Politique

Pas de drapeau européen sur le château de Prague

Article publié le 27 octobre 2008
Article publié le 27 octobre 2008
Le très eurosceptique président tchèque, Vaclav Klaus, ne tolérera pas de voir flotter la bannière bleue étoilée de l’Europe au-dessus de sa résidence officielle, même pendant la présidence pragoise du Conseil européen.

(Photo: Commission européenne)Le drapeau européen flottera-t-il sur le château de Prague à côté du drapeau tchèque ? Cela devrait normalement être le cas lorsque la République tchèque exercera la présidence du Conseil de l’Union européenne au premier semestre de 2009 mais le châtelain de Prague, le très eurosceptique président Vaclav Klaus, s’y refuse absolument. « Il n’y a aucune raison de hisser le drapeau européen », a-t-il déclaré le 14 octobre, à Prague, via son porte-parole. « Nous sommes également membre de l’Otan et de l’Onu et nous ne hissons pas plus leur drapeau », a ajouté le porte-parole.

Depuis 2004, date à laquelle la République tchèque a rejoint l’Union, Klaus refuse de laisser flotter en permanence le drapeau européen sur le château de Prague. « Nous ne sommes après tout pas une province de l’UE », déclarait-il déjà à cette époque. Le drapeau tchèque ne peut en aucune manière flotter à l’ombre d’un quelconque autre drapeau. Le prédécesseur de Vaclav Klaus, Vaclav Havel, avait à l’époque qualifié de « proprement scandaleuse » cette attitude du président en exercice.

On se souvient à Prague qu’à la veille de l’accession de la République tchèque à l’Union européenne, Klaus avait souhaité se rendre sur le mont Blanik qui, selon la légende, abrite des chevaliers de Bohème, censés se réveiller si la patrie est menacée. La plupart des Tchèques ont sourit de cette plaisanterie de leur président. Que les « grands » de l’UE goûtent les mots d’esprit de Klaus est une autre histoire…

La chair de poule de Bruxelles

(Commission européenne)Le fait est que certains commencent déjà à avoir des frissons à l’idée que Klaus assume la présidence du Conseil de l’UE. Un hochement de tête général a salué les félicitations euphoriques qu’il a adressées aux Irlandais après leur « non » au référendum sur le traité de Lisbonne. « Cela sonne la mort définitive de Lisbonne », ont exulté les eurosceptiques des rives de la Moldau.

Avec cette prise de position, Klaus se retrouve en contradiction avec son propre gouvernement. Le Premier ministre, Mirek Topolanek, et le ministre des affaires étrangères, le prince Karel Scharzenberg, n’ont pas été particulièrement ravis du mandat que leur a donné Klaus d’arrêter immédiatement le processus de ratification du traité de Lisbonne par la République tchèque après le « non »  irlandais. « Nous avons tous deux souscrit au traité et ne pouvons pas, comme cela, sans hésitation, revenir en arrière », estime Mirek Topolanek.

Rien n’est cependant acquis définitivement sur les bords de la Moldau à propos du traité de Lisbonne. La Cour constitutionnelle tchèque examine actuellement si le traité n’est pas en contradiction avec la constitution tchèque. Pourtant, même si la Cour ne devait formuler aucune objection, il n’est pas évident que Klaus ne refuse pas en fin de compte de contresigner la ratification, ce qui est obligatoire.

De quel côté se range la République tchèque ?

Le gouvernement pragois se demande maintenant quelles fonctions peuvent revenir à Klaus au premier semestre de 2009. La casquette de président du Conseil reviendra véritablement au Premier ministre, Mirek Topolanek, mais à Klaus doivent également échoir des fonctions de représentation. La question qui reste à résoudre est de savoir lesquelles.

Une chose est certaine : une réunion au sommet entre l’Union européenne et la Russie doit avoir lieu dans le semestre. Vaclav Klaus est-il seulement le mieux placé pour animer une telle rencontre ? Lors du conflit dans le Caucase, contrairement à la plupart des autres chefs d’Etat de l’UE, il s’est placé du côté de la Russie et a désigné le chef d’Etat géorgien comme le véritable responsable de la crise. Il est difficile de se représenter comment, lors du sommet avec les Russes, Klaus pourra défendre la position européenne.

Une rencontre au sommet entre l’Union européenne et les Américains pourrait également être à l’ordre du jour. Les Européen vont vouloir essayer de « sermonner » le nouveau président américain sur la question du réchauffement climatique de la planète contre lequel il devrait faire davantage que son prédécesseur George W. Bush. Mais sur ce thème également, la position de Klaus diverge de celle des Européens. Il parcourt d’ailleurs sans se lasser différents pays pour promouvoir son dernier livre dans lequel il conteste fermement qu’il y ait réchauffement global. Il est relativement vain d’attendre de lui qu’il change fondamentalement de position sur le sujet.