Politique

Moubarak & Co: La vie après la dictature

Article publié le 22 avril 2011
Article publié le 22 avril 2011
Ils ne se séparent jamais de leurs serviteurs et gardes-du-corps, roulent en voitures de luxe avec des concubines à la pelle. Ils s’accrochent au trône comme des sangsues et n’hésitent pas à mentir et à liquider quiconque leur fait de l’ombre.
Mais il suffit de quelques semaines pour les voir mendier la pitié de leurs anciens laquais… Bien que certains parviennent à terminer leurs jours en patriarches vénérés... Tour d’horizon des dictateurs à la retraite.

Les média les moins imaginatifs parlaient de lui comme du « pharaon » ; il a passé 30 années en surplomb du désert égyptien, entouré de corruption et de bases militaires, si arrogant que sa bouche reste incurvée à vie dans une grimace de dégoût, ce qui colle au reste du visage : gros nez aquilin, cils pointus et cheveux teints et coiffés vers l’arrière avec sévérité. Le despote, le dictateur. Au moment où vous lisez ces mots, Hosni Moubarak est prisonnier de l’anxiété dans un hôpital égyptien. Son parti a été démantelé, il encoure une lourde peine pour corruption, assassinat de manifestants et se dit qu’on pourrait tout bonnement l’exécuter. Ses deux fils sont autant que lui cloués au pilori.

 Pouvoir et vanité

Moubarak pourrait donc se joindre au club des dictateurs arabes exécutés, qui, à l’heure actuelle, ne compte qu’un seul membre : Saddam Hussein. D’autres candidats ? Le Tunisien Ben Ali, exilé en Arabie Saoudite, vient d’être inculpé pour 18 délits, allant de l’homicide au complot contre l’Etat en passant par le trafic de drogue, et personne ne peut prédire ce qu’il adviendra de leurs maître à tous : Mouammar Kadhafi. Sa boue d’arrogance est aussi éloquent que ses discours : criés plus qu’énoncés, en agitant le poing de bas en haut à la manière d’Hitler, frappant le pupitre et l’éclaboussant de salive. Toute cette vanité en ébullition ne pouvait que déboucher sur une guerre. On imagine que maintenant qu’il est repassé dans le camp des méchants, la Cour Pénale Internationale aimerait bien passer le colonel Kadhafi à la poêle, bien qu’il n’ait toujours pas lancé un mandat d’arrêt international.

Dur d’être un dictateur

Quand l’autorité n’est pas légitimée par les votes, gouverner doit être particulièrement intéressant. Le despote doit dédier la majeure partie de son temps à choyer son image et à éviter les conspirations, à démultiplier la police, remplir les prisons et censurer. Pourquoi tant d’efforts pour au final être jugé par l’Histoire comme un criminel de plus ? Ils ne voient donc pas comment ont fini leurs collègues de profession ?

Les destins des autocrates

Un despote a le choix entre quatre fins : (a) mort naturelles, (b) exil, (c) suicide, (d) capture, jugement et condamnation. Dans le groupe des « chanceux », on trouve des génocidaires comme Staline, Francisco Franco ou Augusto Pinochet, ce dernier pris par la mort au milieu d’une paisible retraite (bien que poursuivi par un mandat d’arrêt international lancé par le juge espagnol Baltasar Garzón). On peut aujourd’hui anticiper que le jeune retraité cubain Fidel Castro et le nord-coréen Kim Jong-il, tous deux relativement âgés et malades, quitteront ce monde enveloppés dans des draps de soie.

Cartel de 'El Gran Dictador' (1940)L’exil est une option assez variée : certains, comme le Shah d’Iran, doivent mendier des permis de résidence tandis que d’autres passent leur retraite dans de luxueux palais d’Arabie Saoudite (comme le sanguinaire militaire ougandais Idi Amín Dadá). Dans l’actualité on peut parler de l’Haïtien Jean-Claude Duvalier (alias Baby Doc, fils et successeur du redouté François Duvalier), exilé en France depuis 1986, mais récemment détenu dans son propre pays pour avoir osé revenir comme un Messie en janvier dernier.Impossible de parler du suicide sans se référer au monstre des monstres, Adolf Hitler, et sa sortie couarde de l’Histoire aux côté de sa soi-disant compagne et de son prêtre allemand. La dernière section comporte aussi différents degrés : Benito Mussolini (capturé et pendu par les partisans), Pol Pot (retrouvé mort dans sa cabane, prisonnier de son propre groupe), Slobodan Milosevic (livré par le gouvernement serbe au Tribunal Pénal International par l’ex Yougoslavie en 2001; mort en 2006 dans des circonstances étranges), Saddam Hussein (retrouvé dans une cache à Tikrit, jugé et pendu après un procès qu'Amnesty International a considéré d'inéquitable)... Dans l’actualité, on peut y inclure Moubarak et quelques militaires latino-américains comme l’Argentin Jorge Videla, condamné en décembre dernier à perpétuité (presque 30 ans après la fin de sa dictature).

Qui détermine le destin d’un dictateur ? Le courage populaire, la rapacité des flatteurs, son utilité pour les intérêts étrangers, l’économie… Des facteurs innombrables et en majorité invisibles, enfouis sous terre comme les ramifications d’une mine (« Dans les luttes pour le pouvoir, les relations sont aux trois quarts sous-terraines » dixit Felipe González, ancien Premier ministre socialiste espagnol). Sûr que le « pharaon », remplacé par l’armée, a subit une chaîne inattendue de « trahisons » parmi ses fidèles jusqu’à rester seul et désemparé comme un enfant dans une intempérie. Ou comme le peuple égyptien au cours des 30 dernières années.

Photo : Une : (cc) shahdi/Flickr; Affiche Le dictateur : (cc) ¡¡¡!!!/Flickr