Politique

Pourquoi le radicalisme séduit-il la jeunesse européenne ?

Article publié le 10 octobre 2016
Article publié le 10 octobre 2016

Les Européens – jeunesse incluse – sont de plus en plus nombreux à se détourner des partis traditionnels au profit des mouvements populistes des deux côtés de l'échiquier politique. Comment expliquer ce rejet de masse, et que peut faire le centre pour les récupérer ?

En Allemagne, l'AfD (Alternative für Deutschland, parti eurosceptique national-conservateur) a remporté 14% des voix  aux élections berlinoises de septembre, et menace sérieusement de prendre sa part du gâteau aux élections fédérales de 2017. Une étude menée de pair par l'institut allemand pour la recherche économique et l'université Humboldt de Berlin montre que le parti trouve un appui confortable chez les hommes de moins de 30 ans sans emploi.

Pendant ce temps-là, en France, la montée du FN est notoire. Selon une enquête commandée par le quotidien 20 minutes, les 18-30 ans contribuent plus que toute autre catégorie de population à la montée du FN : 34% d'entre eux ont voté pour le parti d'extrême droite aux régionales de 2015.

Alors qu'au fil des élections, les partis traditionnels enregistrent des scores toujours plus bas, le choix des extrêmes séduit de plus en plus d'Européens. L'année 2016 illustre à elle seule la tendance : en Espagne, le parti de la gauche radicale Podemos a recueilli 21,1% des voix aux élections parlementaires, en Autriche, le parti d'extrême droite FPÖ (Parti de la liberté d'Autriche) a frôlé l'égalité avec Les Verts (parti écologique de gauche) lors des élections présidentielles. 58% des votants FPÖ seraient âgés de 29 ans et moins, selon des enquêtes menées par les instituts de recherche SORA et ISA, enfin, dans les Flandres, Vlaams Belang, un parti d'extrême droite de la région, obtiendrait 13,1% des intentions de vote en cas d'élections selon un sondage réalisé en septembre par le baromètre politique RTBF-La Libre.

Sentiment d'exclusion

Pourquoi la jeunesse semble-t-elle se tourner vers les nouveaux partis ? Un eurobaromètre publié cette année pourrait fournir une raison valable : 57% des moins de 30 ans « ont le sentiment que, dans leur pays, la jeunesse a été exclue et marginalisée de la vie économique et sociale par la crise ». « Les taux sont très élevés dans les pays touchés par la crise, et qui connaissent un fort chômage des jeunes » : la Grèce (93%), le Portugal (86%) et l'Espagne (79%).

Enrique Calvet, député au sein du groupe parlementaire ADLE (Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe) déclare que la désillusion politique a indéniablement gagné l'ensemble de la jeunesse européenne. Ce même député affirme que la jeunesse exige à bon droit une honnêteté et une transparence politiques. Il estime que, aux yeux de cette nouvelle génération d'Européens, le système des partis traditionnels est devenu défaillant, et avertit des dangers auxquels ces derniers s'exposent face à une jeunesse marginalisée : les jeunes se tourneront et donneront leur voix à quiconque se fera porteur du concept illusoire du changement, sans mesurer le danger qu'ils feront courir au projet européen, et donc à leurs propres bien-être et avenir.

Le député Siegfried Mureşan, porte-parole du PPE (Parti populaire européen), parti disposant du groupe le plus important au Parlement européen, partage un point de vue similaire. Selon lui, les partis populistes n'ont rien à offrir à la jeunesse européenne. Leurs solutions simplistes aux enjeux complexes ne réussiront rien d'autre qu'à entretenir la déception et la défiance.

Lorsqu'on lui demande sa solution pour se re-concilier avec la jeunesse, Mureşan met en avant l'importance de leur expliquer les avantages apportés par l'UE, tels que la création d'emplois par le marché unique numérique (Digital Single Market) – 800 000 emplois créés d'ici à 2020 selon le PPE – ou bien les programmes Erasmus + et la garantie pour la jeunesse (Youth Guarantee). Si ces programmes existent bel et bien, il y a encore un long travail à faire : l'eurobaromètre cité plus haut rapporte que 76% des jeunes européens n'ont jamais entendu parler de la garantie pour la jeunesse, tandis que 17% ne savent pas clairement en quoi elle consiste.