Politique

Martin Sonneborn : « On défend la kékétte allemande »

Article publié le 10 septembre 2014
Article publié le 10 septembre 2014

Il a proposé de cerner la Suisse avec un mur, d’envoyer les dirigeants du SPD dans un camp et de mettre en cage Angela Merkel. Mais Martin Sonneborn, leader de Die Partei, a quand même décroché un siège au Parlement européen. Dans cet entretien un peu fou, il compare son nouveau lieu de travail à la Chambre du Peuple de la RDA, parle d’Hitler, de kékétte et même de la Corée du Nord.

Cafébabel : Après vous être autoproclamé « plus grand président de tous les temps », vous siégez dès à présent au Parlement européen. Comment cela se passe-t-il ?

Martin Sonneborn : Très bien. Pour l’instant, c’est la pause estivale. Je dois avouer que l’ambiance est détendue à Bruxelles et à Strasbourg, encore plus qu’à Berlin. Selon moi, le Parlement est un bon endroit pour préparer se retraite.

Cafébabel : Pour quoi vous engagez-vous au cours de votre mandat ?

Sonneborn : Vous vous souvenez de cette loi européenne qui interdisait les concombres courbes et qui a été abrogée en 2009, et bien je veux la réintroduire pour les exportations d’armes allemandes. Nous sommes les troisièmes exportateurs les plus importants au monde. Si pour une dimension de 10 cm, les armes présentent une courbure d’au moins 2 cm, alors le monde s’en porterait mieux. 

Cafébabel : Avant les élections européennes, vous avez martelé le slogan « Oui à l’Europe, non à l’Europe. » Entre temps, vous vous êtes décidés ?

Sonneborn : Non. C’est une promesse de campagne que nous avons diffusé, parce nous voulions devenir le parti des 70% qui se fichent complètement de l’Europe. Nous avons été élus grâce à cette formule. Je vais seulement essayer de lui donner vie au sein du Parlement européen.

Comme à la Chambre du peuple en RDA

Cafébabel : Il ne semble pas que le Parlement européen soit totalement insignifiant quant au vote sur le traité transatlantique (TTIP).

Sonneborn : Ce traité est une telle effronterie, que je me demande comment on peut le prendre en considération. Mais vous surestimez mon influence, puisque je ne suis que l’un des 751 mandatés. Et puis vous savez, nous nous plions aux propositions de la Commission européenne, comme le faisait auparavant la Douma en Russie ou la Chambre du peuple en RDA

Cafébabel : Concrètement, qu’est-ce-qui vous dérange avec cet accord ?

Sonneborn : À l’initiative de cet accord, on retrouve les grandes banques et les grands trusts. À part eux, peu de personne en profiteront.  On surestime le nombre de personnes issues de la classe moyenne qui vont voir leur travail allégé comme on surestime les bénéfices que les constructeurs d’autoroute vont pouvoir en tirer. Je trouve que ce traité est absurde, puisqu’il est négocié indépendamment de l’opinion publique. Je pense, que déjà à l’époque de l’adoption, certaines personnes ont été reléguées au second plan.

Cafébabel : Vous siégez au Parlement au sein de la commission des relations à la péninsule coréenne. Quelle partie de l’île vous conseillez-nous de visiter ?

Sonneborn : La Corée du Nord, bien entendu.

Cafébabel : Et quel genre de message délivreriez-vous en Corée du Nord ?

Sonneborn : Que les régimes autoritaires sont en passe de s’imposer. Au sein de mon parti, nous nous orientons en grande partie sur le modèle de gouvernance de Kim Jong Un. Avec ceci, je pense que l’on revient aux bases de la démocratie. À ce sujet, je me trouve en bonne compagnie : le chef d’État hongrois, Victor Orban est également de ceux qui trouvent que la démocratie estdépassée.

Cafébabel : Quels sont vos alliés politiques ?

Sonneborn : Principe de base : nous nous entendons avec tous les partis qui proposent leurs services pour nous mettre le pied à l’étrier. Si les grandes fractions s’engagent à me propulser au poste de président de la Commission ou du Parlement, eh bien je suis prêt à collaborer.

Cafébabel : C’est une promesse ?

Sonneborn : J’en ai bien peur oui.

Sonneborn - Krawall & Satire in Theorie & Praxis

Cafébabel : Par le passé, vous vous êtes décrits comme la « réponse allemande à Adolf Hitler » puisavez déclaré que vous vous inspiriez de Moubarak. Qu’apprenez-vous de ces perdants ?

Sonneborn : Qu’appelle-t-on des perdants ? C’est un jeu de longue haleine avec des hauts et des bas que ces deux là ont mené. Concrètement, on a la construction d’autoroute ou plutôt de mur par Hitler et un procès-spectacle par Moubarak. J’ai moi-même promis aux Allemands, que l’on organiserait le procès de Merkel dès qu’on arrivera au pouvoir. On la placera dans une cage dans le stade olympique et elle devra se justifier pour tout ce qu’elle a fait et ce qu’elle n’a pas fait.

Cafébabel : Et qu’a fait Merkel ?

Sonneborn : Je vais partir trop loin si je réponds à cette question.

Cafébabel : Le pire qu’elle ait fait ?

Sonneborn : Je crois, qu’il existe dans ce pays une redistribution sociale qui le conduit dans la mauvaise direction et qu’Angela Merkel en est responsable. 

Les murs c'est un « projet européen »

Cafébabel : Cela, c’est aussi parce que le SPD n’est pas prêt à se proposer en tant qu’alternative à gauche ?

Sonneborn : Vous ne pensez pas aux anciens sociaux-démocrates si ? Le SPD ira directement dans un camp dès que nous serons au pouvoir.

Cafébabel : Vous vouliez construire un mur autour de la Suisse. Peut-on savoir pourquoi ? 

Sonneborn : C’était un argument, pour attirer des sympathisants hors de la frontière suisse. Les murs, c’est un projet européen.                                                                                                                                                       Cafébabel : Conseilleriez-vous aux Italiens de construire un mur pour se blinder des réfugiés africains au niveau de la Méditerranée ?                                                                                    

Sonneborn : Je conseillerais plutôt aux Italiens d’établir un mur au niveau du Sud du pays, cela m’attirerait bien plus de sympathisants.

Cafébabel : Pendant la campagne européenne, vous avez utilisé le slogan « Retirez vos pattes de la kékette allemande ». Grâce à votre nouvelle place à Bruxelles, êtes-vous maintenant en mesure de protéger les Allemands des abus ?

Sonneborn : Je ne sais pas si des abus sont à l’ordre du jour. Nous avons voulu faire allusion au pouvoir de régulation de Bruxelles et aux peurs ancestrales pour partir à la chasse aux voix. Mais si quelque chose menace la kékette allemande, croyez-moi que nous serons là pour la défendre. Je vous en fais le serment !

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