Politique

NOlimpia : Budapest contre les Jeux Olympiques

Article publié le 28 février 2017
Article publié le 28 février 2017

Un groupe de jeunes hongrois, qui se font appeler « Les orphelins politiques » viennent de boucler avec succès une campagne pour retirer à la ville de Budapest sa candidature aux JO de 2024. Le mouvement, dont l’ambition est de devenir un parti politique, souhaite que les Hongrois reprennent le contrôle démocratique de leur vie.

Après que Hambourg, Boston et Rome ont retiré leur candidature pour les Jeux Olympiques de 2024, la campagne de NOlimpia affirme que c’est au tour de Budapest. Le but des organisateurs - un mouvement de jeunes hongrois appelé Momentum Mozgalom - était de rassembler 138 000 signatures des habitants de la capitale pour qu’un referendum local ait lieu sur la question. Malgré l’apathie politique générale et le mauvais temps de janvier, plus de 266 000 personnes signeront le texte. Par ailleurs, cette campagne n’était pas le premier coup d'essai en vue d'obtenir un référendum : la Cour suprême du pays avait déjà décliné plusieurs pétitions pour demander une consultation au niveau national.

Au premier abord, la raison pour laquelle tant de Hongrois se sont levés contre l’évènement n’est pas évidente. Bien que n’ayant jamais été choisie pour les organiser (Budapest a déjà tenté cinq fois de soumettre sa candidature, ndlr), la Hongrie est l’un des pays qui a remporté le plus de médailles dans l'histoire des Jeux Olympiques dont 175 breloques en or qui classent le pays au 8ème rang mondial. Certains affirment que la campagne pour un nouvel « Agenda-2020 » et des « Jeux moins coûteux » mené par le Comité International Olympique (CIO) en décembre 2015 visait indirectement la Hongrie. Mais dans le pays corrompu et autocratique de Victor Orbàn, les JO promus par le gouvernement sont aussi perçus comme un moyen pour détourner l’attention des citoyens des problèmes économiques et sociaux plus sérieux. Un aspect beaucoup moins problématiques pour les autres villes candidates : Los Angeles et Paris.

Au contraire de Budapest, ces villes ont aussi l’avantage de posséder au préalable la plupart des équipements sportifs et des hébergements nécessaires. La candidature hongroise s’avère, quant à elle, être un enjeu personnel pour Orbàn, dont la réputation de fan de sport n’est plus à prouver. Le gouvernement a déjà dépensé des sommes irrationnelles dans le sport quand d’autres postes de dépenses publiques comme l’éducation et le système de santé restent sérieusement sous dotés et incapables d’assurer leur fonction.

Course de fond politique

Les leaders du mouvement Momentum se réfèrent souvent à l’exemple grec. Depuis qu'Athènes a organisé ses Jeux, le pays a plongé dans une période de récession économique et de tourment politique. Le cas hongrois est assez similaire : la Hongrie est un petit pays avec une économie faible et un fort risque de corruption, manifestement incapable d’organiser des Jeux qui lui soient profitables puisque les dépenses sont quasiment toujours plus élevées que ce qui a été calculé au départ, même dans des pays moins corrompus. Les prévisions pour les JO de 2024 à Budapest s'élevaient à 3 000 milliards de forints, soit 9,76 milliards d'euros. Une fortune dans un pays où les écoles et les hôpitaux ne peuvent même pas se payer des rouleaux de papier toilette.

Si les championnats du monde de natation organisés par la FINA seront le plus grand évènement sportif jamais organisé en Hongrie en 2017, ils sont aussi une indication que le pays aurait fait faillite s'il avait accueilli les Jeux de 2024. L’évènement aura bien lieu en juillet mais les coûts sont déjà quatre fois plus élevés que ceux mesurés au départ. De plus, la candidature hongroise a manifestement été bardée de vices de procédure. Par exemple, elle ne prenait pas en compte les dépenses de sécurité, d'ordinaire substantielles. 

Les membres derrière le mouvement Momentum ont pour la plupart moins de trente ans et ont étudié ou travaillé en Europe de l’Ouest. Momentum, qui a pour ambition de devenir un parti politique, compte également prendre part aux élections de 2018 en revendiquant une ligne pro-UE. Pas vraiment une surprise quand on sait que ses membres ont grandi en bénéficiant d’une Europe sans frontières. Avec la campagne de NOlympia, ils ont construit et réussi leur premier acte public, en cherchant à éveiller les consciences sur cinq problématiques qui reprennent l'image des cinq anneaux olympiques : l’éducation, le système de santé, le logement, les infrastructures et la qualité de vie. La pétition qu'ils sont parvenus à popularise a reçu le soutien de plusieurs partis d'opposition dont celui des Verts (LMP), des sociaux-libéraux d'Együtt et même du fameux Parti du chien à deux queues. Fort de son succès, la jeunesse hongroise derrière le mouvement entend aussi délivrer un message positif. Le besoin d’identifier un vrai parti d’opposition en Hongrie est si fort, qu’il n’est pas difficile de les imaginer réussir.