Politique

L'Union européenne ne respecte pas la souveraineté belge

Article publié le 30 juillet 2008
Article publié le 30 juillet 2008
Les médias belges n’apprécient pas que leurs collègues européens considèrent la présence des institutions européennes comme un obstacle à l’autonomie du pays. Explications.

« Les problèmes de notre pays doivent être résolus par le gouvernement belge, de manière provisoire ou définitive, mais ne peuvent pas être traités directement par la Commission européenne sans qu'il y ait auparavant une tentative de solution nationale. » Sophie Vanlommel, journaliste pour une édition locale à Anvers, explique ainsi le malaise que ressent la population belge au sujet du traitement de l'information par certains médias, qui confondent souveraineté belge et souveraineté « européenne ».

Les médias belges plus unis que la classe politique

Les journalistes des journaux flamands et wallons affirment que l'usage du français ou du néerlandais n'est pas un obstacle à la communication à l'intérieur du pays. Au contraire, les médias belges, même s'ils privilégient l'actualité de leur région, couvrent également celle du reste du pays. Un bel exemple de pluralité, que les politiques belges ne semblent pas prendre en considération.

La démission du Premier Ministre belge n'a fait que renforcer les inquiétudes face à la situation actuelle. Les journaux de ces deux dernières semaines montrent que la préoccupation au sujet de l'avenir du pays est en première place sur la liste des problèmes nationaux. Dans ce sens, lorsqu'on demande quel rôle joue la séparation franco-flamande, les deux parties sont d'accord pour dire qu'elles « se limitent à informer sans faire de propagande ».

En ce sens, les correspondants des médias internationaux affirment que lorsqu'il s'agit de Bruxelles, les médias francophones sont beaucoup plus sollicités que leurs confrères flamands. Face à cette situation, note Maria Ramirez, correspondante d’El Mundo, « la partie flamande se bat pour attirer la sympathie de l'opinion publique internationale et, ces derniers temps, nous invite dans des châteaux princiers pour se montrer aimable et disponible ».

Pour Sophie Vanlommel, la radicalisation du système éducatif des deux côtés est allée trop loin et nuit à la diversité culturelle du pays. C'est seulement à Bruxelles, sorte d'oasis au milieu du conflit, que les parents peuvent choisir, dans l'enseignement public, si leurs enfants étudieront les matières en français ou en néerlandais. Sophie est complètement bilingue, comme nombre de ses collègues, et insiste sur le fait que la camaraderie entre collègues de même profession est « exceptionnelle, et nous nous rangeons d'un côté ou de l'autre seulement pour des raisons techniques lorsque nous écrivons », ajoute-t-elle.

L'actualité belge marginalisée par l'actualité européenne

En ce qui concerne les informations exclusivement belges envoyées à leurs pays respectifs par les correspondants étrangers, celles-ci arrivent en second plan derrière celles que produit l'UE dans la capitale belge. Bien entendu, c'est un domaine que les journalistes doivent couvrir, mais les envoyés spéciaux à Bruxelles ont comme priorité l'Europe. Parmi eux, seul Rolf Fredriksson, correspondant de la télévision publique suédoise, assure qu'il consacre autant de temps à la Belgique qu'à l'Union européenne.

Ces temps-ci, la confusion entre Europe et Belgique qu'entretiennent de nombreux médias est une source de mécontentement pour la population belge. C'est peut-être parce que l'actualité européenne a souvent pour titre « Bruxelles », ou parce que l'Union fait de l'ombre à son pays hôte, que finalement seuls des scandales comme la démission d'un dirigeant politique rappellent à l'opinion publique que la Belgique a une existence propre.