Politique

Podemos et Syriza : les deux faces d’une même pièce ? 

Article publié le 18 mars 2015
Article publié le 18 mars 2015

La presse européenne associe sans cesse Podemos et Syriza en raison de leur discours politique opposé aux mesures d’austérité et de la relation étroite entre Pablo Iglesias et Alexis Tsipras. Cependant, la prudence est de rigueur et il vaut mieux éviter de lier la performance électorale de Podemos au mois de novembre prochain avec les résultats de Syriza.  

Réalités contrastées

Tout d’abord, Alexis Tsipras remet en question l’Union européenne en raison de circonstances très différentes : contrairement à l’Espagne, la Grèce est confrontée à une crise dans laquelle le désespoir social est total. Cette crise est d’ailleurs sur le point de se transformer en crise humanitaire. D’un point de vue économique, les deux partis sont exposés à des réalités contrastées. En effet, l’État grec a été renfloué à plusieurs reprises pour un montant total estimé à 240 milliards d’euros. Sa dette publique représente 176% du PIB national et plus de 3,7 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté. L’Espagne a, quant à elle, connu une trajectoire économique légèrement plus positive : elle a résisté au programme de la troïka (la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international). Le pays n’a reçu que 41 milliards d’euros provenant des fonds européens afin de sauver son secteur bancaire et il a fini de rembourser le plan d’aide l’année dernière. De plus, l’Espagne connaît son taux de croissance le plus élevé depuis 2007 selon les estimations et la reprise macroéconomique est en cours. Podemos aura vraiment du mal à lutter contre ces faits, même si les citoyens moyens n’en profiteront pas. Le mécontentement disparaît petit à petit.

Outre la situation économique, l’opinion publique au sujet de l’Union européenne varie fortement entre les deux pays. Seuls 45% des Grecs se considèrent comme des citoyens européens, contre 70% en Espagne. C’est précisément parce que les Grecs estiment que l’Union européenne les a mis dans de beaux draps que Tsipras a pu tirer profit de ce sentiment de contestation envers la troïka. C’est l’occasion pour lui de rester cohérent, chose parfois compliquée en politique. En Espagne, Pablo Iglesias aura bien plus de difficultés à y arriver sans porter atteinte à son intégrité, qui – comme certains le pensent – reste encore à démontrer.

En effet, l’ambiguïté idéologique est un autre élément qui différencie Podemos de Syriza. Tsipras défend ouvertement les idéaux de gauche et identifie clairement son parti comme un ensemble cohérent. De son côté, Iglesias évite toute identification et évoque des propositions séduisantes et creuses basées sur le populisme. Rien ne manque au supermarché idéologique de Podemos, si ce n’est bien sûr des estimations de coûts concrètes. La structure de ses objectifs, classés par ordre de priorité et quantifiés de manière hiérarchique, a notamment permis à Syriza d’accéder au pouvoir. Le parti consacre des budgets et objectifs spécifiques aux trois piliers de dépenses (les besoins humanitaires, les pensions et la restructuration des salaires ainsi que les incitations à la croissance macro-économique). Ils ont pris leurs responsabilités vis-à-vis de la société grecque en prenant des risques et en dévoilant toutes leurs cartes.

Les principaux besoins de Podemos

Un parti tel que Podemos, sans aucune histoire ni tradition, se doit d’avoir un programme électoral particulièrement fort et des idées très claires s’il désire gouverner après les élections de novembre. Jusqu’à présent, il a réalisé un travail admirable en lançant un signal d’alarme bien nécessaire aux partis espagnols traditionnels (le parti populaire PP et le parti travailliste PSOE) et en bouleversant le paysage politique espagnol. Il ne s’agit toutefois que d’une stratégie à court terme. Le parti doit être prudent à cet égard s’il ne veut pas faire figure de simple agitateur dans les livres d’histoire.

Pour finir, Podemos a besoin d’alliés – et des alliés de taille – s’il veut obtenir une partie du pouvoir lors des prochaines élections espagnoles. Lorsqu’Alexis Tsipras est parvenu à un accord de coalition avec Panos Kammenos, le leader du parti de droite anti-austérité « Les Grecs indépendants », il a prouvé qu’il était assez flexible pour mettre de côté les différences idéologiques afin d’affronter l’ennemi commun : l’Allemagne. Quelle est la probabilité pour que l’Espagne parvienne à une situation similaire ? Elle est faible à vrai dire. Podemos devrait s’allier à un parti bien plus grand puisque, selon les prévisions actuelles, la formation de Pablo Iglesias récoltera entre 20 et 30% des suffrages, ce qui est donc loin de la majorité absolue. La seule option possible serait une alliance avec le PP et le PSOE, qui sont précisément les partis dont Podemos cherche à se démarquer. L’intégrité du parti d’Iglesias volerait en éclats si cela arrivait. D’ailleurs, le bruit court de plus en plus que les deux partis traditionnels espagnols seraient prêts à s’entendre afin de maintenir le bipartisme en Espagne et de tenir Podemos à distance.