Politique

Meglena Plugtschieva, jungle diplomatique

Article publié le 11 septembre 2006
Article publié le 11 septembre 2006
Ambassadrice de Bulgarie à Berlin, Meglena Plugtschieva, 50 ans, est une ancienne scientifique passionnée par le patrimoine –notamment forestier- de son pays natal. Elle s’attache depuis à cultiver une certaine image de la Bulgarie chez les Allemands.

Les médias bulgares aiment à dépeindre leur compatriote Meglena Plugtschieva comme un bourreau de travail : lorsque l’ancienne ministre de l’Agriculture adjointe fut envoyée à Berlin pour y exercer ses fonctions d’Ambassadrice, l’administration dû dépêcher deux personnes pour reprendre son poste.

Peu de temps avant, en septembre 2004, la presse bulgare et les journaux allemands annonçaient que l’Ambassadeur de Bulgarie à Berlin Nikolay Apostolov allait être destitué de ses fonctions. Le motif ? Apostolov avait roulé à vive allure dans une zone limitée à 30 km/h, légèrement imbibé. Lors du contrôle de ses papiers, il écrasa même le pied d’un policier. Une fois installée dans la capitale allemande, Meglena Plugtschieva reçoit ce commentaire, acerbe, d’un collègue présent à la fête de départ d’Apostolov: « A partir de maintenant, quand tu te regarderas dans le miroir le matin, tu verras le visage de la Bulgarie. Cela te renverra à tes engagements. »

Comme Plugtschieva n’a évidemment pas de jour de repos à consacrer à un Brunch, la rencontre se déroule autour d’un simple café, après le travail. Mon invitée se présente vêtue d’un costume clair. Autour du cou elle porte un tissu en soie coloré. Plugtschieva parle d’un ton posé et sa voix douce semble pleine d’optimisme. Pour cette quinquagénaire qui a appris l’allemand dans un lycée spécialisé en langues étrangères à Varna, une ville aux abords de la mer Noire, l’Allemagne est devenue sa « seconde patrie ».

Jusqu’à la fin des années 80, ce sont même des professeurs provenant de l’ex-RDA qui assuraient alors l’enseignement dans ce type de lycée bulgares : ils choisissaient leurs propres élèves grâce à des tests, réputés très difficiles, en littérature et en mathématique notamment. Des maîtres à qui Plugtschieva semble vouer une reconnaissance éternelle.

Allemande de coeur

« Ces professeurs allemands n’ont pas fait que nous enseigner leur langue. Ils nous ont appris à être loyal, dignes de confiance et conscients de notre devoir », se rappelle l’Ambassadrice. Encore aujourd’hui, Plugtschieva confesse son admiration face à l’engagement, la professionnalité ainsi que la rectitude morale de beaucoup d’hommes politiques allemands – de gauche comme de droite. « Ne nous faisons pas d’illusions : nous, les politiciens bulgares, nous devrions en prendre graine », juge t-elle.

Plugtschieva était membre du parti communiste déjà avant la chute du mur. « Comme 90% des Bulgares » précise t-elle. Il s’agissait d’une « obiknovenata pratika », une pratique courante à l’époque. En 1991, le parti prit le nom de Parti socialiste bulgare, la coalition de l’actuel chef du gouvernement.

Outre sa couleur politique, c’est son incroyable connaissance en matière de forêts bulgares qui a aidé l’intellectuelle dans sa carrière. Durant l’ère communiste, Plugtschieva était la directrice adjointe de l’administration des eaux et forêts à Varna. En 1990, elle devient responsable des relations internationales pour le Comité des forêts de Sofia. « En tant qu’experte des eaux et forêts », détaille Plugtschieva, « je chaperonnais les dirigeants de grands groupes tels Mannesmann et Thyssen-Krupp lors de leurs sorties à la chasse.  »

En récompense de ses bons et loyaux services pour favoriser les relations scientifiques et politiques entre Bulgarie et Allemagne, mon interlocutrice reçoit en 2004 la ‘Croix fédérale du mérite’.

L’Ambassadrice s’enthousiasme et ses yeux se mettent à briller lorsqu’elle évoque sa patrie : « la Bulgarie est un pays d’une beauté légendaire. Je vois régulièrement des étrangers qui tombent amoureux de ce pays. » C’est en particulier le ‘Scherba’, un domaine forestier dans les Balkans de Kodscha, qui recueille tous les suffrages de Plugtschieva. «Après la côte de la mer noire, c’est mon lieu préféré ».

Hélas, les journalistes ne cessent de présenter d’une manière déplorable son pays. « Cela m’énerve de voir que les journalistes bulgares ont une vision étroite de la Bulgarie. La plupart d’entre eux ont écrit sur la corruption et sur la criminalité organisée. Pourtant la criminalité en Bulgarie est moins importante que dans certains autres pays, membres de longue date de l’UE », s’exaspère-t-elle. En reprochant aux médias de faire mine d’ignorer « que la Bulgarie connait une croissance économique de près de 6% ces dernières années. C’est pourquoi », prêche t-elle comme une leçon bien apprise, « il ne faut cultiver ni la peur ni la méfiance face à l’entrée de ce nouveau pays dans l’UE. »

Par ailleurs, Plugtschieva est convaincue que l’adhésion de la Bulgarie va donner un nouvel élan aux Vingt-Cinq. Les différents et capricieux épisodes de l’Histoire ont donné de surprenantes facultés d’adaptation au peuple bulgare. Selon l’Ambassadrice, les Bulgares ont de nombreuses choses à apporter à leurs voisins. « Leur riche culture, les trésors artistiques protégés par l’UNESCO -comme la tombe de Kazanlak, le cloître de Rila, l’église de Bojana- ». La liste de Plugtschieva n’est pas terminée. « La musique presque magique de Pirin, l’alphabet cyrillique, et à ne pas oublier, le grand enthousiasme des Bulgares concernant la pensée européenne. »

La journée d’une ambassadrice

Et à quoi ressemble alors l’emploi du temps d’une acharnée au travail ? Elle commence à travailler dès 8 h 30 et ce, durant minimum douze heures : une journée qualifiée de « captivante et dynamique » par mon interlocutrice. Plugtschieva, mère de deux enfants, voyage beaucoup, tient des discours, rencontre des hommes politiques, des commerciaux et des étudiants.

Mais une Ambassadrice a aussi ses obligations déplaisantes : « notre ambassade, dans les environs du chekpoint Charlie, est assez vétuste », pointe t-elle du bout des lèvres. Les réparations, les conflits avec des travailleurs sans scrupules, le système téléphonique antédiluvien sont très coûteux en temps. Là encore, Plugtschieva reste diplomate : « je ne veux pas me plaindre », glisse t-elle. Mais il est certain qu’elle aurait préféré investir ce temps perdu en futilités domestiques à mettre en valeur l’image de la Bulgarie auprès du peuple allemand.