Politique

« Non » en Irlande, « non » à la candidature croate ?

Article publié le 22 juillet 2008
Article publié le 22 juillet 2008
Le référendum du 13 juin dernier, qui a donné un vote historique contre le Traité de Lisbonne, a mis un frein à toute poursuite de l’élargissement de l’Union.

La réaction qui a suivi le référendum irlandais sur la constitution ressuscitée a été spectaculaire, à travers toute l’Europe. Le 17 juin, lors de l’ouverture du sommet de Bruxelles, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy se sont exprimés sur le sujet : « Non à Lisbonne, non à l’élargissement !». Le 1er juillet, le président polonais Lech Kaczynski a ajouté dans un entretien au quotidien Dziennik : « le traité de Lisbonne est mort ». Quant au président tchèque euro-sceptique, Vaclav Klaus, il a acquiescé. Le « non » irlandais pourrait donc provoquer un nouveau blocage dans la machinerie européenne, menaçant ainsi les perspectives d’élargissement pour des pays comme la Croatie.

Faire entendre la voix des Croates

L’adhésion de la Croatie s’est accélérée en 2008. Deux nouveaux chapitres seront ouverts au cours des six mois de la présidence française de l’Union européenne (UE), dans la dernière moitié de l’année 2008. Actuellement, 18 des 35 chapitres ont été ouverts avec succès.

Mais économiquement, la Croatie connaît des difficultés. Les prix de l’alimentation ont augmenté de 7,5 % en 2008, s’ajoutant ainsi au pessimisme lié au chômage, qui se situe à 30% au-dessus du taux de chômage moyen dans l’Union européenne. Un article publié le 11 juillet dernier dans le plus grand quotidien croate Večernji List montre que 82% des citoyens croates interrogés ont l’impression qu’on leur impose une voie à suivre. 57% déclarent que la voix de la Croatie n’est pas prise en compte. Ils craignent pour leurs pêcheries, leur agriculture et leurs ports ; l’UE devrait être plus sensible à ces questions.

D’autres efforts doivent être faits pour adapter le pays aux standards européens. Le système judiciaire corrompu est en train d’être réformé, les relations diplomatiques avec la Serbie s’améliorent et le processus de Bologne a été adopté en 2005. Mais les critiques de l’Eglise à l’égard du gouvernement démocrate chrétien sont en train de croître. Ainsi, suite à l’adoption d’une loi anti-discrimination le 9 juillet dernier, l’archevêque Josip Bozanić, à la tête de l’Eglise catholique romaine de Zagreb, se plaint : « quelques groupes politiques forcent la société croate à changer, prétextant que ce sont les changements que l’UE attend de nous. »

71% des Croates sont toujours pro-européens

Stjepan Mesic | Crédits : Bertelsman StiftungDans un article paru le 27 juin dernier sur sa version en ligne anglophone, le magazine d’actualités hebdomadaire croate, Nacional Neovisni, rapporte qu’au sein de l’UE, « le scepticisme au sujet de l’entrée de la Croatie va croissant, tandis que les autorités croates et les diplomates soutiennent le contraire ». Les recherches réalisées par Večernji List et l’agence Puls ajoutent que 71% des Croates sont pour l’adhésion à l’UE, tandis que 52% des citoyens européens sont partisans d’une adhésion de la Croatie, après celle, éventuelle, de la Norvège, de l’Islande et de la Suisse.

En attendant, le sentiment général en Croatie n’est pas devenu anti-irlandais. Les deux pays sont catholiques, tous les deux partagent une histoire nationale similaire. Les Croates considèrent le vote irlandais comme l’expression d’un droit démocratique, même si cela doit avoir des répercussions sur leur adhésion. Le président croate, Stjepan Pesic a cependant fait remarquer : « maintenant que l’Irlande a utilisé son adhésion et les fonds structurels, maintenant qu’elle s’est énormément développée, je suis un peu surpris que le temps de la solidarité soit terminé. » On admet néanmoins que le « non » irlandais est dû à une mauvaise campagne d’information : ne blâmez pas les citoyens, mais plutôt les politiciens !

18 mois pour les Irlandais, 2012 pour les Croates ?

Opatija / Croatie | L'UE entendra-t-elle les sirènes de la Croatie ? | Paco CT/flickr

Et maintenant qu’est-ce qu’on fait ? Le sommet européen d’octobre 2008 ne pourra être fructueux que si l’unanimité des 27 membres est obtenue. La ratification du traité de Lisbonne va continuer sa route avec une date butoir fixée à janvier 2009. Mais les élections européennes de juin 2009 vont-elles être organisées selon les règles actuelles issues du traité de Nice ou selon les règles prévues dans le traité de Lisbonne ? Pour Chantal de Bourmont, ambassadeur de France en Slovénie – qui présidait le Conseil au premier semestre 2008 – « ce n’est pas à nous de dire aux Irlandais ce qu’ils doivent faire, mais c’est à eux de nous dire ce qu’ils veulent. » Au cours du débat irlandais interne, les autorités ont laissé entendre que l’Irlande aurait besoin de 18 mois avant de pouvoir s’exprimer à nouveau.

De retour en Croatie, la sphère politique a évidemment la frousse après le « non » irlandais. La coalition au pouvoir du Premier Ministre Ivo Sanader et du président Stjepan Mesic se fait autant que possible l’écho des hommes politiques étrangers comme l’autrichien Hannes Swoboda, rapporteur au Parlement Européen pour la Croatie (« 2012 est une date d’adhésion probable »), ou Sarkozy (« Nous devons continuer les négociations »). Le blocage actuel pourrait renforcer les eurosceptiques (principalement les partis de droite) en Croatie et porter une atteinte politique aux partis pro européens. Dans tous les cas, avec les élections locales prévues en mai 2009, les discussions sur une adhésion à l’UE pour 2009 (comme le laissait entendre la rumeur jusque récemment), 2010, 2011 ou même 2012 vont être considérablement réduites au silence.