Politique

L'Italie invite Israël en son salon

Article publié le 15 mai 2008
Article publié le 15 mai 2008
Après Paris, le salon du livre italien de Turin a accueilli les écrivains israéliens comme invités d’honneur. Cette décision est-elle culturelle ou politique ? Le boycott n’a pas manqué des deux côtés des Alpes.

60 ans après la déclaration d’indépendance d’Israël, la polémique continue et les occasions de s'enflammer ne manquent pas. Cette fois-ci, c’est le salon du livre de Turin qui relance le débat, en décidant d’accueillir, tout comme Paris deux mois plus tôt, Israël et ses écrivains du 8 au 12 mai. Les organisateurs italiens assurent qu’il s’agit seulement de célébrer la culture israélienne, alors que les opposants y voient l’occasion de commémorer l’anniversaire de la création de l’Etat hébreux.

Selon ces derniers, il est inconcevable de nier les actions d’Israël qui continue « ses assassinats quotidiens et la violation des droits de l’homme. On devrait inviter de la même manière les autorités palestiniennes », estimait Vincenzo Chieppa, le leader local du parti des communistes italiens, en janvier 2008, alors que le débat éclate dans les médias italiens. Un boycott a alors été décidé par les écrivains jordaniens d’Amman, suivis des membres de l’extrême gauche locale, des communautés et des intellectuels reconnus comme le philosophe Gianni Vattimo. En réaction, les organisateurs du salon, Ernesto Ferrero et Rolando Picchioni, ont également invité des écrivains arabes et palestiniens. Cet effort a été jugé insuffisant par la gauche qui de son côté a organisé un contre-salon, une assemblée de la liberté en faveur de la Palestine, qui a eu lieu à Lignotto, au cœur même du salon officiel parmi les autres manifestations.

Alerte à la bombe

De Grande-Bretagne, l’intellectuel suisse musulman Tariq Ramadan estime que « le boycottage est le moyen que les défenseurs des droits des Palestiniens ont choisi, en Italie, pour faire entendre une voix de protestation dans l'hymne d'une célébration d'Israël qui cache la sombre réalité des territoires occupés. Ce choix « culturel » fait écho au silence « politique » en contribuant à déplacer le problème comme les partisans aveugles de la politique de l'Etat d'Israël savent si bien le faire. » Ce débat brûlant a même mené Giorgio Napolitano, le président de la République italienne, a inauguré le salon du livre de Turin et apaiser l’atmosphère.

Alors que le débat italien a été lancé cinq mois avant le lancement du salon, une actualité similaire avait lieu de l’autre côté des Alpes. La capitale française a reçu Israël comme invitée d’honneur de son salon du livre du 14 au 19 mars, incluant des écrivains comme Amos Oz, David Grossmann et Abraham Yehoshua, parmi d’autres. « Pourquoi seulement des écrivains hébreux ?», s'interrogent les opposants La polémique part encore une fois. L’arabe est également une langue officielle en Israël, et une large part de la population parle russe. Et les Palestiniens ? Même si les organisateurs des deux salons en Europe n’avaient pas précisé leur intention de célébrer l’anniversaire de l’Etat juif moderne, les autorités de Jérusalem l’ont fait quand ils ont accepté les invitations. Le boycott de la manifestation littéraire à Paris a été suivi par le Liban, l’Iran, l’Arabie saoudite, l’union des écrivains palestiniens et algériens, marocains et égyptiens. Et le salon s’est déroulé sous tension : le 16 mai, une alerte à la bombe a provoqué l’évacuation de centaines de personnes.

Dans le journal de Turin de centre gauche La Stampa, Amos Oz a répondu au boycott : « La seule règle de la littérature est la communication. La littérature est le dialogue par excellence des écrivains avec le monde ». Cette confusion entre la politique et la culture (l’invitation des auteurs israéliens correspond à l’anniversaire de la création de l’Etat d’Israël), entre antisionisme et antisémitisme, entre littérature et symboles dissimulés... est à la fois le symptôme et la conséquence d'un même problème.