Politique

Pologne : une corruption sans fin

Article publié le 9 octobre 2007
Article publié le 9 octobre 2007
La campagne électorale, pour les élections législatives, entre scandales et ‘décommunisation’, vient de commencer en Pologne. Avec seulement deux ans d'avance.

Mais qu'ont fait les Polonais pour mériter ça ? Le parti conservateur Droit et Justice (PiS) actuellement au pouvoir après avoir remporté les élections parlementaires de 2005, avait déjà tenté, pendant toute la durée de sa campagne, d’opposer la Pologne « solidaire » et la Pologne libérale.

Durant sa course à la victoire, le PiS a multiplié le recours à des notions comme « la restauration de la morale », « la purification », « la décommunisation », « le combat contre la corruption ». Son leader, Jaroslaw Kaczinsky, s’est plusieurs fois opposé à la « la collaboration » de membres de la sphère économico-politique ou de journalistes avec les services secrets communistes. Le PiS a par ailleurs plusieurs fois évoqué la création d’une ‘quatrième République’, enfin libérée des communistes.

A l’époque et jusqu'à la semaine précédant les élections, le parti Droit et Justice était convaincu de sa capacité à former rapidement une coalition pour gouverner. Erreur. Car de nombreux différends sur le programme et des divergences entre les instances dirigeantes associées au PiS ont empêché tout accord d'aboutir. Si le PiS est parvenu à obtenir une majorité parlementaire, c’est uniquement grâce au soutien de deux partis ultra-conservateurs et controversés : la Ligue pour les familles polonaises (LPR) et Samoobrona (Défense nationale de la république polonaise).

L’alliance a eu lieu et ce, malgré les dénégations répétées du Premier ministre Jaroslaw Kaczynski qui avait déclaré, durant la campagne, qu'il ne coopérerait jamais avec Andrzej Lepper [député et leader de Samoobrona]. Ce mensonge de Kaczinsky n’éatit finalement que le premier d’une longue série, annonciatrice du fait que le PiS ne serait probablement pas en mesure de tenir ses promesses électorales.

Les évènements des mois suivants en témoignent : fuites soudaines et « temporaires » d'informations provenant des archives de l'Institut de la Mémoire Nationale (IPN), critiques envers la Cour Constitutionnelle, népotisme, déclarations de mauvais goût du porte-paroles du gouvernement, licenciement de ministres sans motif apparent, disputes sans fin au sein de la coalition... Le tout au nom de la lutte contre « la collaboration ».

Fuites d'informations

Mais la crise politique ne s'est réellement déclenchée qu’avec la loi de lustration, votée en mars 2007. Car le processus n’a pas seulement concerné les anciens communistes ou les liens qu’ils entretenaient avec les services secrets mais principalement des personnes faisant partie de l’entourage proche des Kaczynski.

Au départ, c’est le député Andrej Lepper, représentant de Samoobrona, qui a été accusé. On a tenté de le piéger avec un pot-de-vin de 3 millions de zlotys [800 000 €, ndt] pour donner son feu vert à la reconversion d’une terre agricole inexistante en espace touristique. Pure provocation. Dans une interview télévisée, Lepper a par la suite affirmé que c’était Zbigniew Ziobro, ministre de la Justice et proche collaborateur du Premier ministre, qui l'avait au préalable averti du danger.

Suite à cette confession médiatique a commencé une chasse au coupable qui a déclenché la plus grande crise politique en Pologne depuis la chute du communisme. Conséquence : la dissolution de la Sejm [la chambre basse du Parlement] et l’organisation d’élections anticipées d’ici deux ans.

Le début de la fin

Du jour au lendemain, Janusz Kaczmarek, ministre de l'Intérieur et de l'Administration publique -et autre proche du président Lech Kaczynsky-, est devenu le principal suspect pour ces fuites d'informations. Arrêté en août par l’Agence de sécurité intérieure (ABW)

dans le cadre d'une entrave à la justice dans l'enquête sur une fuite concernant une opération du Bureau anticorruption (CBA), au ministère de l'agriculture,

Kaczmarek a plaidé non coupable. Le Premier ministre et le ministre de la Justice ont par la suite expliqué que la nomination de Kaczmarek au gouvernement était une erreur. Le président a même déclaré que « Janusz Kaczmarek est la plus grande déception de ma vie ».

D’autres hauts responsables ont été arrêtés : le ministre de l'Intérieur, le ministre de l'Administration publique -qui sera relâché un peu plus tard parce que le tribunal a considéré qu'il avait été arrêté illégalement-, mais aussi l'ancien chef de la police, le directeur de la plus grande compagnie d'assurance polonaise ‘PZU SA’ et un homme d'affaire très connu. Quelques semaines avant le comme du Premier ministre et l'homme d'affaire était unanimement considéré par ses pairs comme «un homme bon et honorable».

L'opposition a bien tenté de critiquer l’attitude du pouvoir, accusant Kaczinsky d’ignorer la morale et d’utiliser des méthodes dignes de la police secrète, allant à l’encontre de la démocratie. En guise de réponse, le Premier ministre a affirmé que c'était la méthode du PiS pour combattre «les traîtres » Jaroslaw Kaczinsky ne se montre guère inquiet quant à l’actuel imbroglio politique.

Selon lui, tous ces événements ont eu lieu pour que la «normalité» puisse être restaurée en Pologne. Porcéder à des arrestations sans raison, qualifier les journalistes de «vautours» et traiter les citoyens qui ne supportent pas l’actuelle politique du gouvernement «d’académistes vicieux». Un beau programme en perspective ?