Politique

« Un euro fort érode la compétitivité »

Article publié le 14 février 2007
Article publié le 14 février 2007
L’euro fête son 5ème anniversaire depuis son introduction comme monnaie d’échange au sein de la zone Euro, en février 2002. Et continue sa progression face au dollar.

30 % de plus. C'est la valeur actuelle de l'euro face au dollar. De nombreux pays étrangers à la zone Euro n’hésitent plus à changer leurs réserves de dollars en euros. Le pétrole devrait même bientôt voir sa cotation boursière exprimée en euro. Jordi Bacaría, professeur d’économie appliquée à l’Université autonome de Barcelone et codirecteur de l’Institut d’études européennes, nous explique les avantages et les dangers de la surévaluationd e la monnaie européenne face à au billet vert,

L’Iran, le Venezuela et l’Indonésie ont décidé de convertir une partie de leurs réserves de dollars en euros. Comment cette décision affectera t-elle la parité euro-dollar ?

Cela va nuire au dollar. Les pays asiatiques comme la Chine ont déjà changé une partie de leurs réserves pour des raisons économiques. Si le principal partenaire commercial de Pékin est l’UE, il n’est pas logique de conserver toutes ses réserves en dollars. Pour autant, cela n’arrange aucun de ces gouvernements que le dollar continue de baisser. Sur un plan politique, c’est cependant une manière de donner un avertissement à Washington : ces pays eux aussi peuvent nuire aux Etats-Unis. Néanmoins, la monnaie d’échange globale reste le dollar et il n’y a aucune raison pour que cela change à moyen terme.

Vous pensez que cette tendance de domination de l’euro va s’accentuer dans les prochaines années ?

Il est possible que la cote du pétrole [aujourd'hui calculée en pétrodollars] s’exprime un jour en euros. Si le dollar continue à baisser, l’OPEP [Organisation des pays exportateurs de pétrole] aura beau élever le prix du baril, ses revenus n'augmenteront pas. En cas de conversion, les Etats-Unis subiraient un lourd préjudice s’ils devaient payer le pétrole en euros, une monnaie beaucoup plus forte que la leur. D’un autre côté, on peut se demander jusqu’à quel point une telle situation profite à l’UE alors que les Etats-Unis restent son premier partenaire commercial. Si le principal acheteur d’un Etat perd de son pouvoir d’achat, son partenaire n’y gagne rien.

La montée de l’euro par rapport au dollar n’est-elle pas en train de faire perdre de leur compétitivité aux Européens ?

Il est clair qu’un euro fort érode la compétitivité. Cela peut même provoquer des tensions politiques au sein de l’UE. Les Etats membres qui exportent le plus sont déjà opposés à cette augmentation de l’euro. Le danger d'une telle configuration ? Que celui qui achète trouve des substituts au sein d’autres marchés et qu’en cas de baisse ultérieure des prix, celui-ci possédant un marché stable, n’ait aucun intérêt à changer excepté en cas de différences sensibles. Un euro fort conduit aussi à la perte de marchés. La solution à moyen terme serait de réduire les coûts de production.

Quelles conséquences politiques peut avoir le renforcement de l’euro pour le ‘fossé transatlantique’ ?

Aucune. Si l’euro s’est tant renforcé, c’est parce que le dollar va très mal et non parce que l’économie européenne s’est fortement améliorée : les Etats-Unis ont ainsi un déficit commercial et déficit public immenses. Dans les périodes de crise, on a plutôt observé une coopération entre les deux camps, comme après les attentats du 11/09 entre la Banque centrale européenne (BCE) et la réserve fédérale (FED) des Etats-Unis. L’idéal serait de fixer une parité de 1 à 1 entre le dollar et l’euro, mais chaque fois que cette idée a été proposée, les deux Washington et Bruxelles ont dit non.

En quoi l’euro est affecté par le fait de ne pas être une monnaie étatique ?

C’est ce qui l’empêche de faire un grand saut. Cette monnaie offre moins de garantie de stabilité. Si au moins les Vingt Sept ratifiaient la Constitution, nous aurions plus d’instruments de contrôle. Dans l’attente, le dollar offre des garanties que l’euro n’offre pas.

Et si des pays importants comme le Royaume-Uni, la Suède ou le Danemark rentraient dans la zone Euro ?

Si le traité constitutionnel était ratifié et que les Etats membres atteignaient certains objectifs, comme la présence des Vingt Sept membres actuels dans la zone Euro, l’euro se renforcerait considérablement. En bourse mais aussi en terme de poids économique et politique. Tout en restant plus faible que le dollar. Il faut voir comme va réagir l’économie et la politique nord-américaine. Le fait que l’euro aille très bien ne signifie pas forcément que le dollar aille mal. Dans le cas où la croissance américaine s’effondrait, le monde entier misera sur l’euro.

L’EURO DANS LE MONDE

Le change au noir en Algérie

« Sabah al-kheir Hamid, vous avez de la monnaie sur 200 euros ? Oui ? Alors, rendez-moi la monnaie et donnez moi aussi quatre oranges, s’il vous plait». Hamid, vendeur de fruits à ‘El Biar’, un quartier du centre d’Alger, est aussi l’un des nombreux bureaux de change d’euros de la ville. Après une première visite à son épicerie flambant neuve, il vous tend discrètement, une carte de visite et vous invite à l’appeler si vous avez besoin de dinars algériens à un taux de change intéressant. Dans un pays où les distributeurs de billets n’existent pas et où aller à la banque prend une demi-journée, la meilleure solution reste le marché noir. Politiquement incorrecte, cette pratique est néanmoins conseillée aux étrangers dans les hôtels, au sein des Chambres de commerces étrangères et même dans certaines institutions officielles : cette solution est la plus rapide et la plus rentable. Le taux de change officiel (1 euro = 90 DA) fait ainsi perdre au moins 5 dinars par rapport au prix du marché noir. Pour beaucoup d’Algériens, cette activité permet un commerce parallèle beaucoup plus juteux que les emplois traditionnnels. « Refiler » les euros est de plus en plus facile grâce à l’ouverture progressive du pays et les visites de touristes ou d’hommes d’affaire européens, de plus en plus fréquentes. A Alger, il est normal de trouver des changeurs à la sauvette aux coins des places, sur le marché, dans les arrière-boutiques. Il existe même, en beaucoup moins discrets, des bureaux de change au noir qui ont pignon sur rue, comme celui du centre commercial ‘Riad El-Fert’ d’Alger.

Laura Feal à Alger

L’Euro à Cuba

En 2002, l’une des stations balnéaires les plus populaires de Cuba, Varadero, a commencé à accepter l’euro. Dès lors, et depuis l’interdiction du dollar sur l’île depuis 2004, la monnaie européenne peut être employée dans les différentes stations touristiques pour payer le logement, les transports et les loisirs. On peut aussi l’utiliser pour des raisons académiques : les étudiants qui s’inscrivent notamment dans la prestigieuse Ecole de cinéma et de télévision de La Havane doivent payer en euros.

César Jiménez à Santiago de Chile

L’Euro en Pologne

Dans les communes polonaises frontalières avec l’Allemagne, on a beaucoup recours à l’euro. « C’est notre quotidien », dit un étudiant allemand de l’Université germano-polonaise de Viadrina, dans la ville de Slubice. Le ministre polonais de l’Economie affirme aussi que cette pratique est courante dans les endroits où il n’y a pas de distributeurs de billets, comme sur les marchés et lors de transactions entre particuliers.

Magda Laskowska à Slubice