Politique

Pour un Parlement européen puissant

Article publié le 5 mai 2009
Article publié le 5 mai 2009
Tommaso Padoa Schioppa, économiste et ancien ministre des finances italien, lance un appel aux partis, aux eurodéputés et aux futurs élus afin que le rôle du Parlement européen soit renforcé, en cette période de crise et d’instabilité mondiale.

Les citoyens européens s’apprêtent à élire leur Parlement à un moment où le monde et le continent sont mis à rude épreuve : effondrement de la production et des échanges, augmentation du chômage et menaces de troubles sociaux, crises énergétiques récurrentes et urgence climatique. L’Europe risque de se trouver progressivement marginalisée sur la scène mondiale et de connaitre une forte contraction de son marché intérieur, grâce auquel la prospérité a crû et s’est propagée au cours des six dernières décennies. Le monde risque une brusque inversion des tendances, en ce qui concerne tant la croissance du bien-être économique que l’endiguement des formes extrêmes de pauvreté ; les conséquences sociales, politiques et sécuritaires pourraient bien en être désastreuses.

Les politiques nationales, aussi éclairées soient-elles, ne peuvent à elles seules prévenir ces risques. L’Union européenne peut jouer un rôle décisif dans l’alternative au « chacun pour soi » et la promotion de réelles solutions coopératives, basées sur des institutions globales fortes. Elle peut conduire la nouvelle administration américaine à adopter une approche ouverte et constructive vis-à-vis des questions mondiales en suspens telles que la sécurité, la gouvernance économique ou les changements climatiques. Mais pour ce faire, elle devra surmonter sa propre paralysie. Pour écarter les menaces internes et celles qui se trouvent à ses propres frontières, l’Europe a avant tout besoin d’une chose : s’affirmer comme acteur politique cohérent, capable d’assumer et de mettre en œuvre des décisions qui soient à la hauteur des défis du moment.

Le rôle du Parlement européen 

Le Parlement européen dispose d’instruments uniques pour sortir de l’ornière dans laquelle nous nous trouvons actuellement, et ouvrir une nouvelle saison politique en Europe. A la différence des autres institutions de l’UE, il jouit d’une légitimité démocratique directe, d’une complète indépendance et d’un lien institutionnel avec l’opinion publique par le biais des partis politiques. Avec de telles cartes dans son jeu, et une mise en œuvre volontaire de tous ses pouvoirs, il est en mesure d’imprimer une nouvelle direction aux dynamiques institutionnelles de l’UE dès l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne. Il peut jouer un rôle décisif, en particulier dans la définition d’un programme qui guide les institutions européennes au cours de la prochaine législature, dans la formation de la nouvelle Commission, de l’emploi du budget de l’UE à la progression des politiques communes. Nous ne devons pas laisser passer cette opportunité.

Cet appel s’adresse aux partis politiques, aux candidats aux élections de juin et aux nouveaux parlementaires élus. Nous leur demandons de s’employer à mobiliser l’opinion publique pour faire émerger un vrai débat politique sur le futur de l’Union européenne ; de choisir des candidats compétents et qui s’impliquent dans la construction d’une Europe plus forte ; d’élaborer des programmes d’envergure européenne plutôt que conçus comme des plateformes politiques nationales ; de se refuser à toute réduction de ces élections à une compétition nationale ; de faire plein usage des pouvoirs du Parlement européen ; de prendre l’initiative du choix de la nouvelle Commission, de son président, de ses objectifs ; de réformer le budget de l’UE pour en faire un véritable instrument de développement pour les politiques communes. Dans un moment aussi difficile que celui que nous traversons, l’Europe peut prendre son envol ou s’effondrer. Et les citoyens européens ne doivent pas être oubliés. Donnons-leur les moyens de se faire entendre en renforçant le Parlement européen.

Cet appel est le résultat d’une étude conduite par cinq instituts européens : l’Institut des Relations Internationales (coordonné par Rome), le Centre d’Etudes sur le Fédéralisme (Turin), l’Institut für Europäische Politik (Berlin), Notre Europe (Paris) et The Federal Trust (Londres).