Politique

Petit guide d’apprentissage du serbe (à partir du croate, monténégrin et bosniaque)

Article publié le 5 octobre 2011
Article publié le 5 octobre 2011
Pour saluer la Journée européenne des langues le 26 septembre, cafebabel.com essaie d’apprendre le serbe. Le « langue-roquettes » nous propulse des anciennes planètes « Alphabet Cyrillique » et « Alphabet Latin », vers un autre univers lexical.

Avant toute chose : la langueserbe, c’est l’histoire de deux alphabets. Ce qui ressemble à un B en latin est un V en cyrillique. De même, ce qui ressemble à un H en latin est en réalité un N en cyrillique. Le P se prononce « Rruh » et Y se prononce « Ooh ». Un symbole cyrillique ressemblant à une araignée égyptienne peut-être interprété comme une grenouille, comme l’explique le professeur serbe à son audience majoritairement francophone : ainsi, la logique voulant que la grenouille dise « Jabba », on pourra se rappeler de cette lettre, Ж,  comme d’un « Je ».

En apprenant le serbe dans ce cours introductif de 90 minutes organisé par la Maison d’Europe et d’Orient de Paris pour la Semaine des cultures étrangères, on se voit également inculquer des morceaux de la même phrase en croate : bonsoir se dit « Dobro veče » en serbe, et « Dobra večer » en croate. Comment un étranger peut-il donc mesurer les subtilités du serbe dans cette famille de langues (qui autrefois n’en formaient qu’une) que nous appelons serbo-croate et que certaines écoles désignent par l’encombrant BCMS (Bosnien, Croate, Monténégrin et Serbe) ? Hormis les variantes d’accents et de vocabulaire, la base des bosnien, croate, monténégrin et serbe standards est un même dialecte, le Chtokavien. Si vous entendez quelqu’un parler la version « Ekavien » (oriental) de ce dialecte (le mot signifie que le focus se fait sur la voyelle E) vous saurez qu’il est serbe. Vous reconnaîtrez les Bosniaques, Monténégrins ou Croates à leur dialecte « Jekavien » (« occidental »), ce qui signifie qu’ils ajoutent la voyelle « ye » aux mots. Par exemple, « lait » en serbe est « mleko », en croate, bosnien et monténégrin, il devient « mlijeko ».

Depuis la guerre des années 1990 dans l’ancienne République fédérale socialiste de Yougoslavie et l’indépendance de ses anciennes républiques qui s’en est ensuivie, chaque langue a évolué à sa propre manière. Les Bosniens parsèment leur vocabulaire de mots peu utilisés à l’est, souvent d’origine turque ou arabe (grâce à l’influence de l’Empire ottoman). Les Monténégrins ont introduit une lettre supplémentaire à leur alphabet qui s’ajoute aux S et Š préexistants : c’est un Śsha ») avec un accent qui semble français, aussi bien qu’un Źseh »). Tandis que les Croates s’attachent à créer des néologismes, le Serbe reste proche de son identité cyrillique, poussant au maximum l’utilisation de cet alphabet au-devant du latin, ce qui apparaît clairement dans les journaux imprimés et livres du pays. Les journaux ou webzines serbes qui ne suivent pas cette tendance sont de tradition plus démocratique et politique.

Le « guide rapide » passe spectaculairement au niveau supérieur avec la question plutôt vague que je pose : « Et qu’en est-il du macédonien ? » Je me lance et développe ma pensée : selon moi, le serbo-croate doit être aussi parlé en Macédoine (ou ARYM, Ancienne République yougoslave de Macédoine), plus balkanique, parce qu’enclavée dans les Balkans, contrairement à la Slovénie, compatriote d’ex-Yougoslavie, qui épouse l’Italie,la Hongrie et l’Autriche et qui, je sais, a sa propre langue. En fait, il s’avérera que les Macédoniens ont leur propre langue, plus proche du bulgare. Mais c’est une autre histoire, et une autre occasion de mettre les pieds dans le plat !

Merci à Natasa Dzigurski-Dubajic, présidente de l’atelier parisien des langues et de cultures slaves, une association basée à Paris.

Photos: (cc) George Jefferies/ Flickr