Politique

Mazowiecki : « Les Polonais ont changé leur image de l’UE »

Article published on 28 octobre 2013
Article published on 28 octobre 2013

Tadeusz Mazowiecki, ancien de Solidarnosc, homme politique, écrivain et journaliste, est l’une des personnalités les plus admirées en Pologne. Il parle ici de l’adhésion de Varsovie à l'UE, du futur de l'Europe et du fameux plombier polonais.

Tadeusz Mazowiecki n’a pas seulement vécu l’après-guerre, il y a aussi participé. Né le 18 avril 1927 à Plock, Mazowiecki devient conseiller auprès du premier syndicat autonome de l’ex-URSS, Solidarité, dès sa création en 1980. Le 24 août 1989, élu par le Parlement polonais, il occupe le siège de premier chef de gouvernement non communiste, un poste qu’il quittera le 14 décembre 1990 pour devenir rapporteur à l'ONU sur l'ex-Yougoslavie.

Que pensez-vous de l’adhésion de la Pologne à l’Union européenne ?

Il est toujours possible de se plaindre mais l’Union européenne est une formidable création. Il a fallu entreprendre beaucoup de changements en Europe pour qu’une telle collaboration devienne possible. Des exemples ? Tout d’abord, il n’y a plus aucun conflit entre les Etats. Ensuite, on respecte les notions de démocratie, de droits de l’Homme et de droit international public. Enfin, nous avons atteint un très haut niveau d’intégration économique. Evidemment, on peut déplorer la lenteur de ce processus et les résistances qu’il rencontre. Mais d’un autre côté, on peut aussi se réjouir de tout ce qui a déjà été réalisé. Je considérerais plutôt l’Union du point de vue suivant : quel avancement représente-t-elle si on la compare avec la situation que nous connaissions auparavant ? Dans l’histoire, l’Europe a connu une multitude de guerres et a été le champ de bataille des deux guerres mondiales ! Aujourd’hui nous sommes bien loin de tout cela. L’Europe a bel et bien changé.

Un an et demi après l’adhésion de la Pologne, quel rôle joue votre pays dans l’Union européenne ?

Je pense que nous jouons un rôle identique à celui des autres Etats membres. Il serait simplement temps que nous commencions à nous sentir chez nous parmi les 25 et que l’on cesse petit à petit de faire la distinction entre les « anciens » et les « nouveaux » Etats membres. Je crois que les choses se feront progressivement. Cela ne servirait à rien si les « nouveaux » et les « anciens » agissaient chacun de leur côté, même si les « nouveaux » membres ont naturellement des intérêts communs, notamment dans leur retard de développement économique par rapport aux « anciens » membres. Je pense par ailleurs que certains sujets méritent d’être abordés au sein de l’UE. On a récemment constaté que des dangers auxquels on ne s’attendait jusqu’alors pas peuvent menacer notre planète. Quel poids doit par exemple avoir la politique extérieure communautaire en matière d’énergie ? Il est préférable que les Etats membres ne s’occupent pas seuls de leur politique énergétique. Il faut une politique commune de l’énergie. C’est devenu particulièrement nécessaire depuis la crise entre la Russie et l’Ukraine. Notre rôle est donc d’encourager la mise en place d’une telle politique commune.

Quelle image les citoyens de l’Union européenne ont-ils aujourd’hui de la Pologne ? Le cliché de ces affreux plombiers polonais voleurs d’emplois est-il toujours présent dans les esprits ?

Je ne sais pas si le plombier véhicule une image aussi négative. Après tout, certains ont besoin de ses services. D’autres ont vu en lui un concurrent. Je pense que cela est perçu différemment par chacun et qu’il faudrait poser la question aux citoyens des différents Etats membres. Par contre, je peux vous assurer que l’image de l’Europe en Pologne a évolué de façon très positive. Elle s’est notamment améliorée dans les zones rurales grâce à l’introduction des aides agricoles. Les craintes relatives à une éventuelle impopularité de l'UE se sont donc avérées infondées. Les Polonais n’ont plus la même conception de l’Union européenne. Son image a tout d’abord changé auprès de la jeune génération et très vite les anciens ont suivi. Aujourd’hui, on ne se sent plus menacé par les catastrophes que notre adhésion aurait soi-disant provoquées.

Quelle est l’importance des querelles budgétaires et de la crise générale qui touchent les 25 en ce moment ?

Au sein de l’Union, comme auparavant au sein des autres alliances européennes, il y a toujours eu conflit entre l’intérêt national et un certain idéal de cohésion entre les Etats. En clair, si aucun texte ne prévoyait formellement une solidarité absolue et inconditionnelle, celle-ci était néanmoins présente. Les négociations budgétaires ont toujours fait l’objet de divergences entres les Etats membres. Evidemment, des coalitions se forment également à l’intérieur même de l’Union afin de pouvoir discuter. Je pense que celui qui voudrait supprimer ces alliances de vues aurait une approche idéaliste et naïve de l’Europe. Il est aujourd’hui possible de faire abstraction de nos différences pour parvenir à un consensus au lieu d’en arriver à une blocage budgétaire. Le véritable succès se trouve là et se base sur la longue expérience de l’Union. Ce sont les crises qui ont poussé l’UE à évoluer.

Selon vous, la Roumanie, la Bulgarie et la Turquie sont-elles prêtes à intégrer l’Union européenne ? Et les 25 sont-ils prêts à les accueillir ?

En ce qui concerne le mécanisme d’intégration européenne, un rapprochement global n’est jamais recommandé. On se doit de prendre en considération les caractéristiques spécifiques politiques, économiques et culturelles de chacun de ces Etats. Aujourd’hui déjà, les 25 n’acceptent l’adhésion d’un nouveau membre que s’il remplit certains critères. L’intégration de la Turquie n’est certainement pas pour tout de suite. Nous devons aussi nous demander jusqu’où s’étendent les frontières de l’Europe. Il est difficile de dire jusqu’où va se poursuivre l’élargissement mais nous n’irons pas jusqu’à une Union mondiale.