Politique

Poul Nyrup Rasmussen : « Je me battrai pour qu'ils aient un emploi toute leur vie »

Article publié le 14 mai 2009
Article publié le 14 mai 2009
Poul Nyrup Rasmussen, ex-premier ministre du Danemark, a engagé les socialistes dans la campagne pour remporter les élections européennes de juin 2009. Sa stratégie est axée sur l'idée d'une nouvelle Europe sociale. Son objectif : garantir la pérennité de l'Etat-providence dans la mondialisation.

« Je ne peux garantir aux travailleurs qu'ils auront toujours le même travail. Personne ne le peut d'ailleurs ! En revanche je peux leur garantir que je me battrai pour qu'ils aient un emploi toute leur vie. » C'est la nuance entre travail et emploi que fait Poul Nyrup Rasmussen, président du Parti socialiste européen et ex-premier ministre du Danemark à l'époque où ce pays scandinave s'est tourné vers la flexicurité.

« Les gens dans la rue me demandent où l'on va. Ils veulent qu'une orientation soit prise car ils ont peur »

Désormais, c’est vers l'Europe qu’il se tourne, surtout en vue des élections parlementaires aux côtés des socialistes. C'est la première fois qu'un parti européen élabore un programme électoral, « aboutissement de deux années de travail avec les militants du parti et la société civile. Ce sont 71 propositions qui entendent donner une nouvelle orientation pour l'Europe. » Le mot d'ordre : « People First ». Les gens d'abord.

Le seul prétendant qui ait des chances

Il est proche des gens, il a un programme, le « Yes we can » d'Obama toujours à la bouche, et son discours n'est pas celui d'un « simple intermédiaire entre gouvernements », comme le définit le président de la Commission européenne et candidat à sa réélection, José Manuel Durão Barroso. Pourtant, faute de soutien de la part des poids-lourds socialistes, Rasmussen n'a pas encore annoncé sa candidature à la présidence de la Commission européenne. Et pour cause : Gordon Brown ne s'est pas rendu personnellement à Madrid et Zapatero n'a pas caché son intention de soutenir la réélection du conservateur portugais.

Rasmussen est convaincu que les socialistes gagneront les élections. « Les gens dans la rue me demandent où l'on va. Ils veulent qu'une orientation soit prise car ils ont peur », affirme-t-il en faisant allusion à la passivité de Durão Barroso. D'après lui, la Commission ne fait pas le nécessaire pour lutter contre la crise et l'absence d'impulsion de la part de la chancelière allemande Angela Merkel se fait sentir. Mais pour savoir qui il pressent à la présidence de la Commission européenne, il faudra encore attendre quelques jours.

(PSE)

Indécision. Non, disons plutôt calcul stratégique. Rasmussen a annoncé que d’ici la mi-février, le PSE ne prendra aucune décision. « Ne dites pas que je vous ai dit que je ne me présente pas, mais ne dites pas non plus que j'ai dit que je me présente », dit-il avec précaution. L'Europe pourrait enfin voir se développer une stratégie électorale à l'échelle continentale. 

Investissements publics et faibles baisses d'impôts

En Espagne, le nombre de chômeurs a augmenté d'un million en un an. « Pour garantir l'emploi, nous devons multiplier les investissements durant les deux prochaines années. » C'est en effet ce qu'ont commencé à faire la Commission européenne et les Etats, mais aux yeux de Rasmussen, « la Commission souhaite interrompre le processus trop tôt et ainsi cela ne servira à rien. » « La priorité pour moi, c’est ce que fait Zapatero, à savoir lier les investissements aux créations d'emploi : dans l'éducation, les infrastructures, les projets écologiques et énergétiques comme l'industrie solaire et éolienne... , reprend Rasmussen. Les baisses d'impôts ne sont plus pertinentes car les gens ont peur et l'argent qu'ils économiseront, ils le planqueront sous le matelas. »

Rasmussen distingue la baisse d’impôts et la baisse de la TVA. C’est cette dernière option qu’a choisi le travailliste Gordon Brown qui est le premier homme politique en Europe à avoir pris des mesures contre la crise économique. « Il faut bien voir que baisser la TVA n'est pas la même chose que baisser l'impôt sur le revenu : en baissant la TVA, les biens deviennent meilleur marché et les gens recommencent à consommer plus », poursuit Rasmussen.

La flexicurité, un plat qui n'est pas au menu de l'Etat-providence

« Il faut penser aux plus pauvres », reprend celui qui, à la faveur de la crise, retrouve les valeurs classiques de la social-démocratie : « Une société juste, inclusive et avec des emplois pour tous. » Egalement économiste, le Danois milite en faveur d'un remodelage de la législation du travail pour qu’au lieu de faciliter les licenciements, on facilite la réduction de la durée du travail des travailleurs en difficulté, pour qu'ils puissent se recycler grâce à des formations et des diplômes financés par l'Etat. « Ainsi, quand l'économie reprendra de nouveau, ils seront prêts à postuler pour des emplois plus qualifiés », conclut-il.

On se rapproche de la « flexicurité », un concept qui fait très peur aux Italiens, aux Français, aux Espagnols et aux Portugais. « Le modèle danois s'est construit en 35 ans et ne peut s'appliquer tel quel à des pays ayant une histoire différente, rassure Rasmussen. En plus, au Danemark, 10 % du PIB est destiné à l'éducation, alors qu'en Espagne seulement 1,3 %. Ce qui est sûr, c'est qu'avec la mondialisation, nous changerons de travail bien plus souvent. Ce qui m'amène à dire à Sarkozy que son idée de la flexicurité, c’est-à-dire beaucoup de flexibilité et aucune sécurité, n'est pas le bon ; et à Merkel, je lui dis que beaucoup de sécurité et peu de flexibilité n'est pas non plus recommandable. »