Politique

Porno et politique : quand voter est un plaisir

Article publié le 16 mai 2011
Article publié le 16 mai 2011
Des femmes faisant corps avec la politique, aux expériences politico-sexuelles à l’heure de voter, en passant par des candidates revendiquant leur cause en tenues légères ; au-delà de Berlusconi et de ses vélines, les relations entre érotisme et politique prennent forme dans toute l’Europe. La politique se dévoile sans complexe sur cafebabel.com... à en rendre DSK tendance.

Femme d’âge moyen, blonde, à forte poitrine… On pourrait croire qu’il s’agit d’une annonce de site de rencontre, et pourtant nous avons bien à faire à une affiche électorale ! En effet, c’est ainsi que Soledad Sánchez Mahomed, du Parti démocrate de Ciutadella, fait la promotion de sa candidature aux élections municipales de cette ville de l’île de Minorque. Sous le slogan « Deux arguments de poids », la photographie représente les mains d’un homme empoignant avec force le buste d’une femme, laissant voir une grande partie de son anatomie. Un pari risqué qui lui a coûté la plainte d’un rival électoral. L’Allemagne sait également de quoi il retourne avec la candidate Vera Lengsfeld, du parti conservateur de la CDU, dans le district berlinois Friedrichshain-Kreuzberg. Sur son affiche de campagne, elle apparaît au côté de la chancelière Angela Merkel et toutes deux arborent un décolleté plongeant sous le slogan « Nous avons plus à vous offrir ».

L’obtention de voies... à tout prix

« Ne sachant plus comment se faire remarquer, il leur faut recourir à des techniques publicitaires »

Voilà seulement deux exemples de l’usage, toujours plus fréquent, d’images érotiques dans la promotion de candidatures politiques. La politique et le sexe s’attirent de plus en plus et leur relation semble être productive. Au fur et à mesure, l’utilisation du sexe s’est immiscée dans les campagnes électorales comme un moyen d’impact fort, à la fois polémique et efficace. Bien que cela hérisse les poils des plus puritains, le recours à des images obscènes garantit la présence médiatique du candidat et de sa campagne. Selon Javier del Rey Morató, professeur en Communication politique à l’université Complutense de Madrid, « le discours politique est mis en scène. Ne sachant plus comment se faire remarquer, il leur faut recourir à des techniques publicitaires, et le rapport entre communication politique et publicité est de plus en plus intime. Neil Postman disait déjà que de nos jours, la métaphore de la communication politique est le message publicitaire. »

L’exemple des dernières élections en Catalogne est flagrant, avec trois formations politiques s'étant prêtées au jeu. Les jeunes du Parti socialiste de Catalogne ont lancé une vidéo recréant une journée électorale à la « 9 semaines 1/2' ». Une jeune fille va voter et au moment de déposer son bulletin dans l’urne, la libido démocratique fait effet : c’est l’orgasme assuré. Le spot électoral a déchaîné la critique et certains l’ont même jugé sexiste. Quant à la candidate à la Generalitat, Montserrat Nebrera, elle a également fait usage d’un spot érotique à des fins électorales tandis que son adversaire s’affichait en compagnie d’une célèbre actrice porno espagnole.

Quand le moyen se substitue au message

Pour certains il ne s’agit pas uniquement de vendre un candidat, mais bien de dénoncer une cause politique en utilisant des scènes d’une époque nouvelle. Les images érotiques ne sont pas l’apanage des campagnes publicitaires, mais peuvent parfois être utilisées comme instrument de protestation. En 2007, l’écrivaine polonaise Manuela Gretkowska, fondatrice du Parti des femmes, a décidé de concourir aux élections sans complexe pour revendiquer le rôle des femmes sur l’échiquier politique polonais. Et c’est effectivement sans complexe qu’elle l’a fait, se montrant sur son affiche électorale accompagnée d’autres femmes, toutes en tenue d’Eve. « L’affiche n’a pas de caractère pornographique, mais elle rompt clairement avec le tabou de la nudité et l’idée que les femmes ne peuvent pas être acteurs de la vie politique », a-t-elle argumenté au cours d’un entretien avec le journal espagnol El País.

Fondé par Manuela Gretkowska en Pologne pour revendiquer le rôle des femmes sur l'échiquier politiqueLe nudisme fait rage. En 2006, Albert Rivera, candidat au gouvernement catalan, s’est lui affiché seul en tenue d’Adam. À travers l’image, ces hommes et femmes politiques entendaient symboliser leur désintérêt de tout ce qui n’avait pas trait au bien-être des personnes. « Nous nous intéressons uniquement à la personne, peu importe ton lieu de naissance, ta façon de t’habiller, la langue que tu parles, ce qui nous importe c’est toi ». Nus ou habillés, tant Mme Gretkowska que M. Rivera prétendaient vendre un message par l’intermédiaire d’un système racoleur. Mais, pour paraphraser M. Mcluhan, le moyen finit-il par se substituer au message ? Lorsque les hommes politiques se mettent à nu, ne finissent-ils pas par occulter les propos qu’ils souhaitent défendre ?

Frivolité et premières dames

Du nu de Manuela Gretkowska aux péripéties d’une star du porno, un thème fondamental transcende tous ces exemples : la politique n’est-elle pas de plus en plus frivole ? Nous interrogeons à nouveau M. Morató. « Dans une société frappée par l’absence de toute idéologie, la banalisation du message est un recours très fréquent. L’information esthétique prime sur l’information sémantique, l’intérêt humain sur la complexité, et le recours à la publicité prend le pas sur les messages liés aux programmes politiques. »

Sexe et élections mis à part, la banalisation de la politique englobe bien d’autres aspects. Les médias accordent bien trop de crédit aux aspects futiles de la classe politique ; ces informations accaparent d’ailleurs bien souvent les premières places dans les listes des informations les plus consultées. Qu’il s’agisse des commentaires sur la vie extraconjugale des dirigeants − l’ancien président Aznar en a quelques fois fait les frais − ou bien encore de l’analyse du style de leurs compagnes, telles que Carla Bruni ou Miriam González Durantez, femme du vice-premier ministre britannique Nick Clegg.

2011 est une année d’élections et la locomotive électorale va se remettre en route. Mais finira-t-elle par passer sur le corps de la politique ?

Photo : (cc) Cless/flickr