. Les en­tre­prises trop gour­mandes sont contraintes de ré­duire leurs marges et tout va bien dans le meilleur des mondes. Mal­heu­reu­se­ment, ce n'est pas si simple, et suivre un tel rai­son­ne­ment se­rait dan­ge­reux pour l'em­ploi. Un sa­laire est un prix : le sa­laire d'une per­sonne est cal­culé en fonc­tion de l'offre et de la de­mande et est lié à la pro­duc­ti­vité de cette per­sonne.  

En im­po­sant un sa­laire mi­ni­mum, le gou­ver­ne­ment exige un ni­veau mi­ni­mum de pro­duc­ti­vité. Cela si­gni­fie que si vous ne pou­vez pas ef­fec­tuer une tâche qui dé­gage suf­fi­sam­ment de va­leur pour qu'on soit prêt à vous payer 8€ de l'heure, il vaut mieux ne rien faire. Après tout, la seule rai­son qui pousse un pa­tron à em­bau­cher, c'est la vo­lonté de ga­gner plus. Si l'em­ployé coûte trop cher par rap­port au tra­vail ac­com­pli, l'em­ployeur doit ré­agir.

L'em­ployeur va ré­per­cu­ter la hausse des coûts sur le consom­ma­teur. Cer­taines en­tre­prises dé­gagent peut-être des pro­fits sub­stan­tiels, mais les marges res­tent en moyenne assez faibles. Les en­tre­prises n'ont aucun moyen d'ab­sor­ber les coûts liés à une hausse du sa­laire mi­ni­mum. Les hausses de prix qui en dé­cou­le­ront pé­na­li­se­ront les consom­ma­teurs. En­core une fois, ce sont les classes les plus dé­fa­vo­ri­sées qui se­ront pé­na­li­sées.

Fa­vo­ri­ser le tra­vail au black

Ce n'est pas tout. En sup­pri­mant les pre­mières marches de l'échelle so­ciale, ces mal­chan­ceux n'au­ront fi­na­le­ment ja­mais l'op­por­tu­nité d'ap­prendre un mé­tier. Même une vic­time du dé­cro­chage sco­laire qui est payée trois fois rien pour faire votre plein ou net­toyer votre pare-brise ac­quiert de nom­breuses com­pé­tences. Cette per­sonne ap­prend à se lever tôt et à ar­ri­ver à l'heure au tra­vail. En étant tou­jours pré­sente à la sta­tion, cet(te) em­ployé(e) peut par exemple ap­prendre sur le tas et de­ve­nir mé­ca­nin­cien(ne). Ce n'est cer­tai­ne­ment pas une bonne chose que cette per­sonne soit obli­gée de res­ter chez elle, et quel sera l'im­pact sur son es­time per­son­nelle ?

Les em­ployeurs vont finir par cher­cher (et trou­ver) des moyens pour ré­duire le nombre de per­sonnes qu'ils doivent em­bau­cher. Des ma­chines coû­teuses, comme celle que j'uti­li­sais au super­mar­ché, de­viennent pour eux un meilleur in­ves­tis­se­ment. Même si les clients n'ap­pré­cient pas tel­le­ment, c'est tou­jours mieux qu'une hausse des prix. Moins de ser­veurs et de bar­men si­gni­fie un temps d'at­tente plus long, mais comme nous vo­tons avec nos por­te­feuilles et que l'on ré­com­pense ceux qui nous offrent le meilleur rap­port qua­lité prix, les pa­trons com­prennent qu'ils n'ont pas le choix et doivent four­nir le même ser­vice avec moins de per­son­nel. De nom­breux em­ployés de sta­tions ser­vice, de grooms, por­tiers, em­ployés de fast foods et, comme la ma­chine en face de moi le prouve, de cais­siers, ont perdu leur em­ploi à cause du sa­laire mi­ni­mum.

Des em­plois n'exi­geant pas un taux mi­ni­mum de pro­duc­ti­vité existent en­core « au black », contraints à la clan­des­ti­nité puis­qu'ils sont main­te­nant illé­gaux. Comme toutes les me­sures prises pour im­po­ser un prix donné, le sa­laire mi­ni­mum cause la pé­nu­rie et aug­mente le nombre d'em­plois non dé­cla­rés. « Mais c'est in­juste » pou­vez-vous ré­pli­quer. Com­ment peut-on sub­ve­nir aux be­soins de sa fa­mille en étant ré­mu­néré moins de 8€ de l'heure ? Com­ment peut-on payer son loyer ? On ne peut pas vivre di­gne­ment de cette façon. Ces dif­fi­cul­tés sont bien réelles, mais aug­men­ter le taux de chô­mage pour per­mettre à quelques uns de ga­gner quelques euros de plus ne va pas sup­pri­mer ces dif­fi­cul­tés, cela va même faire em­pi­rer les choses. De plus, pour­quoi sup­po­ser que chaque em­ploi doit faire vivre un foyer ? De nom­breux jeunes n'ayant pas fini leurs études vivent tou­jours chez leurs pa­rents et veulent sim­ple­ment ga­gner un peu plus pour payer leurs sor­ties ou pour aider leur fa­mille. Est-ce qu'on at­tend d'eux qu'ils fassent vivre toute la fa­mille ? Est-ce que chaque em­ployé a un loyer à payer ?

Une vidéo en fa­veur de l'aug­men­ta­tion du sa­laire mi­ni­mum.

Les ate­liers clan­des­tins ne sont plus

En nous rap­pe­lant une époque plus dif­fi­cile, les dé­fen­seurs du sa­laire mi­ni­mum nous res­sortent leurs vieilles anec­dotes sur les mi­neurs de char­bon, les do­ckers et les ate­liers clan­des­tins. Mais se faire ex­ploi­ter de la sorte était en­core la meilleure op­tion pour ces tra­vailleurs qui étaient sou­vent de pauvres ex­ploi­tants agri­coles ar­ri­vant tout juste à vivre de leurs ré­coltes. L'aug­men­ta­tion de la pro­duc­ti­vité et la fi­nance de mar­ché ont fait re­cu­ler la pau­vreté et le sa­laire ho­raire aug­men­tait ré­gu­liè­re­ment. Et les ate­liers clan­des­tins ont dis­paru bien avant l'ins­tau­ra­tion d'un sa­laire mi­ni­mum. Quelle amé­lio­ra­tion cette me­sure a-t-elle donc ap­por­tée ? Les poli­tiques peuvent se tar­guer d'avoir rendu l'ex­ploi­ta­tion des tra­vailleurs illé­gale, ce qui gonfle leur cote de po­pu­la­rité mais n'aide pas l'évo­lu­tion du mo­dèle éco­no­mique. C'est donc une im­passe. 

Enfin, et c'est peut-être le plus im­por­tant, il faut consi­dé­rer cette af­faire au ni­veau des li­ber­tés in­di­vi­duelles. Pour­quoi ne pour­rait-on pas choi­sir soi-même si une offre d'em­ploi nous sa­tis­fait ? Au nom de quoi au­rait-on le droit d'in­ter­ve­nir entre deux per­sonnes qui sou­haitent échan­ger li­bre­ment du temps de tra­vail contre de l'ar­gent ? Mé­fiez-vous donc des mi­li­tants bien in­ten­tion­nés, des po­pu­listes et aussi des ar­ticles non iden­ti­fiés dans le bac de votre caisse au­to­ma­tique.