Politique

Nichi Vendola, l'anti-Berlusconi

Article publié le 5 janvier 2011
Article publié le 5 janvier 2011
Catholique, homosexuel, communiste et écologiste, il s’est auto-proclamé comme l’unique adversaire de Silvio Berlusconi aux prochaines élections. Deux fois vainqueur aux élections régionales dans les Pouilles, il fait fi des pronostics et joue sur le soutien du « peuple ». Il a presque un an, les premières « fabbriche » se créaient.
Ces lieux de création où s'exprime la passion politique ont bourgeonné dans toutes les Pouilles, puis dans toute l'Italie. Aujourd'hui, le phénomène est mondial : Berlin, Barcelone, Londres, Vienne, New York, Lusaka et depuis peu, Paris. Tel est Nichi Vendola, poète, politique, mais surtout administrateur.

« Je me présente aux prochaines élections législatives contre Silvio Berlusconi pour mobiliser le centre-gauche » déclarait Nichi Vendola le 15 juillet dernier lors du discours de clôture des États Généraux des « Fabricche di Nichi », le réseau de ses sympathisants.

« Berlusconi rouge » ?

Cela s’est fait simplement: Vendola s'est senti en devoir de résoudre l’impasse dans laquelle se trouve le plus important des parti du centre-gauche italien et a ouvert le débat en interne... Pour certains, il incarne la cohabitation naturelle des deux âmes de la gauche italienne – la socialiste et la catholique - pour les autres ce n’est rien d’autre qu’un charlatan qui se cache derrière la poésie et la rhétorique, le promoteur d’un « leaderismo » dont la gauche n’a pas besoin, voire un « Berlusconi rouge ». Le résultat des primaires à gauche permettra de connaître la force de Vendola. Les primaires lui ont généralement été favorables, notamment au niveau régional, il a systématiquement enregistré des plébiscites, en prenant à contrepied les stratèges des partis.

Mais de là à dire qu’il est l’alter ego de Berlusconi, il y a un pas que Vendola ne fait pas. Tout en reconnaissant son don pour la politique, il souligne les différences entre leur deux populismes : « le mien, souligne-t-il, est un "populisme antipopuliste". Le populisme cherche à prendre aux tripes, en disant que le tzigane est l’ennemi. Moi par contre, je suis un populiste qui dit que les étrangers sont une ressource humaine, culturelle et économique qui nous est bénéfique ». Il insiste encore en expliquant comment « dans le berlusconisme, ce qu'il a réussi à offrir aux Italiens en les trompant habilement, c'est le "rêve" : la sensation de bien-être. Berlusconi l’a fait en utilisant les télévisions, les journaux et tous les moyens de communication qu’il avait à sa disposition ».

Passion e-politique

Parmi les différentes raisons de ses victoires dans les Pouilles, qui n'est « pas n’importe quelle région mais une région traditionnellement de droite avec une classe dirigeante qualifiée », songe-t-il à préciser, il faut noter qu'il a parcouru le « talon » de l’Italie de long en large pendant des années pour écouter les histoire des Apuliens. Sa capacité à émouvoir est aussi un des ses atouts. Durant ses discours, il sait faire renaître l’espoir chez son auditoire, même pour les plus sceptiques envers la politique. Au niveau stratégique, ses armes sont nombreuses : l'utilisation de Facebook ou des lettres-vidéo, la déclamation de slogans en poésie et surtout la force du réseau des « Fabbriche ». Ces dernière étaient à l'origine des comités électoraux, mais ont évoluées pour devenir un « réseau social lié par la passion pour la politique » comme il les définit lui-même. Lieux de création, d’engagement social et culturel, sorte d’alternative aux partis, les fabbriche sont essentiellement animées par des jeunes qui se reconnaissent dans le personnage Nichi.

L'anti-Gomorra

Mais au-delà du succès de sa stratégie de communication, le meilleur, c’est le Vendola administrateur. Avec lui dans le sud de l’Italie, celle de Gomorra, il y a un pays qui a réussi a s’éloigner du monde décrit par Roberto Saviano pour se transformer en un modèle vertueux. La région des Pouilles est en effet devenue une championne de l’écologie - en diminuant les émission de CO² de l’aciérie Ilva de Taranto et en soutenant le photovoltaïque - de l’eau publique - en entamant le retour de l’Aqueduc apulien Spa dans le patrimoine public - du travail à durée indéterminée - avec les « réinternalisation» critiquées puis bloquées par le Gouvernement Italien. Et surtout, il accorde une place importante aux jeunes : « Mettre les jeunes au centre du système économique dans une région (comme dans l’ensemble du pays) où la politique de la jeunesse n’a jamais existé. Avec le projet "Principi Attivi" par exemple, un jeune peut présenter un projet et recevoir jusqu’à 25.000€ de financement pour le démarrer. En signant le "Contrat éthique", les jeunes apuliens reçoivent des bourses d’étude pour un master ou une spécialisation effectué à l’étranger tout en s’engageant à revenir dans la région pour mettre leurs compétences à la disposition de la communauté qui leurs a permis de se former ».

Le « retour des cerveaux »

Le retour de Giuseppe Beccia dans les Pouilles est-il un petit miracle ou le signe d'un inversement du mouvement de la « fuite des cerveaux » ? L'Italie qui instruit et exporte tant de talents est confrontée en permanence aux départ de ses jeunes universitaires à l'étranger. Giuseppe Beccia a quant à lui décidé de renoncer à son travail et au renouvellement de sa bourse de doctorant a Bruxelles pour revenir dans sa commune apulienne et y démarrer un projet avec ses amis. Ce projet a remporté les « Principi Attivi » (un programme de la région des Pouilles visant à encourager la participation des jeunes à la vie du territoire). Mais pour Beccia, « ce n’est pas Nichi Vendola qui m’a fait revenir, je suis convaincu que Nichi Vendola n’est pas en soit la solution (je déteste penser qu'un dirigeant puisse à lui tout seul changer les choses!) mais parce qu’il y a actuellement dans les Pouilles un sentiment d’espérance qui se construit. J'ai l'espérance d’y construire ma vie, ma maison, voilà ce qui m’a donner envie de revenir. Aujourd’hui, dans les Pouilles, si tu vaux quelque chose et que tu as un talent, quelqu’un te dit : vas-y, nous te donnons une opportunité ».

Le plus grand mérite de Vendola, finalement, est d’avoir offert une place et des occasions à cette espèce d’Italie parallèle qui cohabite avec l’Italie « berlusconienne » : celle des petits artistes, des petits entrepreneurs et des chercheurs qui avaient fuit à l’étranger.

Photo : (cc)paride de carlo/flickr