Politique

Lopez-Isturiz : «Les Tories reviendront dans la famille du PPE»

Article publié le 15 mai 2009
Article publié le 15 mai 2009
Les prévisions des spécialistes octroient une troisième victoire consécutive au Parti populaire européen. Les conservateurs doivent accepter leur divorce avec les Tories britanniques, annoncé par William Hague, tout comme les changements de son programme électoral du à la crise.

L’Espagnol Antonio López-Istúriz, 39 ans, est le secrétaire général du Parti populaire européen. En sortant du dernier congrès du PPE, qu’il avait lui-même organisé à Varsovie, il se montre confiant concernant le maintien du contrôle des principales institutions européennes par les conservateurs, à la suite des élections du 7 juin prochain. Il soutient l’énergie nucléaire et la flexibilité du travail, ainsi que la préférence européenne dans l’emploi des travailleurs : les grandes lignes directrices du PPE.

Quel est votre bilan du mandat qui vient de se terminer ?

C’est un bilan positif mais insuffisant. Le Parlement européen prend chaque jour davantage d’importance au sein des institutions mais les citoyens n’en sont pas conscients. Outre le fait qu’une grande partie de la législation dont ils entendent parler est décidée dans ce parlement, les citoyens pensent encore aujourd’hui qu’il s’agit d’un parlement peu utile animé par des politiciens préretraités. Ce n’est pas le cas ! Ici, il y a des gens tout à fait valides : des personnes qui luttent pour leurs intérêts nationaux.

Quelle est la raison de ce divorce entre la population et le véritable pouvoir du Parlement ?

Le langage utilisé au Parlement reste très diffus, technique et européen. Il n’est pas compréhensible. Il faut avoir obtenu un master pour comprendre des expressions comme « patrimoine communautaire ». Ces termes naissent d’une volonté d’un langage commun au niveau européen, ce qui implique la création d’une nouvelle langue pour sauvegarder d’anciens termes.

De plus, ce qui se fait au Parlement européen n’est pas très divulgué. La politique, ce n’est pas simplement agir, c’est aussi faire que les gens soient au courant. Non pas pour la gloire des politiciens ou d’un parti, mais afin que les électeurs soient informés et connaissent les bénéfices que l’Union est capable d’assumer. Le citoyen ne sait pas que beaucoup de ces bénéfices sont possibles grâce au Parlement européen. Aujourd’hui, alors que nous connaissons une épidémie, on peut mettre en valeur la coordination en Europe, par exemple. Celle-ci existe grâce aux législations issues du Parlement.

(Nabeelah Shabbir)

Concernant le PPE, le bilan de ce mandat vous parait-il positif ?

Nous avons obtenu la majorité durant ces cinq ans, la présidence du Parlement européen avec Hans Gert Pöttering, la présidence de la Commission européenne avec José Manuel Durão Barroso, et également la majorité au Conseil européen. En somme, la majorité partout. Maintenant, si les sondages sont bons, nous l’obtiendrons une nouvelle fois au Parlement. Ce qui implique un sens de la responsabilité. Ces cinq ans ont été positifs, mais il est certain que nous avons été confrontés à la crise que nous endurons aujourd’hui. Le décor change et c’est pour cela que, suite au congrès du PPE, nous avons introduit des changements de programme en matière économique, pour le travail et le système de pensions.

Dans votre programme, il est question de flexibilité au niveau du marché du travail. La combineriez-vous à la sécurité, l’assimilant au terme de flexicurité ?

Ceci peut fonctionner dans certains pays et pas dans d’autres. Je crois qu’il faut respecter le cadre légal, les us et coutumes de chaque pays. La flexibilité du travail est un sujet très important et il mérite d’être analysé en fonction de la philosophie et de la culture de chacun de ces pays.

Etes-vous en accord avec l’engagement de l’Union européenne dans la promotion de l’énergie nucléaire pour la lutte contre le changement climatique ?

Il existe des pays complètement contre comme l’Autriche, et d’autre complètement pour comme la France. Et entre les deux, des pays comme l’Espagne qui n’arrivent pas à se définir. Il faut ouvrir le débat. Le PPE est assez favorable à l’énergie nucléaire, si on respecte le cadre de chaque pays.

Etes-vous d’accord, suite à la conférence européenne, sur la question d’employer des travailleurs au sein de l’Union européenne, tel que le programme du Parti populaire européen le défend?

Il est ici question de marché intérieur. Des milliers de citoyens roumains et bulgares vont chercher du travail dans les pays de l’Ouest, comme les Espagnols qui ont eu la chance de pouvoir travailler au sein de l’UE dès 1996. Il faut définir un cadre adéquate afin que le mouvement des travailleurs ne génère pas de problèmes dans les pays récepteurs.

Comment le PPE a-t-il encaissé l’annonce de la séparation amicale des Tories du groupe ?

Je suis circonspect suite à cette annonce parce que je sens qu’ils reviendront à la suite des élections. Former un parti politique ne sera pas une mince affaire, et à moins qu’ils réussissent, ils devront s’accommoder avec des partis douteux.

Dans quel sens ?

Des personnes telles que Kaczyński, d’autres qui sont homophobes. Des personnes aux idées bizarres qui sont capables de susciter de fortes polémiques au sein de l’opinion publique britannique. Nous, nous restons ouverts à ce qu’ils reviennent quand bon leur semble. Ils font partis de la famille et ils nous ont quittés pour une simple promesse de David Cameron à son groupe politique au Royaume-Uni.

Entre-temps, êtes-vous prêts à accueillir les Irlandais du Fiánna Fail ?

Au niveau interne, il n’en est pas question pour le moment.